La pénurie d’eau, un cauchemar devenu réalité : la raréfaction de l’eau sur la planète bleue

Ces dernières années, partout dans le monde, des phénomènes de pénuries d’eau se sont manifestés. Ils sont parfois temporaires comme en France durant l’été. Mais pour d’autres Etats comme le Mexique, cette situation est permanente. Même en l’absence de pénurie, l’eau est peut-être insalubre, ou son accès peut ne pas être sécurisé.

Depuis notre plus jeune âge, nous apprenons que la Terre est surnommée la “planète bleue” à cause de ses océans, visibles depuis l’espace et couvrant 71% de sa surface. Cependant cette apparence est trompeuse. La grande partie de l’eau que nous voyons n’est pas potable, et est donc inadaptée aux utilisations humaines. Selon Courrier International, 2,5% de l’eau présente sur Terre (sous forme aqueuse ou non) est potable.

Stress hydrique et pénurie d’eau : deux termes, une même bataille

Stress hydrique, pénurie d’eau, raréfaction, aridité, sécheresse … Nombreux sont les termes pour désigner tous ces phénomènes liés à l’eau qui prennent de plus en plus d’ampleur. Cependant, des nuances sont à apporter. Arnaud Buch dans son article « Comprendre la pénurie en eau comme un phénomène social. Un panorama des approches » donne une définition de la pénurie d’eau qui se caractérise par une demande plus forte que l’offre en ressources d’eau. Le stress hydrique, quant à lui, est un indice plus complexe qui mesure l’intensité de cette pénurie par rapport au nombre d’habitants, et à ses ressources disponibles. La pénurie est le terme communément choisi pour parler du principe de réduction des quantités d’eau douce utilisable par les habitants, notamment par les Nations Unis dans leur bilan sur l’état de l’eau dans le monde.

La sécheresse et l’aridité sont deux phénomènes différents, mais qui restent liés par le manque d’eau. L’aridité correspond au manque de précipitation sur une zone qui peut amener à sa stérilité. La sécheresse, en plus du manque de précipitations, est provoquée par l’activité de l’homme, souvent agricole.

Ces différents phénomènes peuvent être aussi bien temporaires que permanents. Selon le rapport des Nations Unies sur l’eau de 2019, 3 personnes sur 10 n’ont pas accès à de l’eau potable dans le monde. La notion de « jour zéro » se répand, signifiant la date limite où plus aucune eau potable ne sera disponible. Pour certaines zones, cette date se rapproche de manière très inquiétante. Mais pour d’autres, comme Le Cap, cette échéance a pu être repoussée.

L’eau potable : un or bleu

Le « jour zéro » est un paramètre très inquiétant de la consommation en eau des Etats. L’eau est vitale à la survie de l’homme, mais également au développement socio-économique d’un pays. Cependant l’Organisation des Nations Unies (ONU) rappelle que la question de l’eau n’est pas indépendante, de nombreux sujets étant liés à celle-ci. L’eau est un des objectifs du développement durable, plus particulièrement l’Objectif de développement durable (ODD) n°6. Il veut garantir un accès à l’eau pour tous, un accès à une eau potable et assainie, et assurer une gestion des ressources en eau plus durable. Cet ODD est lié à d’autres objectifs relatifs au domaine de la santé, de l’économie et de l’environnement.

L’accès et la gestion de l’eau est aussi un Objectif du Millénaire pour le développement. En effet, une partie de la population n’a pas accès à l’eau, a accès à une eau impropre à la consommation, ou son accès à l’eau n’est pas sécurisé. Ces différents facteurs peuvent se mélanger.

Ces tensions créent une raréfaction de l’eau dans certaines zones, mise en avant comme un or bleu. Par exemple, le Chili a instauré dans sa Constitution depuis 1980 un droit de propriété sur l’accès à l’eau. Ce droit fonctionne comme un droit de propriété classique : il peut être, vendu, échangé, loué et n’est utilisable que par son possesseur légal. Ainsi le phénomène de sécheresse connu par le Chili, dû notamment à la culture d’avocat, permet à ce business autour de l’eau de prospérer en faisant grimper les prix de ces « droits d’eau ». Ce système favorise les gros exploitants ainsi que les familles fortunées, obligeant les plus petits producteurs à se reconvertir ou partir à la recherche de nouvelles terres plus fertiles et disponibles en eau.

Un accès à l’eau inégal

La population mondiale augmente, et ses besoins en denrées et en eau augmentent parallèlement. Le problème de l’augmentation de la population est la constante adaptation des besoins et de la distribution en eau afin que tout le monde puisse y avoir accès. De nos jours, les inégalités sont flagrantes.

Malgré des aquifères présents en souterrain, certains Etats ne disposent pas du matériel ou des ressources nécessaires à l’extraction et l’utilisation de cette eau. Mais l’eau souterraine disponible dans les nappes phréatiques ne peut pas suffire à l’approvisionnement entier d’un pays. On se retrouve donc dans des situations d’inégalités énormes. Tandis que certains n’ont qu’à ouvrir un robinet, à Mexico ce sont des camions citernes qui apportent chaque semaine l’exacte quantité d’eau pour tout le quartier, parfois moins. Quand le camion arrive, des habitants sont chargés de la répartition de cette eau.

