La crise migratoire, une crise européenne

Dix-sept mille morts et disparus en mer Méditerranéenne depuis 2014. Ce chiffre, annoncé, en août 2018 par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), reflète les nombreux désaccords entre les pays de l’Union européenne pour gérer la crise migratoire.

Depuis les printemps arabes de 2010, le nombre de demandeurs d’asile en Europe a augmenté, particulièrement en 2015 et 2016 avec la multiplication des conflits, dont celui en Syrie. Persécutés dans leur pays d’origine pour différentes causes (politiques, religion…), des centaines de milliers de Syriens, Irakiens, Afghans, Érythréens et Somaliens cherchent à rejoindre l’Europe pour faire une demande d’asile et ainsi obtenir le statut de réfugié.

Avec l’amplification des flux migratoires vers l’Union européenne (UE) depuis 2014, les accords de Schengen ont révélé les nombreux dysfonctionnements existants entre les différents pays membres. Signés en 1985 et 1990, ces accords suppriment les contrôles à l’intérieur de l’espace en facilitant également le franchissement des frontières mais aussi les règles de traitement des demandeurs d’asile. Cependant, entre les pays appartenant à l’espace Schengen, l’octroi du statut de réfugié varie énormément.

Un règlement qui divise

Ainsi, le 1er janvier 2014, le règlement européen Dublin III est appliqué, obligeant toute demande d’asile à être gérée dans le premier pays où le réfugié arrive et à enregistrer ses empreintes digitales. Mais beaucoup de réfugiés cherchent à rejoindre des pays qu’ils jugent plus attractifs comme l’Allemagne par exemple. Lorsqu’un réfugié est donc contrôlé dans un autre pays, il est qualifié de « dubliné » et doit alors être reconduit dans le premier pays d’arrivée.

Cette réforme de la convention de Dublin a suscité de nombreuses dissensions au sein de l’UE, en particulier durant le pic de la crise migratoire en 2015. Les pays d’entrée estiment que cette politique leur est défavorable au vu du nombre de demandeurs d’asiles. Pour faire face à cela, l’UE met en place à plusieurs reprises des programmes de relocalisation visant à répartir les immigrés entre les États membres. Les pays du groupe Višegrad (Hongrie, République tchèque, Slovaquie et Pologne) contestent cette répartition et vont s’y opposer. Durant l’été de la même année, les tensions grandissent face au refus de Viktor Orban de ce système de quotas. En septembre 2017, la Hongrie se voit alors obligée d’accueillir 1294 demandeurs d’asile sous peine de sanctions financières par la Cour européenne de justice.

Voir aussi | Le groupe de Visegrád , marqueur d'une Europe divisée ?

L’Allemagne est le pays qui a accueilli le plus de réfugiés pendant le pic de la crise migratoire. En 2016 sur 1,2 million de demandes à l’échelle européenne, 700 000 personnes ont obtenu l’asile et la protection associée et 445 000 ont été accueillis en Allemagne. De plus, contrairement à de nombreuses idées reçues, la majorité de ces populations est accueillie par les pays frontaliers de ceux en guerre au Proche et Moyen-Orient. La plupart des réfugiés passés par la Hongrie ne sont pas restés sur le territoire, c’est d’ailleurs un des pays européens qui compte le moins d’étrangers par rapport à sa population. Malgré une baisse significative de ces flux à partir de 2017, et notamment des entrées en Europe par la Méditerranée, l’immigration a été une obsession pour les pays membres de l’UE durant l’année 2018. À l’approche du scrutin européen en mai prochain, ce sujet sera sans doute au cœur des préoccupations politiques au vu du rôle majeur que l’UE possède sur ce sujet qui la divise.

Évolution du nombre de demandes d’asile (source : europarl) Demandes d’asile dans l’UE (Bleu) & Demandes d’asile en Hongrie (Rouge)

Le rôle de l’Union européenne

Adopter des règles communes à tous les pays membres, c’est le rôle que possède l’Union Européenne dans les politiques d’asile et d’immigration. Le traité d’Amsterdam ratifié en 1997 donne pour la première fois des compétences à l’UE dans ces domaines ; notamment favoriser les mesures d’intégration pour les pays membres, ou encore définir les conditions d’entrée et de séjour. En cas de menace majeure pour la sécurité, chaque pays peut malgré tout rétablir de façon temporaire le contrôle aux frontières. Face à une demande de renforcement de ces contrôles de la part des dirigeants européens, Bruxelles a proposé d’augmenter le nombre d’agents européens et ainsi de consolider sa capacité d’action dans ce domaine. Au même moment, les pays du Visegrád tout comme l’Espagne et l’Italie se sont opposés à cette mesure d’avoir des agents européens sur leur territoire.

L’Union européenne face à l’avancée des populismes

Clivée par des crises d’identité et un rejet de l’immigration, l’UE est sortie affaiblie politiquement. L’extrême droite s’est emparée du sujet clamant une Union plus proche de ses citoyens, proférant des réponses simples à des questions complexes. La crise migratoire est un débat délicat qui a fait ressortir beaucoup d’amalgames liés au terrorisme, à la place de l’Islam au sein du continent européen et à la montée des nationaux-populismes.

Malgré la chute des arrivées par la méditerranée (plus de 80% entre 2015 et 2017), les partis d’extrême droite et les dirigeants du Visegrád ont instrumentalisé cette crise désormais plus politique que migratoire. Affirmer l’inefficacité de l’Europe dans la résolution de cette crise leur permet de légitimer leurs politiques tout en les durcissant. Mais dans une problématique internationale, la réponse nationale est à éviter, raison pour laquelle le scrutin européen de mai prochain peut permettre à l’Europe de sortir du malaise dans lequel elle a tendance à s’enliser doucement. Ces élections représentent de ce fait un enjeu décisif qui aura une influence sur chaque société. Elles sont une chance à saisir : celle de pouvoir redéfinir le rôle d’une démocratie d’intégration et protectrice.

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