L’école et le Coronavirus : Etats-Unis et Suède

La Covid et l’école

L’actualité liée à la COVID-19 ne serait être plus prégnante en ce deuxième confinement français qui remet sur le tapis des questions restées en suspens depuis le premier confinement. Il ne convient pas ici de répondre aux questions laissées sans réponse – ce que je ne pourrais pas faire par ailleurs – mais plutôt de montrer les alternatives proposées par les autres pays et leurs conséquences.

Les conclusions ne sont guère réjouissantes, rien ne semble freiner ou augmenter les taux de cas de covidés. Il semblerait en réalité, que malgré les dispositifs mis en place, le virus circule de manière incompréhensible rendant chacun des systèmes risibles à leurs niveaux. Cependant, il ne faudrait pas prendre cette conclusion pour un “alors ne faisons rien”, car je n’ai pas l’intention de prôner un laisser-faire. Il faut plutôt comprendre la raison d’être des règles imposées, et suivre plus leurs esprits que leurs applications et directives juridiques. Il convient de comprendre à quoi servent les règles, à quoi servent les masques ou le gel, ou la distance d’un mètre, pour pouvoir respecter les gestes barrières en connaissance de cause. Car en cette période, il ne s’agit pas moins des règles mises en place que de leur juste application, je dirais de leur application raisonnée et raisonnable.

Graphique tiré de Le Monde, en date du 8 novembre 2020

Je me bornerai à traiter du sujet de l’école, de la réouverture, de la fermeture et de la constante ouverture des écoles dans les pays du monde face à la crise de la COVID-19. Cette question inquiète aussi bien les parents, que les professeurs et les directeurs d’établissements concernant le retour des élèves à l’école et la suffisance des mesures prises par les Etats et les gouvernements pour assurer la sûreté de tous. Dans la même idée, il conviendra, en comparant les systèmes scolaires, de rationaliser les pratiques, d’en comprendre le sens et d’aller vers une application pertinente de ceux-ci.

Aperçu de l’état des écoles dans les pays

Dans un premier temps, je me bornerai à effectuer une liste concernant différents pays et les procédures qu’ils ont mis en place à propos des écoles. Cela permettra simplement de constater la diversité des tentatives concernant l’éducation et de relativiser par rapport à celles-ci. Aucune n’est parfaite, mais il faut apprendre de chacune. Je me base sur deux articles, le premier issu du Times intitulé “What the U.S can learn from other countries about reopening schools in a coronavirus pandemic (date de juillet 2020) et celui de The Guardian intituléReopening schools : how different countries are tackling Covid dilemma (date d’août 2020).

Ainsi, la Pologne a rouvert ses écoles début septembre (elles étaient fermées depuis milieu mars), mais n’a pas prescrit le port du masque obligatoire dans les établissements scolaires. Les directeurs d’établissements disposent tout de même d’un pouvoir pour imposer le masque en lieu clos par exemple. En Belgique, les écoles ont rouvert avec le port du masque obligatoire pour les enseignants, personnels et les enfants à partir de 12 ans. En Allemagne, les écoles étaient ouvertes de nouveau, mais Landër par Landër, quelques douzaines d’écoles ont dû fermer pour endiguer la contamination. Le port du masque n’est pas généralisé, et l’Allemagne affirme que la contamination du coronavirus se fait majoritairement à l’extérieur de l’école. La Corée du Sud est un des pays ayant rouvert ses écoles le plus tôt (le 3 juin). Cependant, malgré la volonté de continuer la formation intensive de ses élèves, elle a dû revoir ses plans suite à une résurgence de cas de covidés. En effet, maintenant la Corée du Sud partage le temps scolaire entre distanciel et présentiel, n’hésitant pas à prendre la température des élèves qui entrent dans l’établissement. Les élèves portent obligatoirement le masque, se tiennent à un mètre de distance, se lavent sans cesse les mains. Tout a été mis en place en Corée du Sud pour continuer les cours de la manière la plus efficace. L’Israël précède la Corée quant à la réouverture des écoles, les élèves étaient déjà de retour en mai dans les écoles. Le pays essayant de pratiquer le “bubble model”, c’est-à-dire l’approche qui étend les interactions sociales (ici, au niveau des écoles) mais contient les risques en limitant l’exposition de ces acteurs, d’après Melissa Hawkins, épidémiologiste de l’American University. Cependant, il semble que ce modèle n’ait pas fonctionné car le gouvernement ferme ses écoles de nouveau en juin. Pour l’instant, le gouvernement n’avait pas annoncé de réouverture avant l’automne. Finalement, le 15 avril, le Danemark ouvrait de nouveau ses écoles après un mois de confinement. Il opte pour le “modèle de la bulle”, et forme des micro groupes au sein de ses établissements. Chacun mange séparément et la cour est délimitée pour que les groupes ne se mélangent pas. Les bureaux sont séparés de deux mètres, le matériel est lavé toutes les deux heures, les enfants sont incités à se laver les mains toutes les deux heures également, les cours se déroulent à l’extérieur quand cela est possible. Mais les élèves ne sont pas obligés de porter le masque. Cette première mise en place sanitaire fonctionne, il n’y a pas d’augmentation des cas en avril, ce qui entraîne les autorités à ouvrir les écoles au 12-16 ans restés confinés jusque là. D’autres pays ont donc suivi ces mesures telles que l’Allemagne et la Finlande. On constate que l’augmentation des cas reste stable, il n’y a pas de pics. Cependant, cette procédure reste à relativiser. En effet, le Danemark avait déjà très peu de cas de covidés dans son pays avant le confinement d’un mois. En ce cas, pour endiguer ces mesures ont été nécessaires, mais ne le seraient pas forcément dans un pays de la taille des Etats-Unis.

