L’actualité européenne sous les feux de la rampe

À l’heure où l’Europe semble vivre une période de transition, son identité et l’héritage qu’elle nous laisse sont débattues dans le nouveau spectacle de Falk Richter.

Les comédiens Tatjana Pessoa, Gabriel Da Costa, Lana Baric, Douglas Grauwels, Mehdi Djaadi, Khadija El Kharraz Alami, Charline Ben Larbi et Piersten Leirom – photo du Facebook du TNS

Tantôt avec humour, tristesse, violence, regret et espoir, la troupe aborde sur scène la société européenne dans son ensemble. Les aspects historique, social, économique, écologique sont repris de l’actualité pour servir de base à cette pièce de théâtre hors-norme. Durant presque 2 heures, les comédiens échangent en anglais, allemand, arabe, croate, français, hollandais et portugais pour pointer du doigt l’état actuel de l’Europe. I am Europe, dont la représentation était assurée au Théâtre National de Strasbourg du 15 au 24 janvier dernier, réuni sur scène huit comédiens à la fois acteurs, performeurs, danseurs et chanteurs, aux parcours de vie très divers.

Des comédiens Européens…

Les comédiens, âgés de 20 à 35 ans, sont originaires de différents pays. Lana Baric, actrice de cinéma Croate de renom, Charline Ben Larbi originaire de Marseille, Gabriel Da Costa d’origine Portugaise, ayant grandi en France, qui vit maintenant en Belgique, Mehdi Djaadi originaire de Saint-Étienne, Khadija El Kharraz Alami, née à Amsterdam et vivant à Rotterdam, Douglas Grauwels de Belgique, Piersten Leirom né à Angers et Tatjana Pessoa lointaine descendante de l’écrivain Fernando Pessoa et dont la famille a vécu en Europe et en Afrique.

Dans un entretien accordé à Nils Haarmann pour promouvoir I am Europe, Falk Richter confie sur ses comédiens : « ils viennent tous de pays ou de contextes européens différents. La plupart du temps, leurs parents viennent même de deux pays différents ». La troupe se compose d’un ensemble de polyglottes aux origines multiples, desquelles découlent, en partie, la construction du personnage qu’ils interprètent. En effet, Falk Richter souligne que « certaines histoires sont très personnelles […] mises en mouvement grâce au travail physique proposé par Nir de Volff », chorégraphe du spectacle.

 

Crédit : Facebook du TNS

« We are Europe »

Sur scène, les personnages aux vies et préoccupations éloignées se rejoignent sur le fait d’appartenir à la citoyenneté européenne. Qu’ils aient grandit dans un quartier riche ou au sein d’un foyer plutôt modeste, qu’ils aient connu leurs parents, qu’ils soient eux même parents, croyants, pratiquants, homosexuels, bisexuels, hétérosexuels, tous sont Européens et le revendiquent. Les différents personnages, Lana, Charline, Gabriel, Mehdi, Khadija, Douglas, Piersten et Tatjana promeuvent la réflexion à l’ensemble de l’Europe et non plus à l’échelle de l’Etat nation. L’Europe, se sont des nations unies de part une Histoire commune : la pièce de théâtre est l’occasion de revenir sur le passé partagé des Européens. De la « mission civilisatrice » qui a conduit à la colonisation aux nombreuses guerres européennes mais sublimées par l’élaboration d’une culture intellectuelle et artistique. Il en résulte aujourd’hui, de grandes inégalités entre les pays membres : ce sont « les pays membres de première et de seconde classe », explique Lana. Sur le plan politique, l’Europe se définit par l’alliance franco-allemande, laquelle impose la marche à suivre à l’ensemble du continent. I am Europe est profondément engagée, son auteur explique ce choix en déclarant que : « nous vivons une époque menaçante pour la démocratie, pour la société démocratique, à un point que je n’ai jamais vécu auparavant. Il y a tellement de forces politiques incroyablement influentes et puissantes qui tentent de renverser la démocratie ! »

L’actualité mise au service du synopsis

I am Europe aborde une vaste palette de sujet : la catastrophe environnementale, l’économie, les migrations, l’hyper-connectivité, les guerres… autant d’événements récents diffusés dans les médias et mobilisés par le spectacle. 

En effet, la pièce dénonce l’usage de produits phytosanitaires tout aussi dangereux pour l’environnement que pour l’humain. L’oeuvre associée au TNS remet en cause bon nombre de mécanismes et comportement de notre société, comme le système monétaire actuel, l’immobilité de l’Europe face aux immigrants, ou encore notre société hyper connectée qui divise plutôt qu’elle ne rapproche. Des progrès sociaux sont pourtant en cours : à l’exemple de pays européens profondément progressistes (Pays-Bas et Belgique notamment), qui sont les premiers à autoriser les mariages homosexuels, l’adoption homoparentale et l’euthanasie. Le spectacle donné à Strasbourg fait particulièrement référence à l’attentat du 11 décembre dernier, aux gilets jaunes et aux discours tenus le président français. Cette somme de faits d’actualités nous rappelle que l’Europe est en perpétuelle construction, la question est de savoir vers où elle se dirige. 

Toute l’équipe du spectacle réunie sur la scène du TNS lors de la première, mardi 15 janvier – Crédit : Facebook du TNS

Une mise en scène qui rompt avec le théâtre traditionnel

En préparation depuis 2014, la pièce alterne entre jeux de rôle, imitations, sketch et chants. La mise en scène plonge le public dans plusieurs ambiances : joyeuse, angoissée, sombre ou pleine d’espoir ; c’est néanmoins l’humour qui reste en mémoire du spectateur. I am Europe se distingue par son actualité et sa modernité. Par exemple, les répliques des personnages, par moment en langue étrangère, sont surtitrés. Des écrans et un projecteur illustrent également les propos des performeurs, une mise en scène dynamique qui surprend à plus d’un titre. Principale particularité du show, personnages et artistes se confondent de par leur parcours de vie et leurs noms. Le public assiste à un spectacle vivant qui alterne véritablement fiction et réalité. 

I am Europe entame une tournée européenne et se produira à Hambourg, Bologne, Stockholm, Sarrebrück, Groningen, Paris, Genève, Zagreb et Luxembourg entre 2019 et 2020. Ces représentations seront jouées à dominante dans la langue du pays. 

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