Le canton de Zoug : l’eldorado des devises 2.0

Internationalement reconnue pour son système bancaire, la Confédération Helvétique se tourne activement vers la technologie financière (fintech). Pays de naissance du plus grand concurrent du Bitcoin, l’Ether, et des premiers paiements de services publics en cryptodevise, la Suisse a également hébergé en 2017 quatre des six plus grandes Initial Coin Offerings (ICO) ou levées de fonds. Cet été, c’est le canton de Zoug qui a été mis sur l’avant de la scène blockchain, en accueillant la Crypto Valley Conference on Blockchain Technology, première grande conférence sur le sol suisse.

Surnommé «Crypto Valley», le canton de Zoug est devenu le lieu de résidence des jeunes pousses spécialisées dans les cryptomonnaies et la blockchain. Attirés par son niveau d’imposition modéré et un environnement propice aux nouvelles technologies, ces acteurs profitent pleinement des infrastructures du canton. Actuellement, l’écosystème blockchain zougois comprend plus de 250 entreprises, selon les statistiques du Crypto Valley Labs.

Fonctionnement de la blockchain

La blockchain, ou chaîne de blocs, est la technologie qui a permis la création de la première cryptodevise, le Bitcoin. Aujourd’hui, elle est utilisée pour d’autres monnaies numériques et a des applications qui dépassent largement le cadre des devises.

Toutes les nouvelles opérations sur une cryptomonnaie construisent son historique et doivent donc d’abord être vérifiées. En l’absence d’un système central, ce contrôle repose sur les autres utilisateurs du système, également appelés nœuds du réseau. Les transactions sont ainsi analysées et rassemblées dans des « blocs », puis ces derniers sont rattachés à la chaîne de blocs déjà existante.

Étant donné que la blockchain est un système décentralisé sans organe de surveillance ou d’arbitrage, n’importe quel utilisateur d’une chaine de blocs peut potentiellement valider une transaction erronée ou malveillante. Le nombre d’utilisateurs d’un système étant déterminé par la nature publique ou privée de la blockchain, il peut potentiellement être illimité. C’est par exemple le cas de la blockchain du Bitcoin, ouverte à tous et qui permet une large utilisation de cette cryptodevise.

Pour remédier à cette problématique, des règles connues et partagées par tous les nœuds sont mises en place afin de valider une transaction. Ces différents principes forment le mécanisme de consensus, qui diffère d’une blockchain à l’autre. Par exemple, le système du Bitcoin fonctionne avec le « Proof of Work » (Preuve de travail). Pour valider un bloc (« mining » ou « minage » en français), les utilisateurs, aussi appelés « mineurs », doivent résoudre un problème mathématique en testant des chiffres au hasard. Le terme de « mineurs » fait référence aux chercheurs d’or du XIXème siècle, qui pouvaient rapidement s’enrichir en trouvant quelques grammes de ce métal précieux. Tout comme à l’époque, seul le mineur qui a trouvé son or, ou validé le bloc, reçoit une rémunération pour son travail. La chance, la rapidité et la performance de l’ordinateur jouent donc un rôle fondamental. En théorie, n’importe qui peut devenir mineur dans une blockchain publique, mais en pratique les contraintes techniques actuelles et la consommation d’électricité importante limitent cette possibilité. Par le mécanisme de « Proof of Work », les utilisateurs acceptent donc le nouveau bloc que s’ils ont la preuve de la dépense énergétique du mineur, engendrée par la résolution du problème mathématique. Ce système permet également la création de nouveaux Bitcoins pour rémunérer le mineur.

Utilisant un procédé très similaire au mining, mais appelé le « forging », les développeurs d’Ethereum se tournent actuellement vers le « Proof of Stake » (Preuve d’enjeu). Ce mécanisme de consensus privilégie les utilisateurs avec le plus d’actifs pour valider les transactions. Ils sont de ce fait les plus intéressés dans le bon fonctionnement du système, dans la mesure où ils ne veulent pas voir leurs actifs perdre de la valeur.

Retour sur la première conférence blockchain de Suisse

Du 20 au 22 juin 2018 s’est déroulée à Zoug la Crypto Valley Conference on Blockchain Technology. Attirant plus de 800 participants, elle était animée par une quarantaine d’intervenants, issus de l’enseignement, des start-ups et du monde corporate. La sphère politique, quant à elle, était représentée par Johann Schneider-Ammann, conseiller fédéral, Matthias Michel, directeur de l’Economie publique du canton de Zoug, Dolfi Müller, maire de la ville ainsi que Thomas Moser, membre de la direction de la Banque Nationale Suisse. De par l’hétérogénéité des experts et la qualité des débats, cet événement est comparable aux manifestations similaires qui se déroulent dans les grandes métropoles. Trois grandes thématiques ont été mises en avant durant la conférence : l’évolutivité des applications de la blockchain, la protection des données dans cette technologie et la législation pour le négoce des cryptomonnaies et des tokens, actifs numériques émis lors d’une ICO.

Applications de la blockchain

À l’heure actuelle, des limites existent encore pour une réelle percée des cryptodevises et de la blockchain. La technologie n’est pas encore mature pour l’introduction d’un cryptofranc, selon Thomas Moser. Sa position rejoint les affirmations déjà faites par les représentants du Fond Monétaire International. Par contre, des applications concrètes de la blockchain sont déjà possibles dans différentes étapes de la production, telles que la chaîne d’approvisionnement ou la logistique. Dans le domaine de la communication, l’utilisation de la blockchain serait également exploitable pour l’enregistrement de données, la gestion et la facturation, mais des problèmes concrets subsistent encore.

Protection des données

Les questions des ID numériques, de la sécurité des contrats intelligents et de la garantie de la protection des données ont été traitées et des solutions sont attendues d’ici 2019. L’autre thématique était l’importance des coûts énergétiques et technologiques nécessaires pour trouver le consensus. L’incitation financière au minage agrandira encore plus les réseaux existants, provoquant le ralentissement des cycles de consensus.

Législation pour le négoce et des ICO

Les premières cryptobourses étaient sur le point de débuter leurs activités cet été, mais le plus grand enjeu reste l’obtention de la licence pour pouvoir proposer des actifs numériques, assimilés à des valeurs mobilières. La thématique des ICOs a également été abordée, tant par rapport aux différentes initiatives pour la normalisation de l’émission que par rapport à la règlementation

La Crypto Valley Conference a permis de soulever des points importants de l’écosystème numérique ainsi que de donner quelques pistes de recherche. Le délai d’apparition des applications concrètes est estimé à 2 à 15 ans, selon les secteurs. D’autres rendez-vous sur la blockchain sont prévus au courant de l’année en Suisse, comme notamment la Blockchain & Bitcoin Conference Switzerland organisée à Genève le 9 octobre ou encore le ICO Summit les 28 et 29 octobre 2018 à Zurich.

Source : Rapport « Conférence Crypto Valley: du phénomène au dur labeur » par e-foresight, 28/06/2018

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