Le discours séparatiste et la crise sanitaire: les identités régionales espagnoles et leurs discours politiques face au COVID 19


La crise sanitaire actuelle a forcé le gouvernement espagnol à faire face à ses propres limites. Mais elle a aussi mis l’accent sur les faiblesses de la cohésion politique et administrative nationale. L’Espagne est un pays avec un système de gouvernance extrêmement décentralisé, basé sur une forte indépendance politique de ses régions. Dans le contexte actuel, des tensions resurgissent entre le gouvernement catalan et le gouvernement central, sous prétexte d’une gestion efficace de la pandémie qui a touché de près le pays.

Des racines historiques du séparatisme catalan jusqu’au référendum de 2017

Les tensions entre la Catalogne et le reste du pays remontent à 1714. A cette date, le roi Philippe V, le premier monarque de la famille des Bourbons en Espagne, a annexé la Catalogne à l’Espagne. Cette journée est d’ailleurs devenue la fête nationale catalane. La quête de l’indépendance catalane dans les années 1930 est un des facteur déclencheur la guerre civile espagnole. Sous la dictature de Franco, toute expression d’identité culturelle régionale a été fortement censurée. Cela passait notamment par la suppression du catalan et l’imposition de la langue espagnole. Aujourd’hui, la Catalogne, comme l’ensemble des régions du pays, dispose d’une forte autonomie administrative par rapport au gouvernement central. Néanmoins, cela n’a pas empêché la croissance accélérée du mouvement séparatiste.

Les partis et associations séparatistes ont voulu mettre en place un référendum sur l’indépendance catalane le 1er octobre 2017. Ce référendum représente le point d’orgue des tensions entre la Catalogne et le gouvernement central. Le bras de fer entre l’ex-président Mariano Rajoy et l’ex-président de la Generalitat de Catalogne, Carles Puidgemont, est caractérisé par une succession de mesures d’étouffement politique et économique du premier envers le deuxième.

Une des épreuves les plus difficiles pour la démocratie espagnole depuis la fin de la dictature de Franco a été le maintien du référendum le 1er octobre. En effet, le gouvernement central avait formellement interdit ce référendum. La police a réprimé cette procédure par la force. Le gouvernement catalan a soutenu que 90% des participants du référendum ont voté pour l’indépendance. Le parlement catalan a proclamé officiellement et unilatéralement l’indépendance catalane le 27 octobre. Cela a mené à la destitution des principaux dirigeants régionaux, dont Puidgemont. Il se trouve parmi ceux qui ont dû abandonner le pays face à leur arrestation imminente.

Les échos de la crise séparatiste, en pleine crise sanitaire globale

Les efforts mobilisés depuis le mois de mars pour mettre en place un confinement se sont avérés efficaces sur le long terme. La fin de quarantaine totale est prévue pour le 9 mai. Néanmoins, ce n’est pas un secret que l’Espagne a été frappée de près par la crise actuelle du Covid-19.

Le mouvement indépendantiste catalan a lui-même été affaibli par des désaccords entre deux des principaux partis qui soutiennent l’idéologie séparatiste : Junts per Catalunya et Esquerra Republicana de Catalunya. Cette situation d’affaiblissement global représente donc une opportunité de réaffirmation face au gouvernement central de gauche. En effet, le gouvernement désormais dirigé par le parti socialiste de Pedro Sánchez, est actuellement débordé et condamné par l’opinion publique.

Face à la menace du Covid-19, le gouvernement catalan a pris la décision d’agir plus rapidement que le gouvernement central. Il a effectivement fermé préventivement les bars et les restaurants. Ces mêmes mesures ont été promues par le gouvernement central quelques jours plus tard. A ce moment là, le président actuel de la Generalitat (successeur de Carles Puidgemont) Quim Torra, a refusé de céder le contrôle de la région, notamment des autorités et du système sanitaire, au gouvernement central. “Nous avons besoin de soutien, pas de plus de centralisation” a t-il affirmé.

L’argument principal en faveur du protectionnisme catalan pour les mesures sanitaires est que ces dernières ont été approuvées et mises en place de façon préventive, avant même que le gouvernement ne décrète l’état d’urgence. Néanmoins, il est aussi possible de dire que l’opposition de Quim Torra a surtout été symbolique. En effet, cela n’a pas empêché que ce soient les forces de l’armée espagnole qui désinfectent l’aéroport et le port de Barcelone. Cela n’a pas non plus empêché que ce soient les autorités du gouvernement central qui surveillent le confinement dans la ville catalane de Igualada.

Or, malgré le caractère artificiel de l’opposition de Quim Torra par rapport au gouvernement de Sanchez, la crise sanitaire soulève toute une série de problématiques. Celles-ci concernent la concertation entre les pouvoirs nationaux et régionaux, dans un pays caractérisé par la force des identités culturelles, politiques et linguistiques régionales. Il est également possible de se demander comment ces tensions vont évoluer au lendemain de la crise sanitaire. Le pays devra effectivement faire face à une crise économique qui, selon les experts, fera pâlir celle de 2008.

Vous aimerez aussi