La Moldavie, un pays en transition ou en perdition ?

Petit pays étouffé entre les forêts enchanteresses de Roumanie et les oblasts côtiers d’Odessa et Vinnytsia en Ukraine, la Moldavie est méconnue. Pourtant, en bien comme en mal, elle a de quoi faire parler d’elle.

Le pays le plus pauvre et le plus corrompu d’Europe

Lorsque l’on parle de la Moldavie la plupart des réactions sont les suivantes : Ça existe ? C’est où ? Tintin chez les Soviets ? Ancienne province roumaine, ce petit pays de plus de 3 millions d’habitants fait ses premiers pas à la chute de l’Union soviétique et se spécialise dans l’exportation de vin et de produits agricoles. Étiqueté « Europe de l’Est », il aspire, comme la plupart de ses voisins, à une intégration occidentale.

Le Parlement moldave – Crédit Louison Bojuc

Mais l’indépendance a aussi été source d’appauvrissement et d’isolement. La Moldavie est un pays essentiellement rural avec un rapport au moderne limité et un potentiel industriel nul. De plus, le conflit gelé de la Transnistrie ou République du Dniestr, région sécessionniste actuellement aux mains des russes, en font une région instable et conflictuelle et impose un coût très important aux autorités moldaves. Le pays est également gangrené par la corruption à l’image des élections municipales de la capitale, Chisinau, soupçonnées frauduleuses, l’été dernier, qui avait généré d’importantes manifestations sur la grande artère de la ville ou de la fameuse affaire du milliard envolé.

Mille et une façon de quitter la Moldavie

La population est partagée entre l’appel de l’Ouest et l’entretien d’une vieille allégeance qui se manifeste notamment lors des célébrations des 8 et 9 mai, relatives à la libération du pays par les soviétiques et au jour de l’Europe victorieuse. Les affiliations politiques se scindent en deux clans : européen et russe, et le destin du pays vacille au gré des conjonctures.

La Journée Internationale des Enfants célébrée dans la capitale – Crédit Vlad Litinov

« Aujourd’hui, les gens partent, ils ne font pas leur vie ici. Plus d’un million de moldaves sont actuellement à l’étranger soit 1/3 de la population du pays. Les étudiants attendent d’avoir leur bac et partent à l’étranger, pour l’Italie notamment. Ils vont élever leurs enfants dans un pays qui leur offrira un meilleur avenir », nous confie Robin Koskas, chargé du Bureau des Etudes à l’Alliance Française. Le désamour des moldaves pour leur pays vient d’un accès à l’emploi difficile avec un taux de chômage à 4,3% en 2017 et 20% de la population vivant sous le seuil de pauvreté (source : IndexMundi), d’une jeunesse déçue de la vie qui l’attend, de la présence religieuse dans les mœurs sociales, d’un salaire moyen de 200 euros par mois qui n’offre pas de perspectives, d’une corruption endémique… En 2014, Vladimir Lortchenkov dépeignait cette situation dans son ouvrage burlesque  Des 1001 façons de quitter la Moldavie où les villageois de Larga sont prêts à tout pour rejoindre l’Italie.

Une manifestation de prêtres orthodoxes et de milliers de fidèles sur la place de Chisinau contre la « propagation de l’homosexualité » à l’été 2018 – Crédit Louison Bojuc

Les petites merveilles d’un pays pas si merveilleux

Pourtant, la République de Moldavie est attrayante pour ses villes viticoles souterraines, pour sa nature luxuriante et intacte, pour sa gastronomie écologique, pour son héritage architectural et médiéval ainsi que pour ses monastères rupestres.

Entrée de la fabrique et cave à vins de Cricova à quelques kilomètres de Chisinau contenant plus de 1 million de bouteilles dont les réserves personnelles de personnalités politiques – Crédit Louison Bojuc

La réserve naturelle et paysagère d’Orheiul Vechi surplombée par un monastère – Crédit Louison Bojuc

Mais ces trésors sont moindres, durs à dénicher, sous terre, dans des musées, au creux de falaises et de villages, éparpillés au quatre coins du pays et ne sont pas la vitrine d’une destination qui pourrait être originale. À première vue, on remarque les routes criblées de trous et mal entretenues mais aussi les bâtiments gris et austères de Chisinau, baignant encore dans son jus soviétique. La campagne moldave, elle, est authentique, les gens se déplaçant encore en calèche, l’eau venant se prendre au puits, les femmes et les hommes vêtus des costumes traditionnels et les morts se veillant à la vue de tous.

La Moldavie laisse l’impression d’un pays qui s’éveille et s’ouvre depuis peu au monde. Il n’y a pas de tourisme et aucune mixité ethnico-culturelle. C’est certainement la dernière ex-communauté soviétique qui ne s’est pas encore transformée.

Une transition impossible ? 

Au contraire de la Géorgie et de l’Ukraine qui ont vu leurs zones urbaines restaurées et modernisées, la Moldavie a pris du retard. Ses relations avec l’Union européenne se sont détériorées depuis la prise du pouvoir par le candidat pro-russe Igor Dodon, en 2016, qui gèle toute négociation et a offert le statut d’observateur au sein de l’Union économique eurasiatique à son pays en 2017. L’option russe a, à ce jour, pris beaucoup d’avance sur les perspectives européennes.

« Aujourd’hui, la classe moyenne est en train de disparaître et donc on a un écart de plus en plus important entre les très riches et les très pauvres », constate Robin Koskas. Les inégalités sociales offrent des contrastes délirants : des Porsches et des Ferraris défilant sur le boulevard Stefan cel Mare où sur les trottoirs paysans et paysannes viennent vendre fruits et fleurs. Benedict, étudiant issu d’une famille fortunée, constate : « Tu as vu, ici il n’y a rien. Mais ici, quand tu es riche, tu es le roi ».

Autrefois bon élève et bon voisin de l’Union européenne, la Moldavie est entrée dans une crise économique et politique majeure qui ne lui permet pas de présenter un autre visage que celui de la vétusté aux dépends de ses éléments touristiques et naturels.

Une paysanne moldave dans les campagnes du pays – Crédit Louison Bojuc

Ainsi, on voit mal une réelle transition se produire sous peu. La suspension des pouvoirs du président par la Cour Constitutionnelle moldave depuis quelques mois qui invalidait la nomination de ministres par un premier ministre pro-européen n’est qu’un sursaut démocratique éphémère.

Un état de survivance inquiétant

La Moldavie est une terre qui se vide et face à cela le laxisme politique est alarmant. Les Moldaves aimeraient que leur soit donnée la possibilité de faire leur vie dans leur propre pays. À l’heure actuelle, les tournures géopolitiques et les conjonctures économiques ne prédisent aucune amélioration. L’État défaillant survit, perfusé par la Russie et l’Union européenne. Comme ont pu l’évoquer certains chercheurs, politologues et habitants, rien ne semble garantir que la Moldavie existera toujours comme pays indépendant.

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