Le Golan: un territoire syrien !

« Tôt ou tard, nous récupérerons notre territoire y compris par les moyens militaires. Il en va de notre dignité et de notre souveraineté. Deux notions trop souvent bafouées par l’ennemi israélien. » Ce sont les mots de l’ambassadeur syrien Bachar al-Jaafari à l’Organisation des Nations-unies (ONU), au lendemain de la reconnaissance américaine sur la souveraineté israélienne du Golan. Ce positionnement trouve un large écho au sein de l’opinion syrienne.

 

Histoire et géographie d’une région convoitée

Cette région est située aux confins des instabilités du Moyen-Orient. Entre le Liban, la Jordanie et Israël, le Golan a une position hautement stratégique. Il s’étend sur plus de 1200km2 , avec une largeur de 25km par endroits et long de 67km. Le mont Hermon (2800m) constitue la frontière naturelle au Nord du Golan. Le Sud est délimité par la plaine jordanienne du Yarmouk. À l’Est, il domine la plaine syrienne du Hauran et à l’Ouest le plateau du Golan borde le lac Tibériade ainsi que le Jourdain.

L’intérêt de cette région réside dans son potentiel hydraulique. Il est le principal réservoir naturel du lac Tibériade, qui est également la première zone d’approvisionnement en eau de l’État hébreu. Les principaux fleuves de ce carrefour stratégique prennent leurs sources, ou transitent par le Golan. C’est le cas du Jourdain, du fleuve Hasbani au Liban, du Dan en Israël et du Banias sur le plateau syrien.

Israël n’est pas la première entité à avoir eu des visées territoriales sur cette région. Les Romains ont construit des postes d’observations tout en maintenant des troupes afin de sanctuariser leur approvisionnement en eau. C’est Flavius Josèphe, auteur romain de confession juive du 1er siècle de notre ère, qui décrit la conquête du Golan par les armées romaines. Il relate notamment la présence de villages juifs ainsi que le siège et la prise de la forteresse de Gamala en 66 dans la Guerre des Juifs[1]. La présence juive dans la région se termine dès 636, lors de la conquête arabe d’Omar Ibn al-Khattab.

Plus tard, au Moyen-Âge, croisés et troupes seldjoukides s’opposent pour le contrôle des hauteurs du Golan. Car, qui dit hauteur, dit ascendance sur les positions ennemies. De plus, cette région est située à uniquement 50km de la capitale damascène, véritable centre commercial de l’époque. Sous le joug de l’Empire ottoman, des peuplades majoritairement druzes s’y installent, jusqu’à aujourd’hui.

Carte du Golan, Atlas du Proche-Orient arabe, Fabrice Balanche, 2011

 

De l’époque mandataire à la guerre des six-jours

Dès la fin du XIXème siècle, des associations sionistes en lien avec le baron Rothschild achètent plusieurs terres dans le Golan pour la réalisation de leurs desseins coloniales. Avec la déliquescence de l’Empire ottoman, Paris et Londres vont se partager le Proche-Orient sans se soucier des conséquences futures. Les accords de Sykes-Picot divisent la région par aires d’influences. À l’issue de la conférence de San Remo en 1923, le Golan est entièrement rattaché à la Syrie sous mandat français alors que le lac Tibériade revient à la Palestine sous mandat britannique.

Indépendante en 1946, la Syrie participe activement à la première guerre israélo-arabe à la suite de la création de l’État hébreu en Palestine. Vaincues, les troupes syriennes resteront cantonnées dans le Golan. Dans la mesure où cette région est semi-désertique, l’eau demeure un sujet de discorde. Dès les années 30, plusieurs chercheurs juifs avaient élaboré des plans pour détourner les eaux du lac Houlé. Les différents affluents des fleuves régionaux transitent par ce petit lac. En 1953, Israël reprend cette idée en commençant les travaux de dérivation des eaux. Les États-Unis proposent le plan Johnson pour satisfaire tous les partis. C’est un échec !

