La cabane : face visible de la lutte politique dans les ZAD

L’opposition à des projets de construction, jugés comme nuisible pour l’environnement et contraire à l’intérêt général de la société, prend aujourd’hui la forme de Zones À Défendre (ZAD), dans de nombreux lieux en France, mais aussi dans le reste du monde. Vivre sur les lieux prévus pour de futurs projets est un moyen choisi par les militants afin d’empêcher les travaux de construction. Et si la cabane, habitation mobile, légère et fragile devenait un levier de résistance et d’ancrage sur les ZAD?

Le 17 janvier 2018, à Notre-Dame-des-Landes, commune située dans la région Pays de la Loire en France, le Premier ministre Édouard Philippe a signé l’abandon du projet de l’aéroport de Nantes . Cependant, ce qui aurait pu apparaître comme une victoire aux yeux des militants zadistes opposés à cet aéroport, fut suivie d’une expulsion de la zone occupée, qui s’est notamment traduite par la destruction des habitats. Ici, la cabane devient alors un symbole de résistance face à ce que l’on appelle les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII), ou projets qui, selon leurs opposants, ne participent pas à l’intérêt général de la société et sont nuisibles pour l’environnement.

Proposer une autre façon de vivre ensemble

Les habitats choisis sont pour le plus souvent des constructions légères, faites de matériaux de récupérations. Revendiquer une autre manière de vivre est au cœur de la lutte. Sur la base d’un mode de vie communautaire, ces petites habitations en pleine nature sont composées du strict minimum. Par exemple, en Allemagne, les militants de la ZAD de la forêt d’Hambach près de Cologne ont choisi de s’installer dans les arbres pour s’opposer à un projet de déforestation nécessaire à l’implantation d’une future mine de charbon: « Les cabanes dans les arbres rendent l’expulsion difficile, il est donc important de rester ici 365 jours par an », raconte l’un d’entre eux.  Implantés sur des terrains rachetés par l’État ou appartenant à la société en charge des travaux, les militants qui optent pour ce type d’action sont souvent précaires et risquent l’expulsion à tous moments.

Crédit : Elsa Pécot

À Strasbourg, les militants de la  ZAD du Moulin qualifient leur occupation comme la « face visible de [leur] présence sur le terrain », afin de « protéger les lieux et la nature d’une destruction irréversible si le projet [de détournement de la rocade] venait à être réalisé ». Habiter sur le lieu du projet devient alors un élément essentiel de la lutte. Afin de prouver que le projet n’est pas d’utilité publique ni d’intérêt général et qu’il ne ferait que détruire un mode de vie alternatif en servant les  intérêts politiques ou économiques, les militants s’organisent. Ils font vivre le lieu occupé notamment grâce à la culture des terres et à la participation à l’économie locale.

Lutter avec résilience

Lors de l’évacuation de la ZAD du Moulin, le 10 septembre 2018, les cabanes ont été détruites et les militants délogés dans la fumée des gaz lacrymogènes. Malgré tout, les occupants gardent la tête haute :  « Ils pourront casser nos lieux de luttes, nous faire mal dans nos chaires sans pour autant détruire ce que nous sommes. La ZAD du Moulin n’est plus… Oui, c’est une réalité physique, mais la ZAD ce n’est pas uniquement un lieu matériel, c’est aussi un état d’esprit, une zone de réflexion, d’expérimentation, … La ZAD est dans notre cœur et dans notre tête. Quoi qu’ils fassent, ils ne pourront pas nous l’enlever. » Un appel à la réoccupation de la zone vient d’être lancé.

Photo de bannière. Crédit : Elsa Pécot

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