Le confinement : un exhausteur de créativité ?

Nous sommes presque tous passés par le confinement en 2020. Angoissant et difficile pour certains, bénéfique ou productif pour d’autres, il nous a forcé à repenser notre quotidien. Alors que les personnels soignants étaient, et sont toujours, au front pour répondre à un nombre croissant de patients atteints de la Covid-19, la population du monde entier a plus ou moins bien vécu cet évènement. En ces temps où la distance avec autrui est de l’intérêt de tous, chacun à sa manière, derrière son écran, par les clics, les partages, les visioconférences, a essayé de maintenir le contact, bien que virtuel, avec le monde.

Faire écran contre l’ennui : une question générationnelle

Une fois les visioconférences impérieuses pour le travail terminées et les tâches ménagères quotidiennes achevées, voilà que nous sommes confrontés à l’ennui. Pour beaucoup, les réseaux sociaux se sont révélés en être un bon remède. Utiles en tant qu’outils d’information ou de distraction, le nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux s’est fortement accru durant cette période. La plateforme TikTok a pu compter plus de 65 millions de téléchargement au mois de mars 2020, regroupant majoritairement les 18-34 ans. Mais c’est le cas pour de nombreux autres réseaux tels que WhatsApp, le favori, dont la hausse d’utilisation est la plus forte avec une augmentation de 40% d’utilisateurs.

Le confinement nous aurait donc rendu plus passif via notre exposition prolongée aux écrans , le manque d’activités physiques, et la perte de concentration. Cependant il semblerait également que cette période a créé des opportunités afin de se rendre utile, et dans certain cas, de renouer avec sa créativité.

J’ai donc posé quelques questions à trois personnes de générations différentes afin d’avoir plusieurs points de vue sur leur rapport avec les écrans et leurs activités créatives durant le confinement, et ses répercussions un an après.

Catherine, 55 ans, responsable de magasin

Avec le confinement, votre rapport aux écrans a-t-il changé ?

Catherine : “Le confinement n’a aucunement changé mon rapport aux écrans. Je n’ai jamais été habituée à être sur mon téléphone ou devant la télévision. Ce doit être une question de génération. Je n’ai pas vraiment vécu le confinement car ma boutique était considérée comme « essentielle ». J’ai donc travaillé durant cette période.”

En moyenne, combien de temps vous passez sur votre téléphone, la télévision ?

Catherine : “Je passe environ une heure par jour sur mon téléphone. Je l’utilise notamment à des fins professionnelles, je consulte mes mails, j’appelle des collègues, ou bien j’envoie quelques messages à mes proches. Le soir je peux rester environ une à deux heures devant la télévision pour regarder un film.”

Cette longue période vous a-t-elle permis de vous consacrer à des activités créatives ?

Catherine : “Oui complètement. J’ai repris la couture que j’avais laissé de côté ; le confinement m’a redonné goût à la créativité. C’était l’occasion de faire de nouvelles rencontres aussi car je faisais du bénévolat avec un groupe de personnes pour les hôpitaux. Nous formions un cercle de couturières pour confectionner des blouses pour les personnels soignants des hôpitaux de la région. Cette chaîne de solidarité nous a permis de maintenir du contact et d’avoir des relations sociales.”

Sara, 29 ans, business analyst

Avec le confinement, votre rapport aux écrans a-t-il changé ?

Sara : “Depuis le confinement mon rapport aux écrans a fortement changé, j’y passe beaucoup plus de temps. Je passais environ huit heures devant les écrans : smartphone, ordinateur, télévision, confondus. Je les utilisais principalement pour regarder des films ou des séries et assez peu pour les réseaux sociaux. Mais depuis le confinement, et avec le télétravail, je pense avoir doublé, voire triplé, mon temps d’écran. Je passe environ douze heures sur mon ordinateur pour le travail. J’ai remplacé mon temps de trajet initial par du travail supplémentaire, soit environ deux heures de plus, en raison des réunions très fréquentes.”

Vous qui êtes en télétravail, le présentiel ne vous manque pas ?

Sara : “Mon travail en présentiel me manque mais le télétravail a aussi du positif car cela m’a permis d’être plus flexible sur mes impératifs de vie privée. De plus, j’ai l’occasion d’aller sur mon lieu de travail quelques fois par mois !”

Le confinement vous a-t-il permis de vous consacrer à des activités plus créatives ?

Sara : “J’essaye de restreindre mon temps sur les écrans en compensant avec des activités manuelles. Grâce au confinement j’ai pu consacrer du temps à la peinture alors qu’avant je ne trouvais jamais de moment !”

Solène, 19 ans, étudiante en 2ème année en Carrière Juridique

Quel a été ton rapport aux écrans pendant les confinements ? A-t-il changé ?

Solène : “Mon rapport aux écrans a été différent pour chacun des confinements. Lors du premier confinement, j’ai nettement moins utilisé les écrans. Premièrement, mes professeurs n’étaient pas prêts à cette situation, je n’ai donc pas eu énormément de cours en visioconférence. De plus, je n’ai pas beaucoup utilisé mon téléphone car je me suis rendue compte que je pouvais utiliser ce temps pour me rapprocher de ma famille, j’ai plutôt cherché à en tirer du positif.

