Le Laboratoire des cas de conscience : qu’est-il juste de faire ?

Qu’est-il juste de faire ? Cette question, simple en apparence, traverse les âges. L’éthique et la morale ont été sources de réflexion pour de nombreux philosophes, des anciens aux plus modernes. Cependant, nombreuses sont les situations où il est difficile, si ce n’est impossible, de répondre. Des scrupules, des souvenirs, des doutes peuvent en effet rapidement perturber la réflexion et rendre tout choix et toute décision extrêmement compliqués. Ce sont ces dilemmes moraux, aussi appelés cas de conscience, que Frédérique Leichter-Flack tente de parcourir et de questionner dans son livre.

Des dilemmes divers

L’autrice a décidé de diviser son livre en trois grandes parties, chacune renvoyant à une catégorie, si on peut le dire ainsi, de dilemmes moraux :  « Juger. L’injustice en appel » ; « Choisir. Les dilemmes de l’engagement » et, enfin, « Intervenir. La responsabilité de protéger ». Les dilemmes abordés dans les chapitres sont nombreux et assez diversifiés, permettant de se plonger rapidement dans le livre et de découvrir une certaine vision de l’éthique. Les chapitres, relativement courts, aident également à une lecture agréable bien que certains – une minorité – progressent parfois assez lentement.

Les questions retenues, en revanche, sont assez intéressantes. Ainsi, dans le deuxième chapitre, Frédérique Leichter-Flack se demande comment rendre justice lorsqu’un homme meurt mais que, visiblement, il n’y a ni coupable ni responsable clairement définis mais plutôt un enchaînement d’événements qui, pris un à un, paraissent anodins mais qui ensemble conduisent à une issue fatale.

Plus loin dans le livre, elle se demandera également si la solidarité est un devoir, question qui à première vue peut sembler saugrenue, si ce n’est stupide, mais qui a bel et bien lieu de se poser. Dès le début de son chapitre, l’autrice développe : « Si je tombe, et que l’on me voie tomber, on m’aidera à me relever : mais la question, aujourd’hui de plus en plus clairement formulée, reste de savoir combien de fois j’ai le droit de tomber avant que l’on ne se lasse de me ramasser… »

Des exemples littéraires variés

Pour tenter de répondre à chacun de ces dilemmes, Frédérique Leichter-Flack s’appuie sur des exemples littéraires, choisis avec intérêt, afin d’affiner son propos. En effet, selon elle, la littérature constitue un laboratoire des cas de conscience, en ce sens qu’elle permet de mettre en scène des personnages qui, comme nous, doutent et ressentent des émotions, offrant ainsi de précieuses ressources pour développer sa réflexion.

Qu’elle se réfère à Dans la colonie pénitentiaire, une nouvelle de Franz Kafka rédigée en 1914 et décrivant une séance de torture, afin de réfléchir sur le droit de non-ingérence et le témoin passif ; ou aux Misérables de Victor Hugo, dans le cadre du sacrifice et dans le chapitre intitulé «Un mal pour un bien. De l’usage des dérogations morales », les textes qu’elle choisit sont toujours présentés avec soin permettent d’illustrer et de débattre de sujets contemporains – par exemple, est-il légitime de torturer un être humain pour en sauver des centaines, voire des milliers d’autres ?

Un livre actuel

Bien que publié en 2012, ce livre reste d’actualité. Les questions d’éthique sont en effet au cœur de nos sociétés, que ce soient celles concernant le suicide assisté ou encore la gestation pour autrui. Ainsi, de plus en plus de centres hospitaliers se dotent aujourd’hui de leur propre comité d’éthique, afin de réfléchir à ces questions et à d’autres, notamment la clause de conscience dont certains médecins usent pour ne pas pratiquer d’avortements. Enfin, chacun d’entre nous est susceptible, tôt ou tard, de rencontrer de nouveaux dilemmes moraux et de se demander ce qu’il est juste de faire. Dans ce cadre, la lecture du Laboratoire des cas de conscience peut apporter une aide précieuse.

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