Le cas des Etats-Unis d’Amérique

Pour parler des Etats-Unis, sans souligner le dédain quant à la crise sanitaire à ses débuts, il faut se concentrer aux mesures actuelles prises dans les Etats qui ne dépendent pas que de la seule volonté du Président mais du travail de toutes les autorités de chacun des Etats. Chacun des Etats régissant la crise sanitaire, je vous indique une carte issue d’un article intitulé Education week’s Map : Where has COVID-19 closed schools ? Where are the open ? (date d’octobre 2020) qui nous permettra de constater les mesures prises dans ceux-ci. Je me contente de citer quelques Etats, ceux qui n’ont pas pris de directives particulières, l’État d’Illinois, le Maine, Maryland, Massachusetts etc. La plupart des Etats ne suivent pas de directives particulières, si ce n’est les directives fédérales qu’ils doivent, bien sûr, faire respecter. Les Etats qui ont ordonné la réouverture des écoles, l’Iowa, l’Arkansas, le Texas et la Floride, seulement. Les Etats qui ont gardé les écoles partiellement fermées, le Nouveau Mexique, le Delaware, l’Oregon, Hawaï, etc. Ce genre de procédures autorisent une forme hybride d’enseignement ou des groupes restreints d’élèves dans les écoles. Finalement, les Etats complètement fermés, le district de Columbia et Puerto Rico : l’enseignement se fait à distance uniquement.

Source de la carte

Ces premières informations permettent de dresser un panorama très divers de la situation états-unienne. Quand je parlerais du système états-unien, il faudra penser à toute cette diversité qui ne permet pas de le juger d’une seule voix. Je me suis basée sur un article de l’Intelligencer intitulé “Inside the schools open full time right now : what the data really tells us about COVID-19 transmission and safety in the classroom”. L’école étudiée par l’article se trouve dans l’État de New York, dans la ville de Chappaqua. Si on regarde la carte ci-dessus, on peut voir que New York fait partie des Etats sans ordre spécifique. La réglementation est laissée à la libre appréciation des districts. Ainsi, l’école étudiée ici a pu ouvrir de nouveau ses portes. L’école de Chappaqua reste une des rares écoles de l’Etat de New York ouverte, les mesures peuvent paraître excessives : on prend la température des enfants, les bureaux sont protégés par des plexiglas qui les isolent du reste des élèves par exemple. L’auteur nous parle par la suite d’une école de Bronxville (toujours dans l’Etat de New York) qui pratique de la même manière, la prise de température, les élèves sont séparés dans des salles où ils peuvent être distancés, on privilégie les gymnases par exemple. On voit des enfants suivre les cours des professeurs sur un ordinateur dans une salle à part, ou avec les robots-élèves. A ce titre, les règles paraissent d’autant plus sévères qu’en France. En effet, ces mesures drastiques sont un poids énorme mais nécessaire pour tenir les écoles ouvertes. Le gouverneur de l’Etat de New York ayant indiqué que si l’augmentation des cas dépassait les 5% durant les deux semaines, les écoles ne pourraient pas se maintenir ouvertes.

Dans l’Etat d’Iowa qui a décidé de garder ses écoles ouvertes, il est intéressant de voir à quoi ressemble la procédure. Elle n’est pas loin de rappeler celle pratiquée dans ces villes de l’Etat de New York, mais pourtant, elle semble alléger. Dans l’article de K. Hayden intitulé “How a rural Iowa school district changes busing for costs, staffing and students’ safety”, on a un aperçu des mesures prises dans cet État. Le directeur du département d’Iowa, Mike Fisher ne veut pas fermer les écoles :

“People compare it to World War II as the last time schools were so broadly impacted by something systemic in our society. This is generational-shifting. We expect school to look different and be different and be better coming through this. We can use this to get better.”

