Kosovo et Serbie: Vers un terrain d’entente?

Seulement 12 jours après la mise en place du nouveau gouvernement au Kosovo, celui-ci entame des initiatives jamais vues depuis l’indépendance du pays. Un dialogue pourrait s’ouvrir entre la Serbie et le Kosovo, deux pays depuis longtemps ennemis. Est-ce l’arrivée d’une nouvelle forme de “paix” dans les Balkans?

Le nouveau Premier Ministre du Kosovo, Avdullah Hoti, a promis que, dès son arrivée au pouvoir, il lèverait les mesures contre les Serbes. Parmi elles, le boycott des produits importés de Serbie. Cette décision marque la possible ouverture d’un dialogue entre ces deux pays depuis longtemps ennemis. La lutte entre ces États s’était d’ailleurs amplifiée avec la proclamation de l’indépendance du Kosovo, le 17 février 2008. Depuis, aucun gouvernement n’est arrivé jusqu’à la fin de son mandat. Le 25 mars dernier, en pleine pandémie, le gouvernement a été renversé par une motion de censure déposée par la LDK (Ligue Démocratique du Kosovo).

Le 3 juin 2020, Avdullah Hoti est élu Premier Ministre avec le soutien de 61 députés sur 120. Ce vote serré a été contesté par les Kosovars. Des manifestations ont eu lieu le vendredi 12 juin pour dénoncer la formation de ce nouveau gouvernement. Ce sont majoritairement les sympathisants de l’ancien parti qui sont sortis dans les rues pour manifester. Au milieu de la foule, des cris se sont fait entendre sous les masques de protection contre le Covid-19. Des pancartes “je vote, je décide” se promenaient dans la foule. Une femme se confie à Radio France Internationale (RFI) : “Les gens du Kosovo n’ont pas voté pour ça… Le peuple du Kosovo a voté pour le changement, et ce gouvernement là, ce n’est pas le changement.”

Malgré cet avis défavorable du public, le gouvernement pourrait bien reprendre contact avec la Serbie, après tant d’années de pression de la part des Etats et des organisations internationales. La population, inquiète pour ses ressources, se questionne sur l’intérêt de cet échange.

À cause de la crise sanitaire, la population kosovare manque de matériel pour bien affronter le virus. Les tarifs douaniers pour les importations ont été allégés. Cela pourrait conduire au dialogue, qui était jusque là au point mort. Ces mesures sont-elles dictées par la nécessité de recevoir de l’aide, ou serait-ce le début d’une collaboration amicale?

Kosovo et Serbie : la fin du conflit ?

Le Kosovo faisait partie de la Serbie jusqu’en 2008. Depuis, des tensions internationales se sont faites ressentir, de la part de l’Union Européenne, des États-Unis, ou même de l’ONU. Les deux États souhaitant intégrer l’Union Européenne, ils ont décidé d’imposer des mesures “barrières” pour éviter les conflits. Il s’agissait de mesures de réciprocité, imposées dans les douanes aux marchandises serbes arrivant au Kosovo. Le 6 juin 2020, le Premier Ministre kosovare a décidé de les alléger : “Nous avons pris une décision importante, afin de lever les obstacles à la poursuite du dialogue […] Il faudrait désormais que la partie serbe lève aussi toutes les barrières au dialogue.”

Une nouvelle dont le Président serbe, Aleksandar Vucic, se réjouit. Il déclare devant la télévision privée Prva : “C’est une bonne décision de lever toutes les mesures d’entrave au commerce entre Belgrade et Pristina.” Il a ajouté s’attendre à la visite du diplomate slovaque, Miroslav Lajcak, aussitôt que les élections serbes du 21 juin seront finies, pour relancer le dialogue.

Un geste de bonne volonté dont l’Union européenne et les États-Unis les félicitent. Comme la Serbie et le Kosovo souhaitent intégrer l’Union européenne, une bonne entente avec les autres pays est nécessaire. La Serbie fait partie des candidats officiels depuis mars 2012, et a entamé les négociations en janvier 2014. De son côté, le Kosovo fait partie des candidats potentiels. Il pourra intégrer l’Union Européenne lorsqu’il sera jugé prêt.

Kosovo et Serbie : pourquoi autant de pressions internationales ?