De surcroît, en 1964, lors du premier sommet arabe organisé par Nasser, les États arabes prévoient de détourner les eaux du Jourdain au profit de la Jordanie, du Liban et de la Syrie. 

D’une occupation illégale …

L’agression israélienne en 1967 est un véritable désastre pour les pays arabes. Le Sinaï égyptien, la Cisjordanie ainsi que le Golan syrien passent sous le joug de l’État hébreu. Les installations militaires syriennes sont neutralisées et plus de 100 000 habitants décident de partir en exil. Seule la communauté druze décide de rester sur place. Ils n’étaient plus que 10 000 après la guerre des six-jours. De ce fait, les premiers colons israéliens s’installent afin de sanctuariser cet acquis territorial. Le Sinaï, lui, ne fera pas l’objet d’une colonie de peuplement. Cette zone désertique est une monnaie d’échange pour le camp hébreu. 1979 le prouvera. Israël s’intéresse particulièrement aux eaux de la région. Les visées sur le fleuve Litani au Liban, les forages des nappes phréatiques palestiniennes et les richesses hydrauliques du Golan sont le cœur de la politique étrangère israélienne dans les années 70-80.

à un objet de négociation pour la paix avec la Syrie

À la suite de la guerre du Kippour en 1973, l’administration américaine, par le biais d’Henry Kissinger, tente de légitimer la présence sioniste au Golan en imposant une zone démilitarisée autour du plateau. Le 14 décembre 1981, Israël annexe officiellement le plateau du Golan. Non reconnue à l’échelle internationale, cette annexion est une nouvelle humiliation pour la Syrie. En effet, depuis l’époque mandataire, la Syrie aura perdu respectivement le Liban et la Palestine en 1920, le sandjak d’Alexandrette au profit de la Turquie en 1939 (pour s’assurer de sa neutralité durant la deuxième guerre mondiale) et les hauteurs du Golan sous occupation israélienne.

Le leitmotiv de la politique sioniste se résume ainsi : réconciliation avec son entourage proche. En 1979, l’Égypte de Sadate est le premier pays arabe à signer des accords de paix (accords de Camp David) avec Israël. En échange, Tel-Aviv rétrocède le Sinaï à l’Égypte. La Jordanie signe à son tour la paix en 1994. Durant la décennie 90, Tel-Aviv tente de dialoguer avec Damas pour imposer un apaisement durable. Hafez al-Assad reste ferme sur ses positions et demande le retour du Golan sous le giron syrien. Ehoud Barak, Premier ministre de l’époque, après le retrait et la défaite des troupes de Tsahal du Liban en 2000, propose à Damas une paix en échange du Golan. Hafez al-Assad refuse. Geste fort et symbolique juste avant son décès, il sera sacralisé pour ce refus. La presse locale le surnomme « l’Homme qui n’avait pas signé ».

Le Golan : au cœur de la stratégie israélienne lors de la crise syrienne

Aujourd’hui, les 20 000 Druzes présents dans le Golan ont refusé la nationalité israélienne. Ils sont présents uniquement au Nord de la région, non loin des fermes de la Chebaa (territoire libanais également sous occupation israélienne). Tandis qu’environ 95% du plateau est occupé par seulement 20 000 colons juifs[2]. D’ailleurs, ils sont installés sur les anciens villages syriens rasés après la guerre des six-jours. Toutefois, cette zone n’arrive pas à devenir une colonie de peuplement au détriment des desseins du Likoud. Le Golan reste un territoire sous haute tension. Les troupes du Hezbollah ainsi que les bases iraniennes sillonnent le Sud de la Syrie, formant un arc jusqu’à la Méditerranée.

