La Biélorussie en crise : la révolte d’un peuple

En Biélorussie, l’élection d’Alexandre Loukachenko, Président au pouvoir depuis vingt-six ans, a amené un soulèvement du peuple biélorusse. Ces derniers désirent avoir le droit de choisir leur dirigeant et de vivre au sein d’un pays démocratique, ce qu’ils ne trouvent pas sous la présidence d’Alexandre Loukachenko. Depuis août 2020, les Biélorusses militent pour un changement radical dans leur pays, inspirés par un désir d’émancipation et de liberté.

Comment la Biélorussie en est-elle arrivée là ?

Depuis août 2020, les Biélorusses militent contre le résultat des élections présidentielles. Le gagnant de ces dernières, Alexandre Loukachenko, est au pouvoir depuis 1994.

Dès novembre 1996, il organise un référendum en vue d’étendre son mandat de quatre à sept ans. Dès 2001, on dit déjà que Loukachenko saura profiter à merveille du désarroi d’une population déboussolée par l’éclatement de l’URSS en 1991. Il joue la carte nationaliste, et promet de s’en prendre à la corruption. Grâce à un référendum en 2004, il supprime la limitation des mandats politiques. Cela lui permet de rester au pouvoir de manière indéfinie. Il est réélu en 2006, 2010, 2015, et cette année, en 2020.

Un bond dans le passé

Les Biélorusses désirent jouir d’une liberté politique. Pour eux, Loukachenko est au pouvoir car il a écrasé l’opposition au fil des années. En effet, sous sa présidence, il a poussé à l’exil plusieurs de ses opposants. Par exemple, en 1996, un de ses principaux adversaires politiques, Zianon Pazniak, a réclamé l’asile politique aux Etats-Unis par peur de représailles.

Loukachenko a fermé des médias indépendants et a fait arrêter ses adversaires. Il y a dix ans, il a fait arrêter dix-huit opposants politiques dont beaucoup étaient ses concurrents politiques lors de la présidentielle de 2010. D’ailleurs, le soir de cette élection, une manifestation a éclaté, mais a été sévèrement réprimée par la police. En 2015, les mêmes faits se sont produits, de même qu’en 2020.

Les Biélorusses militent encore pour leurs droits et pour des élections plus justes et équitables. Mais depuis toutes ces années, Alexandre Loukachenko n’en démord pas, et ne souhaite pas quitter ses fonctions de Président, malgré les nombreuses plaintes du peuple biélorusse et de diverses ONG.

Des figures politiques dans le viseur des autorités biélorusses

Au courant de l’année 2020, des opposants de Loukachenko commencent à être emprisonnés ou exilés. Valéri Tsepkalo, homme d’affaires et ambassadeur de la Biélorussie dans plusieurs pays voit sa candidature être refusée par les autorités. Il doit alors s’exiler en Russie avec ses enfants, menacé de poursuites judiciaires par le pouvoir en place.

De même, Viktor Babaryko, ancien banquier, s’est présenté à l’élection d’août 2020. Il a été arrêté, soupçonné d’être à la tête d’un « groupe organisé » d’employés de la banque Belgazprombank, qu’il a anciennement dirigé. Les autorités pensent que ce groupe a commis des fraudes et du blanchiment d’argent à hauteur de plus de 60 millions de dollars.

Mais c’est Serguei Tikhanovskaia, principal opposant du régime en place, qui a conquis le cœur des Biélorusses. C’est un blogueur dissident qui dénonce les manigances d’Alexandre Loukachenko et le dysfonctionnement du gouvernement. Il surnomme d’ailleurs Loukachenko « le cafard », ce qui a donné aux manifestations contre le pouvoir en place le surnom de “la révolution anti-cafard”. Il a invité des opposants biélorusses sur son plateau, et a ainsi suscité un grand engouement. Il a souhaité se présenter à l’élection présidentielle du 9 août, mais a été arrêté le 9 mai 2020 pour « troubles à l’ordre public » et « manifestations illégales ». N’ayant plus un casier vierge, sa candidature n’est plus valide. Sa sortie de prison le 24 mai 2020 ne l’empêche pas de manifester pour ses droits en compagnie des Biélorusses. Depuis fin mai 2020, il est à nouveau emprisonné (jusqu’à ce jour). Mais son arrestation ne fait qu’accroître sa popularité.

C’est alors qu’entre en jeu Svetlana Tikhanovskaïa, son épouse, ancienne enseignante d’anglais reconvertie en mère au foyer qui décide de candidater aux élections pour lui. Le régime l’a choisie en candidate s’opposant à Loukachenko, ne la voyant pas comme une menace. Toutefois, l’intérêt du public pour Svetlana Tikhanovskaïa n’a fait que de grandir et elle a réussi à fédérer la population biélorusse, qui voit en elle un espoir de changement. Le 30 juillet 2020, 63 000 personnes sont venues pour la soutenir au parc de l’Amitié des peuples de Minsk.