Les deux capitales ont reçu des messages clairs de la part des États-Unis et de l’Europe. L’administration de Donald Trump est même soupçonnée d’être derrière le renversement de l’ancien gouvernement. Celui-ci était fortement opposé à la reprise du dialogue. Selon RFI, Trump rêverait d’une victoire diplomatique internationale peu avant les élections étasuniennes. L’ONU, ainsi qu’une grande partie des États européens, souhaitent éviter toute tension entre ces deux pays et augmenter les libertés des peuples.

21 ans après la guerre du Kosovo qui a fait des milliers de morts en seulement une année, l’inquiétude d’une répétition de l’histoire persiste. La bonne entente de ces pays est essentielle pour l’Union Européenne et l’ONU, entre autres. Cette possible reprise du dialogue est une excellente nouvelle pour de nombreux États, malgré la faible reconnaissance du Kosovo dans le monde. En effet, de nombreux pays n’ont à ce jour pas reconnu le Kosovo, comme l’Espagne, la Russie ou le Brésil parmi tant d’autres.

Malgré toutes ces pressions, la confrontation entre la Serbie et le Kosovo a toujours été présente. Actuellement, la possible reprise du dialogue est proche. Cela pourrait conduire à un échange plus fluide des marchandises, et à une plus grande liberté des peuples. Cela pourrait aussi accélérer l’adhésion de ces pays à l’Union Européenne. Bien que les États soient ravis, les populations le sont moins. De grandes manifestations ont eu lieu contre le nouveau gouvernement et ces changements.

Réunion Kosovo et Serbie : Un réel intérêt de résoudre le conflit ?

Le 16 juillet, à Bruxelles, le Président serbe et le Premier Ministre kosovare se sont vus, pour essayer d’apaiser les tensions entre eux et vivre une relation normale, qui n’a jamais existé. Après une réunion virtuelle organisée par des responsables de l’Union Européenne, ces deux chefs d’état ont accordé une date pour dialoguer sur des nouveaux accords et officialiser, peut-être, une nouvelle entente. Le chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, a dirigé ce dialogue, et a rétorqué aux deux représentants des pays de faire “preuve de courage politique et d’esprit de compromis et de pragmatisme.” Cette nouvelle est excellente pour l’UE, qui souhaitait, depuis des années, la réconciliation de ces deux territoires et craignait un retour aux conflits à tout moment. Les pays traversent tout deux des difficultés envers leurs peuples. La Serbie se retrouve avec une majorité absolue et n’a pas d’opposition parlementaire. Le pouvoir exécutif est complètement dans les mains de ce parti. De l’autre côté, le Kosovo, après des élections serrées, le gouvernement est dans une position fragile. Depuis la déclaration d’indépendance du Kosovo, aucun parti n’a réussi à finir son mandat, il a toujours été renversé.

Les sociétés sont aussi au feu de l’action. Récemment en Serbie, dans des manifestations contre le gouvernement actuel des slogans contre cette tentative de dialogue se faisaient entendre dans les rues. Après des répressions et des violences policières, ainsi que des violences de la part des manifestants, hooligans, des slogans comme “le Kosovo est la Serbie” ou “Nous ne nous rendrons pas” se faisaient entendre dans les rues. Les gouvernements sont surveillés de près par leurs peuples. Un faux pas ou une concession envers l’autre pays, déclencherait toute sorte de protestes. Pour cela, le Président serbe, Alexander Vucic s’explique sur la réunion avec le Kosovo : “Il y a une nécessité d’accepter la réalité du Kosovo (…) En ce qui concerne la situation du Kosovo, c’est compliqué et difficile pour nous. J’essaie d’obtenir ce que je peux pour la Serbie et de ne perdre que le minimum inévitable.” Alors que le Kosovo exprime que l’objectif de ce dialogue est d’avoir une “reconnaissance mutuelle”. Cependant, les réels intérêts de ces territoires sont reconnus par les mêmes responsables d’état. Alexander Vucic, Président de la Serbie explique publiquement la motivation de ce meeting : “Notre route vers une adhésion à l’Union Européenne dépend de ces discussions, les investissements étrangers dépendent de ces discussions. En même temps, nous devons tenir compte de notre peuple au Kosovo et sauvegarder nos intérêts vitaux. Cela ne sera pas facile” reconnait-il publiquement.

