Le géant Buzzfeed touché par la crise des médias en ligne

Le site d’actualité et de divertissement américain Buzzfeed a annoncé le 23 janvier dernier la suppression de plus de 200 postes, soit près de 15% du nombre total d’employés. Les licenciements sont de plus en plus récurrents au sein des sociétés de médias en ligne.

BuzzFeed a annoncé le licenciement de quarante-trois des deux cent cinquante employés aux États-Unis d’Amérique. Les suppressions de postes visent en premier lieu le secteur journalistique. Mais la restructuration ne touche pas seulement le pays de Donald Trump. Dix-sept postes vont aussi être supprimés à Londres. Et les filiales espagnole et mexicaine de la société d’information et de divertissement vont fermer définitivement. Outre ces annonces du 23 janvier, BuzzFeed a annoncé quelques jours plus tard, la suppression de vingt-cinq des quarante postes de la filiale australienne. La société de médias en ligne n’en est pas à ses premiers licenciements. En 2017, elle avait déjà congédié cent employés. À la rentrée 2018, la filiale française du géant américain, ouverte en 2013, a également fermé, faisant perdre leur emploi à quatorze journalistes.

Le média, créé en 2006 par l’entrepreneur américain Jonah Peretti, cherche à renouer avec la rentabilité. BuzzFeed, très en vogue il y a quelques années, notamment auprès des jeunes et, de manière plus générale, auprès des utilisateurs des réseaux sociaux, connait des difficultés économiques. L’entreprise demeure dans une période de croissance économique avec 263 millions d’euros de recettes en 2018. Cependant, le profit est plus faible qu’espéré par les investisseurs. C’est d’ailleurs cette même raison qui avait conduit l’entreprise à renoncer à entrer en Bourse en 2017.

BuzzFeed fonctionne en étant dépendant des réseaux sociaux, notamment des géants Facebook et Twitter. En effet, le site, à mi-chemin entre véritable site d’information et site de divertissement, met en avant des sujets provoquant le « clic » afin d’attirer les utilisateurs des réseaux sociaux. Le modèle économique se fonde sur la gratuité grâce aux diverses publicités. Du côté des relations humaines, les employés licenciés aux États-Unis accusent l’entreprise de pratiques managériales brutales, refusant notamment de payer les jours de congé du personnel licencié.

La situation chez Buzzfeed : symbole des difficultés des médias en ligne ?

BuzzFeed n’est pas la seule plateforme d’information et de divertissement en ligne à licencier sur le sol américain. Le 31 janvier, vingt journalistes ont ainsi perdu leur emploi au Huffington Post. La société américaine Verizon Media – qui détient entre autres Yahoo et The Huffington Post – a fait savoir au mois de janvier que 7% de ses effectifs totaux allaient être licenciés du fait d’une coupe budgétaire. Autre mesure annoncée, la filiale allemande du Huffington Post sera supprimée le 31 mars prochain. Par ailleurs, le vendredi 1er février, Vice Media a fait savoir à ses employés que 250 emplois allaient disparaître, ce qui représente 10% du nombre total d’employés.

Jusqu’à très récemment, les ouvertures de filiales dans différents pays par ces médias en ligne étaient citées comme exemples d’un secteur journalistique bien-portant. Que s’est-il passé ? Si ces plateformes en ligne sont dépendantes des réseaux sociaux, elles reposent avant tout sur des revenus publicitaires. Les sites d’information et de divertissement se retrouvent en concurrence avec des géants comme Facebook, Google et Amazon sur le marché publicitaire pour attirer les investisseurs. Lydia Polgreen, rédactrice en chef du Huffington Post a déclaré : « Ces plateformes géantes ont détruit notre industrie. C’est un défi existentiel pour chaque éditeur ». La question se pose de l’explosion de la bulle du « digital content » dans laquelle se situent ces différentes entreprises. La situation de sites américains d’information et de divertissement illustre les défis auxquels le journalisme en ligne se trouve confronté.

Photo de bannière : Séverine Floch

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