Cependant, malgré l’engouement qu’a suscité Svetlana Tikhanovskaïa, elle ne remporte que 10,9% des voix aux élections du 9 août 2020, contre 80,8% pour Alexandre Loukachenko. Par crainte de représailles, elle a immédiatement quitté la Biélorussie pour la Lituanie avec ses enfants. Après sa fuite, elle a publié deux vidéos. Dans la première, elle appelle le peuple à accepter les résultats officiels et à ne pas manifester. Dans la deuxième, elle déclare avoir pris une décision très difficile de son « propre chef » et qu’elle comprend que beaucoup « l’a jugeront, l’a haïront » pour sa décision.

Pourtant, quelques jours plus tard, elle apparaît plus confiante et déterminée, prête à soutenir la Biélorussie. Elle s’oppose toujours au régime et appelle l’Europe à soutenir son pays : « Je vous interpelle afin que vous ne reconnaissiez pas ces élections frauduleuses. Monsieur Loukachenko a perdu toute légitimité aux yeux de notre nation et du monde. […] Je vous demande de soutenir le réveil de la Biélorussie. Je m’adresse à tous les pays de pouvoir à respecter les principes de la loi internationale. J’appelle à respecter la souveraineté de la Biélorussie et du choix du peuple biélorusse. ».

Les conséquences de l’élection biélorusse

Dès le soir de l’élection, les Biélorusses commencent à militer dans les rues de Minsk pour dénoncer des élections frauduleuses. Les premières manifestations sont réprimées par la force, causant trois morts et des dizaines de blessés. Le 16 et le 23 août, plus de 100 000 personnes descendent dans les rues pour manifester. La police nationale continue la répression. Le 30 août 2020, la police antiémeute et les militaires armés ont tenté d’empêcher les manifestants de se déplacer vers le centre de Minsk.

Néanmoins, Alexandre Loukachenko n’en démord pas, et refuse le dialogue. Il crie au « complot » occidental voulant sa chute, accusant même l’OTAN de manœuvrer à ses frontières. Le 17 août 2020, il propose une nouvelle Constitution suivie d’une nouvelle élection. En parallèle, il commence à sévèrement réprimer tous ceux qui ne sont pas de son côté.

Le 29 août 2020, il destitue Pavel Poustovoï de ses fonctions d’ambassadeur de la Biélorussie en Espagne, car il a réclamé un recomptage des voix. Le même jour, les autorités biélorusses ont retiré leur accréditation à plusieurs journalistes de médias étrangers (dont la BBC et l’AFP). De plus, des journalistes ont été détenus au cours du dernier weekend du mois d’août. Le chef de l’Église catholique en Biélorussie qui s’est exprimé contre la répression des autorités face aux manifestants, a été interdit d’entrée en Biélorussie.

Les réactions internationales face à la Biélorussie

Le 19 août, l’UE a déclaré ne pas reconnaître le résultat de l’élection présidentielle. Le président du conseil Charles Michel a déclaré que l’UE soutient fermement le droit du peuple biélorusse à déterminer son propre destin. Angela Merkel a déclaré que les Biélorusses doivent trouver leur propre voie.

Le 30 août 2020, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Etrangères, a condamné dans un tweet les mesures arbitraires prises par les autorités biélorusses à l’encontre des journalistes, qu’il juge « contraires à la presse ». Le 31 août, les ministères letton et estonien des Affaires étrangères et le ministère lituanien de l’Intérieur ont annoncé que 30 citoyens biélorusses dont Alexandre Loukachenko et son fils aîné Viktor Loukachenko, assistant du chef d’État et membre du Conseil de sécurité biélorusse, ont interdiction d’entrer sur le territoire lettonien, lituanien et estonien. Edgars Rinkēvičs, ministre des Affaires Etrangères de la Lettonie a déclaré dans un tweet du 31 août 2020 que “la falsification des élections présidentielles, les agressions des manifestants pacifiques et la persécution des journalistes et activistes en Biélorussie n’est pas acceptable”.

A la mi-août, le président Vladimir Poutine a fait savoir à Alexandre Loukachenko qu’il lui prêterait main forte si la suite l’y obligeait. Cette aide prend place dans le cadre de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), une organisation politico-militaire destinée à garantir la sécurité dans la région. De plus, il a félicité Alexandre Loukachenko pour sa victoire, tout comme le président chinois, Xi Jinping. Dans la semaine du 24 août 2020, Vladimir Poutine a déclaré avoir créé une unité spéciale pour aider Alexandre Loukachenko. Mais cette décision ne sera mise en application que si la situation venait à dégénérer en Biélorussie.

Jeudi 20 août, Emmanuel Macron a proposé, aux côtés d’Angela Merkel, une médiation européenne en compagnie de différents acteurs de la crise biélorusse. De plus, Emmanuel Macron déclare qu’il ne veut pas que la situation en Ukraine se répète (pour rappel la crise politique en 2014 a débouché sur une invasion du territoire ukrainien par la Russie). La volonté de l’UE est « d’engager la Russie dans un dialogue sur la Biélorussie et de nous aider à convaincre le président Loukachenko de la nécessité d’accepter une médiation de l’OSCE [Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe] ». Il reste à voir si la Biélorussie peut être sauvée de l’impasse dans laquelle elle se trouve.

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