La criminologie : science en devenir du crime et des criminels

La délinquance est une problématique centrale dans nos sociétés. Les politiques publiques y font face avec plus ou moins d’assurance. Une récente discipline, la criminologie, peut éclairer les décideurs politiques et professionnels confrontés à ces questions de délinquance et de criminalité.

Pour le sociologue Renaud Fillieule, « la délinquance constitue aujourd’hui l’un des sept problèmes majeurs de notre société ». La délinquance, est, selon Maurice Cusson, une action isolable à l’occasion de laquelle une transgression est commise et qui cause un dommage évident à autrui. Elle nécessite d’être encadrée par une méthode fiable qui cherche à définir le passage à l’acte. Assurer la sécurité des personnes, prévenir et traiter la délinquance par l’analyse est l’objet d’un combat soutenu par les politiques, notamment en Amérique du Nord. Ce soutien s’est accompagné de l’étude des caractéristiques des criminels et des crimes depuis le 19ème siècle : la criminologie. Depuis, la discipline se démocratise. Le centre international de criminologie comparée au Canada, le centre de recherches criminologiques en Belgique ou les divers parcours professionnalisant accessibles en France préparent les professionnels de demain dans la lutte contre le crime.

Science du criminel, science du crime, la criminologie développe des théories nécessaires pour situer ou anticiper la délinquance. Les professionnels s’arment de ces outils pour travailler. Dans le cadre d’une soirée ciné-débat « tueurs en série » le 25 novembre dernier à Clermont-Ferrand, Stéphane Bourgoin est revenu sur son travail. Écrivain spécialisé dans l’étude des tueurs en série et du profilage criminel, ce spécialiste a rencontré soixante-dix-sept tueurs en série en une quarantaine d’années, notamment aux États-Unis d’Amérique. L’occasion de comprendre l’émergence de la matière et de sa nécessité mais également des problèmes qui lui appartienne.

Une matière pour comprendre et solutionner

Les sociétés ont un rôle primordial dans le jeu de la délinquance. D’abord parce que ce sont les sociétés qui délimitent les normes. Aux premiers abords, l’intérêt d’une méthode n’aurait donc de sens qu’avec la répression et les normes instaurées par les sociétés. Au-delà et grâce aux travaux de Cesare Beccaria, il apparaît que la dissuasion législative, additionnée avec la sanction de la peine doit suffire pour limiter l’action criminelle. Mais l’intérêt se révèle surtout pratique. La recherche du coupable tout en dégageant des réponses et des données permet d’éviter un autre passage à l’acte.

C’est autour de ces enjeux que policiers, juges, psychiatres ou directeurs pénitentiaires doivent organiser leur réflexion. Et c’est également dans cette perspective que Stéphane Bourgoin a contribué à la recherche du tueur du Zodiaque jusqu’alors non identifié. Grâce à des documents, rapportés quelques années après les premières recherches, les preuves sont irréfutables sur le tueur du Zodiaque. Un « ancien journaliste décédé », selon Stéphane Bourgoin, à côté de qui la police américaine est passée à l’époque. Le dossier fut colossal mais témoigne surtout d’un manque de coopération entre les comtés. La criminologie trouvait là ses limites.

Une discipline en crise identitaire

La criminologie demeure aléatoire car elle est fondée avant tout sur l’expérience plus que sur les théories développées depuis ses débuts. L’apparition des premiers travaux aux 19ème siècle ne suffit pas à comprendre ce qui amène un délinquant à passer à l’acte. C’est à la criminologie dite moderne de déterminer l’obstination du criminel récidiviste.

Toutefois, entre les différentes cultures, normes et valeurs qui distinguent les sociétés, une méthode criminologique s’avère inconstante dans le temps et dans l’espace. Outre la nécessité d’un consensus international, la criminologie affronte une nouvelle criminalité qui regroupe notamment le terrorisme et les tueries de masse ; des forces pratiquement incontrôlables qu’une méthode, même constante, ne pourrait pas prévenir.

Mais plus encore, la culture criminologique s’attache à isoler des comportements criminels de l’ensemble des relations sociales. Cette science, spécifique, appartient aux attraits historiques et culturels de certaines sociétés ; institutionnalisée au Canada et aux États-Unis d’Amérique notamment, ou en Allemagne et au Royaume-Uni alors que la France ne lui accorde qu’une timide reconnaissance. Cette différence de légitimité d’un système juridique à un autre permet toutefois de démontrer les lacunes et les avantages de la discipline. La culture criminologique dans la compréhension du passage à l’acte contribue à l’idéal qu’est la diminution de la délinquance. Ces objectifs sont toutefois propres à chaque pays et il n’y a aucune garantie de son efficacité si elle était étendue dans le monde.

Photo de bannière. Crédit : Luther Bottrill on Unsplash


Pour aller plus loin :

 

Vous aimerez aussi