Dans certains Etats c’est une eau impropre à la consommation qui est disponible. Il faut alors mettre en place des dispositifs d’assainissement de l’eau. Une des techniques avancées pour utiliser les 97,5% d’eau salée présent sur Terre est la désalinisation. Depuis 1980, cette technique est de plus en plus utilisée : elle l’est à ce jour par 15 906 usines. Deux manières de faire sont recensées : thermique et membranaire. A ce jour, la technique thermique est plus utilisée, car il s’agit d’un simple procédé de distillation. Mais cette technique a un coût qui est d’abord un coût électrique. Sur le total de consommation électrique dans le secteur de l’eau, les différentes opérations comme le transfert, le traitement des eaux usées, ou encore la distribution et l’approvisionnement ont une consommation stable au fil des années et qui ne prévoit pas d’augmentation pour les années à venir. Le dessalement est pour le moment le moins énergivore. Mais si l’augmentation se poursuit, en 2040, le dessalement sera la partie la plus énergivore. Il existe également un coût écologique, puisque pour chaque litre d’eau potable produite, 1,5 litres de saumure est produite en parallèle. Cette technique est prédominante au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, là où le stress hydrique est le plus fort.

Un sujet conflictuel

La question de la gestion de l’eau est un thème primordial en géopolitique. Tout autour du globe, plusieurs conflits sont causés par l’eau et son partage. Ces conflits ont plusieurs échelles : une échelle étatique et une échelle internationale.

A l’échelle étatique ou encore régionale, des grands industriels prennent possession des différents cours d’eau, de leur accès ou en détourne une partie pour leurs besoins ou leurs profits. Cette situation est visible en Bolivie où se déroule une guerre de l’eau. En Californie, l’entreprise Nestlé possède différentes filiales de vente d’eau en bouteilles. Nestlé achète son eau en Californie à un prix très bas et à haut débit, puis vend cette eau qu’elle met en bouteille au prix fort. Cette eau est extraite d’une région touchée par la sécheresse où les habitants n’ont d’autres choix que d’acheter leur eau en bouteille.

A l’échelle internationale, l’eau provoque des différents entre Etats sur la construction de barrages, ou encore la gestion d’affluents. Au Cachemire, entre l’Inde et le Pakistan, les deux pays se déchirent le contrôle de la région, mais également de l’Indus et ses influents. La rivière représente un enjeu énorme, puisque la construction d’un barrage par l’Inde en amont pourrait amener une réduction conséquente du cours d’eau au Pakistan. Ces cours d’eau ont un aspect vital pour ces deux pays car ils se trouvent en situation de stress hydrique. Le bassin de l’Indus est par ailleurs l’un des bassins versants des neufs grands fleuves prenant leur source au Tibet et dont dépendent plus d’un milliard de personnes. Un autre exemple de ces conflits étatiques se trouve au niveau du Jourdain qui se trouve être la seule source d’irrigation de quatre Etats : le Liban, la Syrie, la Jordanie et Israël. Ce cours d’eau a déjà été la cible d’attaques en 1965 et 1969. C’est pourquoi l’ONU surveille une zone définie. Plusieurs aquifères sont présents en Israël, ce qui lui a permis de mettre en place des puits de forage.

L’eau devient une commodité stratégique. La pénurie d’eau potable progresse peu à peu, sur tous les continents, et à différents niveaux de gravité. Face à cette progressive rareté, l’eau devient un or bleu disputé, échangé et surtout aux mains des plus riches. L’accès à l’eau potable est inégal entre les habitants d’un pays, et les entreprises comme au Chili. Cela crée des conflits, que ce soit au niveau étatique ou régional.

 

Sources informations

L’Atlas de l’eau, Hors-série, septembre-octobre 2020, Courrier International

Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2019 : ne laisser personne pour compte, 2019, UNESCO

RIVIERE HONEGGER Anne, BRAVARD Jean-Paul, La pénurie d’eau, donnée naturelle ou question sociale ? , Géocarrefour, vol 80/4, 2005, page 257-260

BUCHS Arnaud, Comprendre la pénurie en eau comme un phénomène social. Un panorama des approches, Informations et Commentaires, 2012, pp.13-21

Sécheresse, aridité, manque d’eau, stress hydrique… le point sur la question, ministère de l’agriculture et de l’alimentation https://agriculture.gouv.fr/secheresse-aridite-manque-deau-stress-hydrique-le-point-sur-la-question

 

Sources photographies

Photographie dans l’article : https://www.aquariophilie.org/articles/Usage-des-eaux-minerales-en-bouteille-227.html

Photographie de couverture : https://celia-blauel.eelv.fr/2014/11/13/paris-saluee-pour-la-transparence-et-lefficacite-de-sa-politique-de-leau/

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