Le groupe de Visegrád, marqueur d’une Europe divisée ?

Le groupe de Visegrád, aux dirigeants idéologiquement proches, réunit la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie. Ces pays sont parmi les principaux réticents à l’accueil des réfugiés en Europe. La récente alliance eurosceptique de la Hongrie de Viktor Orbán avec l’Italie de Matteo Salvini, caractérisée comme un axe anti-immigration, s’impose en force sur la scène européenne.

La formation du groupe de Visegrád, également appelé V4, remonte en l’an 1335, durant lequel les rois de Hongrie, Pologne et Bohême se réunissent, pour des raisons politiques, dans la ville hongroise de Visegrád. Cependant, ce n’est qu’au lendemain de la guerre froide, en 1991, que le groupe acquiert de la vitalité, dans le but de faciliter l’intégration de ses membres à l’Union européenne (UE) et à l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN). Le triangle de Visegrád deviendra un quatuor à la dissolution de la Tchécoslovaquie en République Tchèque et Slovaquie, en 1993.

Les revendications du V4 se concrétisent avec l’intégration de ses pays membres à l’OTAN, dès 1999 (2004 pour la Slovaquie), puis à l’UE en 2004. Les objectifs initiaux ayant été atteints, cette organisation perd alors en importance, mais demeure toutefois fédératrice pour ces pays à l’histoire européenne similaire. Elle leur permet d’assumer d’une voix unique leur position commune face aux politiques européennes, notamment concernant certaines questions économiques et sociales, en prônant par exemple un libéralisme du marché unique européen.

Alliance idéologique anti-immigration

C’est en réponse à la crise migratoire de 2015 que ce groupe affirme sa plus profonde unité. En septembre 2015, la Commission européenne propose l’instauration, sur deux ans, d’une répartition par quotas de 160 000 réfugiés au sein des pays membres, afin de soulager l’Italie et la Grèce qui doivent faire face à des arrivées massives de migrants. Cependant, les pays de Visegrád s’y opposent fermement. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a fait savoir qu’il considérait qu’un afflux d’immigrés musulmans constitue une menace pour l’identité chrétienne de l’Europe.

En juin 2016, Lubomir Zaoralek, ministre tchèque des Affaires étrangères, évoque l’absurdité d’un tel système : « Le sentiment qui règne ici en République Tchèque est : pourquoi devrions-nous être tolérants avec quelqu’un qui à ce jour ne montre aucune tolérance envers nous ? ». Début août 2016, à la suite des attaques terroristes ayant eu lieu en Europe, le porte-parole de la présidence tchèque précise que « le président [Miloš Zeman] s’oppose à tout accueil des migrants sur le territoire tchèque. Notre pays ne peut pas se permettre de risquer des attaques terroristes comme celles qui ont été perpétrées en France et en Allemagne. »

Malgré son caractère obligatoire, peu sont ceux qui appliquent cette répartition. La Hongrie et la Pologne ont refusé d’accueillir le moindre demandeur d’asile dans le cadre de ce mécanisme, la Slovaquie a accepté 16 des 902 demandeurs d’asile qui lui avaient été attribués et la République tchèque, 12 sur 2 691.

Ce blocage des pays du V4 face aux directives migratoires européennes a, au moins en partie, participé à l’échec de la répartition par quotas, le nombre de réfugiés placés selon cette directive ayant été de 29 000 au terme des deux ans d’application, sur les 160 000 annoncés.

Émergence populiste : de nouveaux alliés

En juin 2018, les pays du V4 tendent la main à l’Autriche en appelant le chancelier Sebastian Kurz au boycott d’un mini-sommet informel et destiné à consolider la répartition obligatoire des réfugiés. Lors de son allocution, Sebastian Kurz exprima son souhait de « concentrer les forces de l’Europe, non pas sur la redistribution des migrants mais sur la protection commune des frontières extérieures », rappelant ensuite que l’Europe sans frontières intérieures ne peut être garantie qu’en protégeant les frontières extérieures. Il a souligné vouloir lutter contre l’immigration illégale et renforcer l’agence européenne Frontex afin d’arriver à empêcher les bateaux de passeurs de partir, notamment en collaborant avec les autorités de pays tiers, de sorte que Frontex puisse intervenir dans leurs eaux.

En août 2018, Viktor Orbán, soutenu par les autres pays du groupe de Visegrád ainsi que par l’Autriche, s’allie à l’Italie dirigée par le populiste Matteo Salvini, pour constituer un « axe anti-immigration ». Il énonce que « les prochaines élections européennes doivent marquer un changement. Actuellement, deux partis s’opposent en Europe : l’un soutient les migrations de masse et il est dirigé par Macron. L’autre regroupe des pays qui veulent protéger leurs frontières. C’est à ce dernier que la Hongrie et l’Italie appartiennent. ». Cet axe a notamment pour objectif de se concentrer sur la protection des frontières extérieures et l’établissement de camps de réfugiés extérieurs à l’UE.

Cependant, bien que l’Italie et la Hongrie soient d’accord pour que les migrations massives cessent complètement, ils ne s’entendent pas sur la manière de traiter les migrants qui se trouvent déjà dans l’UE. Alors que l’Italie veut qu’ils soient redistribués à d’autres pays de l’UE, les États de Visegrád s’opposent catégoriquement à l’acceptation de tout migrant. Salvini dit cependant respecter « le droit absolu de la Hongrie de défendre les frontières et la sécurité de son peuple. L’objectif commun est la défense des frontières extérieures ».

Une Europe plus que jamais divisée

Entre les pays méditerranéens ayant dû faire face à des arrivées massives de migrants, ceux s’acharnant à mettre en place une idéologie de solidarité européenne et ceux refusant catégoriquement leur accueil, l’Europe est, à la veille des élections européennes, plus que jamais divisée. La crise migratoire a laissé place à une crise identitaire, notamment au sein des gouvernements d’Italie et du groupe de Visegrád. Cette opposition idéologique intra-continentale est un obstacle de plus pour les décisions de Bruxelles dans la gestion des migrations, qui continueront d’augmenter en raison des conflits au Moyen-Orient et dans certains pays d’Afrique ainsi que par l’effet du dérèglement climatique.

Photo de bannière. De gauche à droite les dirigeants tchèque, autrichien, hongrois, slovaque et polonais, respectivement Andrej Babiš, Sebastian Kurz, Viktor Orbán, Peter Pellegrini et Mateusz Morawiecki, 21 juin 2018. Crédit : page Facebook de Viktor Orbán


Sources :

https://www.touteleurope.eu/actualite/qu-est-ce-que-le-groupe-de-visegrad.html

https://fr.gatestoneinstitute.org/13013/italie-hongrie-immigration

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lubom%C3%ADr_Zaor%C3%A1lek

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/09/03/97001-20150903FILWWW00260-migrants-l-identite-chretienne-menacee-selon-viktor-orban.php

https://www.lepoint.fr/monde/le-president-tcheque-zeman-oppose-a-tout-accueil-de-migrants-02-08-2016-2058640_24.php

https://eurolibertes.com/evenements/sommet-visegrad-autriche-entente-confirmee/

https://www.lecho.be/economie-politique/belgique/general/qui-sont-les-meilleurs-eleves-europeens-pour-relocaliser-les-migrants/9935831.html

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