Crédit Harout Arabian (Flickr).

L’arménie réaffirme son soutien à Assad et Poutine

 

Le 8 octobre, deux avions de transports russes partis d’Arménie ont atterri à la base militaire russe de Hmeimin, à Latakia, en Syrie, région sous contrôle des forces gouvernementales. Ils transportaient 40 tonnes d’aides humanitaires mises à disposition par le gouvernement arménien, destinées à la population arménienne de Latakia, Kessab, Tartus, Damas et, surtout, d’Alep. Quels en sont les enjeux ?

Autrefois principal centre économique et culturel du pays, Alep est aujourd’hui le théâtre d’une épouvantable bataille. Celle-ci oppose l’armée syrienne régulière, soutenue par la Russie et par les milices iraniennes, aux composites milices rebelles regroupées dans l’Armée Syrienne Libre et à la nébuleuse des groupes islamistes, parmi lesquels figurent le front al-Nosra et Daesh. Depuis la reprise des combats en juillet 2016, les quartiers à majorité arménienne, sous le contrôle du gouvernement de Damas, subissent de lourds bombardements de la part des milices rebelles.

Les Arméniens de Syrie

Descendants des Arméniens ayant survécu au génocide perpétré par le gouvernement ottoman des Jeunes Turcs en 1915, les Arméniens de Syrie ont toujours représenté une communauté très active et bien intégrée dans ce pays du Proche-Orient. Estimés à 100 000 avant le commencement de la guerre, ils ont toujours bénéficié du droit à pratiquer leur culte et à garder leurs traditions. En sont un exemple, les écoles arméniennes de Damas et d’Alep, ces deux villes qui accueillent la plupart de la population arménienne. La population arménienne a toujours entretenu des bonnes relations avec les alaouites, minorité chiite dont le clan des al-Assad fait partie.

Malgré sa modeste taille et ses multiples problèmes économiques, l’Arménie accueille actuellement près de 20 000 réfugiés, majoritairement Arméniens de Syrie et d’Irak. Pour ces derniers, les pratiques pour accéder à la nationalité arménienne sont plus simples et rapides en raison de l’appartenance ethnique et linguistique commune. Depuis le commencement de la guerre civile en 2011, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les ONG locales et les institutions ont mis en place de nombreux dispositifs d’accueil pour favoriser l’intégration des Arméniens réfugiés.

L’Arménie et le support à Moscou et à Damas

Le support du gouvernement d’Erevan aux Arméniens de Syrie n’est pourtant pas motivé seulement par des sentiments humanitaires. L’Arménie est diplomatiquement parmi les pays les plus proches de la Russie et sa politique étrangère, y compris en Syrie. Le pays caucasien abrite deux bases militaires russes, à Gyumri, dans le nord du pays, et à Erevan. Il est l’un des seuls États au monde à avoir reconnu le très contesté référendum de Crimée en mars 2014. Il fait aussi partie de deux organisations internationales sous l’influence russe : l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) depuis 1992 et, depuis janvier 2015, de l’Union économique eurasiatique (UEE). Cette solide alliance permet à la Russie de maintenir une présence politique et militaire dans le Caucase du Sud pour ainsi faire contrepoids à l’influence occidentale en Géorgie et avoir une continuité territoriale avec l’Iran, autre allié de Moscou en Syrie.

Le support de l’Arménie ne se limite pas à la seule Russie. Comme déjà évoqué, Erevan à toujours entretenu des bonnes relations avec la Syrie du clan al-Assad. Le nombre de visites réciproques et d’accords bilatéraux est élevé. Cette relation a culminé avec la visite officielle, en juin 2009, de Bachar al-Assad en Arménie. Levon Ter-Petrossyan, premier Président de l’Arménie, est né à Alep. Il a visité la Syrie en avril 1992, soit quatre mois après l’indépendance du pays.

Depuis l’éclatement de la guerre civile en 2011, le pays a renouvelé son soutien au gouvernement syrien lors d’une visite du ministre des Affaires étrangères Edouard Nalbandyan. En retour, en janvier 2014, Bachar al-Assad et le gouvernement syrien ont reconnu le génocide arménien de 1915. Une prise de décision motivée en partie par des calculs politiques. Dans son discours, Bachar al-Assad a fait un rapprochement entre le génocide arménien de 1915 et la guerre civile, ce qui n’a point manqué d’irriter Ankara. Il a ainsi flatté les consciences de l’influente diaspora arménienne du monde entier, gardant le soutien de la population arménienne de Syrie et renforçant les liens avec Erevan.

Étant donnés les intérêts de la Russie très importants en Syrie et voulant protéger coûte que coûte les Arméniens restés en Syrie, le gouvernement arménien veut donc lancer un message fort. Avec les aides envoyées, il manifeste une nouvelle fois son soutien au gouvernement de Bachar al-Assad comme à l’engagement russe en Syrie.

Crédit couverture : Harout Arabian (Flickr)

 

 

 

 

 

 

 

Vous aimerez aussi