Le Sahel entre inquiétude et espoir

L’agronome Roger Dumont avait écrit dès les années 1980 que « l’Afrique noire est mal partie ». Près de quarante ans plus tard, l’émergence de l’Afrique est réelle mais inégale, comme on pouvait le lire à la une du mensuel Diplomatie, au mois de mars. C’est que le continent est aussi hétérogène que les territoires qui le composent. Parmi eux, les États du Sahel jouissent d’une bien mauvaise presse. Des représentations qui sont fondées mais inexactes selon l’ambassadeur français et envoyé spécial au Sahel, Jean Marc Châtaigner.

« Le Sahel n’est pas un espace à feu et à sang »

Le Sahel, « rivage » en arabe est un espace qui s’étend entre les deux façades maritime de l’océan Atlantique et de la Corne africaine. Il est délimité par les isohyètes, des précipitations semblables d’un point à un autre : 200 mm et 600 mm de pluie par an. Ce sont donc, sur cet espace de plus de 6000 kilomètres d’Est en Ouest et de 300 kilomètres du Nord au Sud, onze États qui sont traversés. Parmi eux, certains « n’ont pas connu d’attentat depuis 2011 comme la Mauritanie et d’autres, jamais, comme le Sénégal », constate Jean Marc Châtaigner. Bien sûr, parmi les dix pays ayant l’IDH – indice de développement humain – le plus faible, cinq sont des pays sahéliens. « Pour autant, réduire le Sahel à un espace en guerre, en faillite, en feu et à sang n’est pas représentatif », nuance l’ambassadeur, qui ajoute néanmoins que les menaces sécuritaires sont bien réelles.

Des causes historique, économique et géopolitique

Les crises sahéliennes s’expliquent par des facteurs endogènes et exogènes. « Si l’on prend le cas du terrorisme au Mali, son origine découle directement de la crise algérienne des années 1990. Face à une tentative de coup d’État de la part des islamistes, ces derniers ont été repoussés au Sud de l’Algérie puis se sont implantés au Nord Mali ». La géopolitique de la région joue à plein. L’implosion de la Libye, a entraîné le retour de mercenaires Maliens, Nigériens et Nigérians engagés par le colonel Kadhafi. « Il ne sont pas rentrés les mains vides », rappelle l’ambassadeur. Si au Niger, l’État exige que les armes soient rendues en échange de coopération avec les autorités, il n’en est rien au Mali.

« Dans les témoignages des personnes arrêtées, ce qui ressort avec tout, c’est le sentiment d’injustice à l’encontre de l’État. Les gens sont révoltés du comportement des corps habillés. Ensuite, la pauvreté, le désir d’accès à une condition sociale meilleure ressort très souvent dans les témoignages, bien devant l’argument religieux », constate J.M Châtaigner.

Appliquer les politiques du « 4D, 3I »

Malgré l’image de pauvreté, d’insécurité, de contraintes climatique qui le dépeint, le Sahel bénéficie d’atouts considérables dans les années à venir. « L’espace sahélien est le plus ensoleillé du monde, il y a un fort potentiel énergétique. Mais le véritable secteur de développement est agricole. Le Sahel pourrait nourrir le Sahel, l’Afrique et le monde  » affirme M. Châtaigner. Par les « politiques 4D, Développement, Défense, Droit, Diplomatie, 3I -Innovation, Inclusion, Intégration », c’est ce que tentent de faire les institutions nationales et internationales, de plus en plus nombreuses dans la région.

Pressions agricole, climatique, démographique et migratoire

Néanmoins, la région est – et sera – soumise à des défis colossaux, notamment migratoires. La population du Niger est passé de 3 millions de citoyens en 1960 à 20 millions aujourd’hui. Le Nigeria sera le troisième pays le plus peuplé du monde en 2050, devant les États-Unis.

« Déjà, la tension sur les terres agricoles, notamment autour du lac Tchad, sont prégnantes. Les tensions entre nomades et sédentaires, nationaux et étrangers sont nombreuses, et l’absence de politique territoriale est un problème majeur. L’autre inconnu demeure les incertitudes climatiques. Quid du potentiel agricole dans les années à venir si la température moyenne augmente de deux, trois voire quatre degrés ? Les individus seront amenés à migrer. Entraînant de facto de nouvelles tensions ; tensions que les politiques menées par les institutions internationales, Union européenne en tête, intensifient parfois. C’est le cas au Niger, qui se retrouve un État tampon où les migrants venus du Sud reste bloqués par le renforcement des contrôles de flux migratoire via les “hotspot”. C’est le cas à Agadez, devenu un carrefour migratoire, où le transport de migrants en Algérie et en Libye a contribué à la croissance économique de la ville à travers l’ouverture de commerces, petits hôtels, “taxis” ».

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