Photo où l'on peut voir le drapeau des Etats-Unis ainsi qu'un autre drapeau où il y'a marqué "Vote", afin d'encourager les Américains à voter

Le vote aux Etats-Unis : Racisme au cœur des élections présidentielles américaines

L’origine ethnique et le racisme sont des facteurs importants qui peuvent motiver ou freiner les électeurs à voter. Le racisme a longtemps façonné les élections présidentielles américaines, et aujourd’hui encore ce problème persiste.

Une stratégie de communication pour influencer les votes

Contrairement à l’Australie et une poignée d’autres pays démocratiques, le vote aux Etats-Unis est volontaire. Les citoyens doivent être encouragés à voter. Mais avec un public polarisé et radical, cette mission est compliquée. Effectivement, il est extrêmement difficile de pousser les électeurs à se détacher du parti auquel ils sont fidèles depuis longtemps. Les candidats essaient donc de mobiliser leur groupe de partisans, et d’étouffer celui de l’adversaire.

Des stratégistes de campagne avaient prévu que la performance de Donald Trump lors du premier débat présidentiel démontrerait de la « force ». Ils croyaient que sa stratégie de communication allait plaire aux femmes caucasiennes, dont il a perdu le soutien en masse dans les états clés. Mais, Trump s’est plutôt tourné vers un groupe de suprémacistes blancs, les Proud Boys, à qui il a déclaré vouloir leur soutien.

                                                     

Retour vers un passé honteux

Les théoriciens démocrates soutiennent la théorie qu’une forte participation donne de la légitimité au système politique. Cela est possible si on s’assure que toutes les voix sont écoutées au sein du processus démocratique. Néanmoins, dans la pratique, la  manipulation de la participation électorale et la répression spécifique des électeurs noirs sont courants dans l’histoire des élections américaines.

Les esclaves ne possédaient évidemment pas le droit de vote. Après la Guerre Civile des années 1860, les afro-américains fraîchement libérés se sont emparés de ce droit. Effectivement, ils ont envoyé plusieurs hommes représenter les états sudistes au Congrès. Mais au début des années 1870, les Blancs riches ont systématiquement privé de vote les électeurs noirs ainsi que les blancs issus de la classe ouvrière. Ils le faisaient à travers une grande variété de régulations. La clause d’antériorité décrétait que les hommes noirs ne pouvaient voter que si leur grand-père détenait les conditions requises pour voter avant 1867. La violence au sein des urnes électorales a gardé les Afro-américains loin du scrutin durant des décennies.

Lorsque Donald Trump incite ses partisans à se porter volontaire afin d’être des « veilleurs de scrutin », c’est un retour en arrière. Il entretient ce passé historique, qui a dominé la politique des Etats du Sud jusqu’au mouvement des droits civiques.

De nouveaux moyens pour réprimer les votes des électeurs

Depuis ce mouvement, les électeurs afro-américains sélectionnaient à la grande majorité le candidat démocrate à la présidentielle des Etats-Unis. Par conséquent, de nouvelles formes de suppression ont émergé pour stopper cette tendance. Depuis 2010, 25 états ont introduit de nouvelles mesures qui rendent difficile le vote des électeurs. Par exemple, les électeurs sont demandés de s’enregistrer avant l’élection. Dans onze Etats, les personnes condamnées pour des délits ont été bannies de vote longtemps après que leurs peines de prison ait été purgée ou que leur caution ait été payée. Ces lois ont permis qu’au moins 6 millions d’adultes aient perdu le droit de vote. Ces méthodes affectent plus particulièrement les personnes pauvres et peu instruites. Les Afro-Américains, les Amérindiens, et de manière moindre, les Latinos, ont été les plus touchés par ces mesures.

En Floride, où la privation du droit de vote a touché plus de 20% d’Afro-américains, des électeurs ont annulé l’interdiction de vote. Les législateurs républicains de l’état ont rapidement trouvé un moyen pour s’assurer que 775,000 personnes n’aient toujours pas le droit de voter. En effet, ils ont jugé non-éligible toute personne avec des frais de justice exceptionnels.

En Géorgie, le secrétaire d’Etat républicain Brian Kemp a de peu battu sa populaire adversaire démocrate afro-américaine, Stacey Abrams. Il a donc remporté le poste de gouverneur lors de l’élection de 2018, mais son succès s’est manifesté en disqualifiant impitoyablement 53,000 électeurs. 70% d’entre eux étaient Afro-Américains et 30% étaient Blancs. Pour voter, il fallait remplir l’exigence d’une « correspondance de signature »

23 octobre 2018, Atlanta, GA - Stacey Abrams et Brian Kemp ; Lors de cette élection pour le poste de gouverneur, voter était difficile. Les électeurs ne pouvaient pas voter par correspondance, car il y'avait soi disant des signatures "incompatibles".

Des électeurs actifs

Les deux camps ont besoin de pousser leurs partisans à voter. Le taux de participation des Afro-américains était plus élevé lors des mid-terms de 2018 qu’en 2014. Joe Biden, qui a besoin de s’assurer d’avoir assez de votes pro-démocrate et/ou anti-Trump, a misé sur la poursuite de cette tendance

Les Afro-Américains avaient beaucoup plus de raisons que d’habitude de voter. Parmi elles se trouvent : la participation des Afro-américains au mouvement Black Lives Matter (BLM), les taux élevés de contamination de Covid-19 au sein de la communauté afro-américaine et les décès qui en résultent, mais aussi les grandes conséquences économiques de la crise sanitaire pour les communautés afro-américaines. Un autre argument est l’élection de Kamala Harris comme la première vice-présidente afro-américaine, ainsi que l’expérience de Joe Biden auprès de Barack Obama pendant huit ans, et leur apparente bonne relation professionnelle et amicale.

2020, une année forte en enjeux

Les élections de 2020 ont revêtu des enjeux exceptionnellement élevés, notamment pour le futur de la participation électorale aux Etats-Unis. Donald Trump, ces quatre dernières années, a passé son temps à semer le doute sur le processus de vote. S’il avait pu persuader les législatures des états Républicains de mettre de côté le vote populaire sur la base d’une fraude présumée, la Constitution aurait permis que ces législatures sélectionnent les électeurs qu’elles souhaitent, afin qu’ils représentent l’État au Collège électoral. Cela aurait été une atteinte sans précédent à l’idéal fondamental d’« une personne, un vote ».

Les avocats de chaque parti se préparent à amener la bataille au sein d’une salle d’audience. En effet, cela peut arriver si l’élection se termine sur une participation électorale controversée. Ces controverses peuvent aller jusqu’à la Cour Suprême, et les jugements de cette dernière peuvent façonner les participations électorales durant un long moment.

L’ère de Trump, qui favorisait la suppression du vote, est en décalage avec une inclusivité qui a pris une place au fil des années. Quatre autres années supplémentaires de Trump à la présidence auraient très certainement créé plus d’obstacles à la participation électorale. En revanche, la victoire Biden-Harris fournit l’opportunité de prévenir la détérioration de la participation électorale, et marque une augmentation de la représentation des femmes afro-américaines au sein de la politique fédérale.

Joe Biden encourage les électeurs à voter pour le duo Biden/ Harris - Moment de l'annonce de la candidature à la vice-présidence de la sénatrice Kamala Harris, par Joe Biden, à Wilmington, dans le Delaware - 12 août 2020

Crédits Photos : Marco Verch Professional Photographer Flickr ; John Bazemore-Pool/Getty Images ; Biden for President – Flickr

Traduction de l’article : https://theconversation.com/racism-has-long-shaped-us-presidential-elections-heres-how-it-might-play-out-in-2020-147556

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