Jacinda Ardern, fraîchement élue, prête serment devant la Gouverneure

La Nouvelle-Zélande : un pays pour trois femmes

Pourtant discrète sur la scène internationale, la Nouvelle-Zélande ne cesse de faire parler d’elle depuis quelques mois. Cette effervescence, on la doit à une femme : la Première ministre Jacinda Ardern. Élue en octobre 2017 sous la bannière du parti travailliste, elle est à la tête du pays avec deux autres femmes de pouvoir.

Du jamais vu à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU) le 24 septembre dernier : une dirigeante accompagnée de son bébé. La scène n’a pas manqué de susciter l’émoi auprès des politiques et des photographes présents. Fait suffisamment rare pour être souligné, Jacinda Ardern fait partie des 20 femmes à la tête d’un pays.

En juin, elle a donné naissance à une petite fille, ce qui fait d’elle la deuxième cheffe de gouvernement au monde à accoucher au cours de son mandat. L’annonce de sa grossesse avait alors enchanté le pays. Présenté comme un non-événement, elle s’était simplement absentée pendant six semaines pour son congé maternité. Winston Peters, son suppléant et figure populiste du parti New-Zealand First avec qui elle forme une coalition, l’avait remplacée.

Clark Gayford est le mari de Jacinda Ardern. Il a pris un congé paternité pour s’occuper de la petite Neve. Ici, il tweete, depuis les Nations Unis : « Puisque tout le monde me demande de voir le badge de Neve, l’équipe ici en a fabriqué un. J’aurais aimé photographier le regard étonné de la délégation japonaise à l’ONU quand hier ils sont entrés dans une salle de réunion en plein changement de couche. Une belle anecdote pour ses 21 ans. »

Une situation inédite

Héritage du colonialisme britannique, le pays fait partie intégrante du Commonwealth. En tant que monarchie constitutionnelle, c’est la reine Elizabeth II, dont la fonction relève davantage du symbole, qui est officiellement à la tête de l’État. Pour représenter les intérêts de la couronne, elle nomme un gouverneur général. Depuis 2016, il s’agit de Dame Patsy Reedy. Ainsi, la Nouvelle-Zélande ne compte pas une, mais bel et bien trois femmes à sa tête.

Le pouvoir législatif n’est pas en reste puisque 38% du parlement, soit 46 membres, sont des femmes – la moyenne mondiale étant de 28%. Par ailleurs, le pays a été le premier au monde a accorder le droit de vote aux femmes en 1893.

Pourtant, il s’agit d’un phénomène relativement récent. Contactée par e-mail, Jenny Curtin, professeur en sciences politiques à Auckland et spécialiste de la question, estime que « la représentation des femmes au parlement a commencé à s’amplifier dans les années 80 ». Elle explique que « l’avènement d’un système de représentation proportionnelle en 1996 » a poussé les partis traditionnels à investir davantage de femmes, marchant dans les pas des partis progressistes entrants. Elle rappelle également que Jacinda Ardern n’est pas la première femme à occuper le poste de Premier ministre. Des années plus tôt, en 1993, Helen Clark, première femme à ce niveau de pouvoir, avait essuyé les plâtres après une longue carrière de parlementaire et de ministre. Et d’ajouter, les « études montrent qu’il est toujours un peu plus acceptable pour les femmes qui ne sont pas les premières ».

Les limites d’un modèle

Jennifer Curtin ne pense pas pour autant, quand on lui pose la question, que son pays soit nécessairement plus progressiste. Si l’avortement n’y est pas encore entièrement dépénalisé, la Nouvelle-Zélande n’est pas exempte de sexisme non plus. Durant la campagne des législatives, invitée sur le plateau de The Project, un journaliste l’avait prudemment interrogée sur le choix que les femmes ont « l’impression de devoir faire entre avoir des enfants et une carrière ». Elle avait répondu qu’elle « n’avait aucun problème à discuter librement de ce dilemme car […] beaucoup de femmes y sont probablement confrontées. »

Le lendemain matin, dans la matinale The AM Show, la candidate travailliste a été de nouveau interrogée à ce propos. Mark Richardson, co-animateur de l’émission, s’était illustré en abordant le sujet sous un tout autre angle : « Quand on est employeur dans une entreprise, on doit savoir ce genre de choses sur la femme qu’on emploie… est-ce normal pour le Premier ministre de prendre un congé maternité durant son mandat ? ». Plus vivement cette fois, elle l’avait repris pour lui dire « qu’il est totalement inacceptable en 2017 de dire que les femmes doivent répondre à cette question sur leur lieu de travail », lui rappelant que c’était d’ailleurs condamné par la loi.

A l’ère de « metoo », J. Curtin juge que Ardern se démarque car elle ne joue « pas la carte du genre ». Le Monde estime en revanche qu’elle « a fait de son bébé une partie intégrante de son offensive de charme » sur la scène internationale.

Photo de bannière. Jacinda Ardern, le 26 Octobre 2017, prêtant serment devant la Gouverneure Générale. Crédits :  Creative Commons : Governor-General of New Zealand

Etudiant en nouvelles pratiques journalistiques, tourné vers l’actualité du monde anglophone et de l’Union Européenne, intéressé par les enjeux environnementaux et amateur de fact-checking.

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