Lors du second confinement, j’ai beaucoup plus utilisé les écrans. Cela est dû aux cours à distance. Je passais ma journée sur mon ordinateur car j’avais cours de 8h à 18h et ceci me coupait un peu du reste du monde. En effet, je ne profitais ni de mon jardin ni d’aller faire une ballade car j’étais trop surchargée par les cours. Le soir,  étant donné qu’il faisait nuit très tôt, j’avais pour habitude de passer du temps sur les réseaux sociaux  et de regarder la télé. Je passais même mon temps libre sur les écrans, je ne stimulais plus mon cerveau comme cela a pu être le cas lors du premier confinement.”

Le confinement t’a-t-il permis de te consacrer à des activités plus créatives ?

Solène : “Le premier uniquement; il m’a permis de me consacrer à des activités pour lesquelles je n’avais pas le temps auparavant, notamment la reprise de la lecture et du sport. Cela me permettait de me libérer de certaines émotions négatives liées à l’enfermement. Enfin, ce confinement m’a permis de prendre beaucoup plus de temps avec ma famille pour faire des activités que l’on ne faisait pas souvent, comme des jeux de société ou cuisiner.”

Depuis quelques mois déjà, nous entendons parler de la précarité et de la détresse psychologique des étudiants. Les étudiants vivants avec des bourses d’études insuffisantes, les étudiants isolés ou en difficulté scolaire doivent s’adapter à des conditions de vie loin d’être optimales pour garantir le bon suivi de leur parcours scolaire depuis déjà un an. Qu’en est-il pour toi ? Quel est ton ressenti face au travail à distance ?

Solène : “En ce qui concerne le travail à distance, mon ressenti est mitigé. Au tout début, je ne trouvais que des avantages à cette méthode de travail : possibilité de s’organiser comme on le veut, moins de temps de trajet, plus de temps pour prendre soin de soi… Au fil du temps, beaucoup d’inconvénients sont apparus, notamment la solitude. Je ne sors plus, je ne vois plus beaucoup mes amis car j’ai beaucoup de cours, je me sens déconnectée de la réalité. Aussi, la difficulté à se concentrer s’amplifie et j’ai l’impression que l’espace privé et l’espace scolaire se mélangent. On ne sait plus faire la distinction et je me retrouve à préparer mon repas pendant un cours car je n’ai pas le temps de penser à autre chose. Ma chambre est à la fois un espace de détente et un espace de travail. Le distanciel devient très pesant et, selon moi, ce n’est pas une méthode de travail qui peut fonctionner sur le long terme.”

Quand l’heure est à la création : des initiatives artistiques et une culture « déconfinée »

Durant le confinement, les médias et réseaux sociaux se sont illustrés comme les seuls transmetteurs culturels et moyens de divertissement. Pour rétablir le lien, de nombreux artistes ont redoublé d’ingéniosité afin de continuer d’offrir du spectacle à un public confiné, et d’aérer leurs esprits, laissant ainsi place au troc de la scène artistique par la scène médiatique.

LE MUSEE J. PAUL GETTY A LOS ANGELES : L’ART DU QUOTIDIEN

Reproduire des œuvres d’art avec des objets du quotidien peut sembler étrange mais c’est bien le défi que le Getty Museum a lancé aux internautes. De nombreuses personnes se sont prêtées au jeu en essayant de reprendre et d’imiter la pause des sujets de chefs d’œuvres, comme “La jeune fille à la perle” de Johannes Vermeer dont cette femme âgée reprend la pause comme pour faire un pied de nez à l’œuvre originale. L’objectif du défi créé par le musée est d’ajouter un peu de gaité dans les longues journées que la population du monde entier traverse, mais aussi de favoriser l’échange, le partage, d’éveiller l’inventivité des internautes pour renouer de façon originale avec la culture. Bien que les musées manquent aux visiteurs, cette initiative apporte un peu d’art dans notre quotidien.

L’OPERA NATIONAL DE PARIS : LA DANSE ET LA MUSIQUE A PORTEE DE MAIN

Il fallait trouver des alternatives à la crise que traverse le secteur de la culture, et l’Opéra National de Paris n’a pas manqué d’idées pour faire profiter de l’expression artistique aux habitués confinés et aux plus curieux d’entre nous. Des danseurs prestigieux, tels que Dorothée Gilbert et Hugo Marchand, ont donné des cours de danse en visioconférence sur Instagram pour maintenir le contact avec le public. Certains lives organisés avec les artistes de l’Opéra de Paris étaient payants afin d’assurer un revenu minimal pour les pensionnaires de l’Opéra. Mais pour le public rien ne vaut la beauté d’une salle d’opéra et l’ambiance qui s’y dégage. A défaut de pouvoir y retourner tout de suite, l’Opéra garantit une parenthèse musicale, avec le #OPERACHEZSOI, et nous plonge dans ses coulisses; elle propose aussi de visionner, retransmettre des spectacles sur leur site ou sur les réseaux sociaux. Cette alternative permet également à ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de se rendre à l’opéra d’en avoir un aperçu. C’est une manière de revivre, avec nostalgie, le temps où les salles étaient ouvertes …

 

 

Photos: Canva, Musée Paul Getty de Los Angeles et @nicolasbl

Vous aimerez aussi