Dans une logique schmittienne, au cours du conflit syrien, Israël préfère soutenir les ennemis de ses ennemis. Tel-Aviv est l’une des plaques tournantes du triptyque qui regroupe Riyad et Washington. Il est impératif pour Tel-Aviv de couper les liens entre Damas, Téhéran et le Sud-Liban. « Axe du mal » selon Israël. À mesure, que l’axe de la résistance gagne du terrain en Syrie, Israël martèle auprès des Etats-Unis que la nation juive est en danger.

Après s’être relativement déconnecté du conflit syrien, le gouvernement israélien ne se cache plus de venir en aide au groupuscule djihadiste du front Al-Nosra et de ses alliés. De 2014 à 2017, les terroristes sont soignés dans le Golan par des équipes médicales israéliennes[3]. En contrepartie, Israël reçoit des renseignements sur les positions du Hezbollah et des forces iraniennes. Dès lors, cette région cristallise les tensions entre les deux pays limitrophes[4]. Damas, aidée de ses alliées, entend faire pression sur le gouvernement israélien. Les échanges de tirs en mai 2018, sont les premiers accrochages directs entre les deux belligérants. La riposte de Tel-Aviv fut immédiate, ciblant les bases iraniennes en Syrie.

 La décision américaine : fortuite …

Les États-Unis ne sont pas à un bout de territoire près pour revendiquer une attache fraternelle avec Israël. Cette déclaration programmée fait le jeu d’une recrudescence des tensions à l’échelle régionale[5]. Netanyahu vient parachever une partie de son rêve avec la sanctuarisation du Golan. En effet, les nombreuses sorties du Premier ministre israélien dans cette zone sont forts symboliques. Les cheveux au vent, le regard vers l’horizon, une main posée sur une table en bois, tout en écoutant attentivement les directives de l’officier sur les bases iraniennes en Syrie. La communication est omniprésente et efficace en Israël.

Les connivences israélo-américaines ne datent pas d’hier. Or, cette annonce met un peu plus en exergue le plan Kushner pour le Grand Israël. Seuls les médias arabes en parlent. Il est connu sous le nom « d’accord du siècle ». Non seulement, Washington doit permettre au pouvoir israélien de récupérer le Golan, la Cisjordanie mais également d’envoyer les populations de Gaza vers le Sinaï, en contrepartie d’une aide au gouvernement égyptien. Compte tenu du non respect du droit international, on ne sait jamais réellement quelles sont les frontières de l’État hébreu.

Mais ô combien pernicieuse pour la région

Tout compte fait, cette énième péripétie au Moyen-Orient a le mérite de rassembler le peuple syrien. Au lendemain de la déclaration de Trump, plusieurs villes ont manifesté leur colère. Certains d’entre eux sont partisans d’une solution militaire. Ils déclarent avec véhémence « trop, c’est trop ! Depuis le début de la guerre ils violent notre espace aérien et bombardent impunément notre territoire ». D’autres témoignent avec tristesse « On ne pourra pas assumer un deuxième conflit, le pays est littéralement ruiné ». Or, selon certains observateurs et selon la presse locale, la Syrie aidée de l’Iran et du Hezbollah devait tenter de reprendre le Golan une fois la guerre réellement terminée. Aujourd’hui plus que jamais, les tensions sont palpables.

Comme l’écrit très justement Fabrice Balanche, spécialiste du Proche-Orient, « Le Golan est pour la Syrie ce que l’Alsace-Lorraine a pu représenter pour la Troisième République ». Cette reconnaissance fortuite fait donc office d’un probable et futur casus belli

[1] https://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-Golan-un-territoire-strategique.html

[2] Frabrice Balanche,Atlas du Proche-Orient arabe, 2011

[3] Jean-Loup Samaan « Israël-Hezbollah : une nouvelle équation stratégique », Politique étrangère 2015/2 (Été), p. 113-123

[4] Ines Gil « Le plateau du Golan, un territoire historiquement disputé devenu le théâtre d’affrontements depuis le début du conflit syrien », Les clés du Moyen-Orient, 2017/ www.clesdumoyentorient.com

[5] https://www.investigaction.net/fr/119491/

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