Cette tension s’intensifie à l’intérieur du territoire kosovare également. Alors que le Président du Kosovo, Hashim Thaçi, est accusé par La Haye pour avoir commis des crimes de guerre, lors de la confrontation entre la Serbie et le Kosovo il y a quelques décennies. Avdullah Hoti, Premier Ministre du pays, se fait alors l’interlocuteur du pays dans la réunion. Après une élection serrée, chaque décision prise par celui-ci est surveillée et contestée par les Kosovares. L’analyste politique, Pristina Imer Mushkolaj, pense que Avdullah Hoti “est un novice en négociations, et dirige un gouvernement faible qui ne bénéficie pas de soutien de sa population”, recueil le journal digital Actu Orange. Une soudaine envie de réconciliation alors que les deux pays sont dans la liste d’attente d’entrée de l’UE? Tout en traversant une crise économique et sanitaire sans précédents dû au coronavirus. Ces accords marcheront-ils après des années de tensions?

Dialogue Kosovo et Serbie : Ces accords conduiraient à une réconciliation ?

Le 16 juillet, à Bruxelles, le Président serbe, Alexander Vucic, et le Premier Ministre kosovare, Avdullah Hoti, se réunissent avec l’intention de remporter le meilleur accord et de ne pas céder aux demandes d’autrui. Cependant, le dialogue continue à être compliqué. Ce début de conversation, dirigée par le chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, a été difficile. La réunion a tourné à court, le Président serbe Alexander Vucic s’explique : “Je pense qu’il (Avdullah Hoti, Premier Ministre kosovare) a mentionné “deux pays” à 20 reprises, et j’ai constamment essayé de leur dire que l’un était le pays et que l’autre était une province autonome.” Ce manque de reconnaissance est le noyau des conflits. Alors que les nationalistes serbes reconnaissent le Kosovo comme le berceau de leur culture et religion, ils ne reconnaissent pas l’indépendance de celui-ci.

Ce meeting a abordé des nombreux sujets, mais les principaux enjeux à résoudre étaient le statut des Serbes au Kosovo, des réparations de guerre et l’avenir des sites religieux orthodoxes serbes. La question principale du Kosovo est cette reconnaissance si attendue dont la Serbie, entre tant d’autres, n’accepte pas. Le Président serbe avant de se présenter à la réunion avait déclaré “qu’il y avait une nécessité d’accepter la réalité du Kosovo”, ce qui laissa au pays concerné une lueur d’espoir. Ces tensions sont le cauchemar des pays voisins. Ils attendent avec impatience la fin de conflit et u apaisement de leur relation. Une nouvelle réunion est prévue en septembre a annoncé Miroslav Lajcak, représentant pour la région, selon le journal la Tribune de Genève. Cependant, il y a eu au cours de ces décennies, quelques cas de tentative de reprise de dialogue, sera celui-ci le bon?

“Nous discutons. Il y a du progrès” assure le Premier Ministre kosovare, Avdullah Hoti, à la fin de la réunion. Tout deux n’attendent que la résolution de ce conflit pour des raisons diverses. Du côté serbe, l’honnêteté se fait valoir: “Nous devons essayer d’être justes, et vraiment essayer de résoudre certains problèmes, parce que nous devons vivre à côté et avec les Albanais pendant 100, 200, 300 prochaines années, et nous devons résoudre cela de manière rationnelle et réaliste. Plus tôt nous les résoudrons, mieux ce sera. (…)Est-il agréable de s’asseoir à l’autre bout de la table face à Hoti et d’écouter son charabia en disant qu’ils sont les seules victimes et que nous sommes les seuls responsables? Non.” Cet objectif en commun et ces efforts de réconciliation de la part des chefs d’état seront-ils suffisants pour un apaisement entre les deux territoires? Une histoire longue, qui date de plusieurs décennies et ne semble pas avoir finie. Aura cette histoire une fin heureuse? Les suivants meetings entre les deux représentants des pays en dira davantage. À ce jour, l’augmentation d’opposition dans le Kosovo et le manque de celle-ci dans le parlement serbe, n’aidera pas dans le futur, indiquent des experts. Une estimation lugubre malgré les efforts des politiques, elle sera à prouver dans les prochaines années.

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