Dans l’article, l’auteure met en avant les précautions sanitaires prises pour les bus scolaires notamment : les élèves ne s’assoient pas à côté, ils portent le masque dans le bus ainsi que le chauffeur, on emploie plus de chauffeurs. Le coût est certain pour l’Iowa, mais les écoles sont ainsi desservies en respectant les gestes barrières.

Dans le dernier cas d’un État avec les écoles complètement fermées comme Puerto Rico, le distanciel est mis à l’honneur. En effet, Puerto Rico a annoncé le 17 août qu’il garderait ses écoles fermées et commencerait les cours en distanciel. Dans son article intitulé “Puerto Rico to offer virtual classes, delay school reopening”, Danica Coto rapporte les paroles d’Eligio Hernandez, le ministre de l’éducation de Puerto Rico, “the health of our people is always the highest priority”. Pour répondre à l’inquiétude des parents concernant le distanciel, le ministre permet de récupérer du matériel scolaire dans les établissements afin de pouvoir faire le suivi.

Ainsi, comme j’ai essayé de le montrer, les Etats-Unis proposent une grande diversité quant à la gestion de la crise. Il ne convient donc pas de critiquer et de louer les Etats-Unis dans leur unicité. Chaque système d’État particulier offre une personnalisation aussi différente que deux pays différents. La carte citée ci-dessus permet un aperçu rapide de chacun des Etats pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin.

Voir aussi : https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/community/schools-childcare/schools.html

La Suède : une voie unique du traitement de la crise

Nous avons beaucoup entendu parlé de la Suède dans cette épidémie. En effet, figurant comme l’un des seuls pays ayant refusé le confinement pour jouer le jeu de “l’immunité collective”, il convient maintenant de revenir sur les conséquences de cette stratégie, avant de s’intéresser aux écoles dans tout cela.

Je retransmets des informations de la chaîne française LCI qui se penchait sur le cas de la Suède en septembre 2020. Cette dernière optait pour l’immunité collective. L’immunité collective consiste à créer un pourcentage de personnes immunisées contre l’infection dans la population. Ce pourcentage permet de faire chuter les taux de contamination par personne. Une personne n’infectera jamais plus d’une autre personne en moyenne. Ainsi, l’épidémie devrait s’éteindre d’elle-même. En optant pour cette solution, la Suède avait tout de même recommandé les usages courants tels que la distanciation d’un mètre, le lavage des mains et même le port du masque. Les recommandations étaient laissées à la libre appréciation des citoyens. Si cette tactique en fait le neuvième pays le plus endeuillé dans le monde (au niveau des morts liés à la COVID-19), la Suède apparaît maintenant comme le seul pays d’Europe à ne pas subir de seconde vague. Le responsable du département de contrôle et de prévention des maladies transmissibles de Stockholm, Per Follin salue le comportement des citoyens qui jouent un rôle primordiale dans la régulation des cas de covidés :

“La raison pour laquelle nous avons une transmission relativement faible maintenant est en grande partie due au fait que beaucoup de Stockholmois suivent les recommandations de rester chez eux quand ils sont malades, de se laver les mains et de garder leurs distances.”

Source du graphique

Ainsi, il convient de voir quelles polémiques il existe autour des écoles à ce sujet, puisque la Suède a choisi de tout laisser ouvert, les écoles ne faisant pas exception. Je partirai des deux articles pour appuyer mon propos, le premier intitulé “Have Swedish schools really carried on as normal ?” (TES) et le second du Reuters intitulé “Sweden’s health agency says open schools did not spur pandemic spread among children”.

Ce qu’on peut souligner tout d’abord à l’analyse des agences de santé suédoises qui insistent sur le taux très bas de contamination chez les moins de 19 ans. Ils font valoir cela comme un argument pour maintenir les écoles ouvertes. En Suède, 2,1 % des cas de covidés sont des moins de 19 ans. D’un autre côté, une enseignante interrogée dans le cadre du premier article souligne l’importance de la continuité de l’enseignement : “we cannot just let the students stay home without education”.

Paradoxalement, l’institut de Karolinska et l’ENOC (European network of Ombudspersons for children) et l’Unicef ont montré qu’au niveau de la santé mentale et de l’éducation, les enfants suédois s’en sortaient mieux que ses voisins européens lors de la pandémie. Nous pouvons souligner l’effet traumatisant d’un confinement auprès des enfants, mais aussi le rôle indispensable de l’école que les professeurs suédois semblent défendre avant tout.

Mais est-ce que les écoles sont restées identiques depuis le début de la crise ? Ce n’est pas parce que la Suède n’a pas ordonné de confinement qu’il y a un désintéressement de la part des autorités à la crise sanitaire. Il s’agit de donner une plus grande autonomie aux citoyens par rapport à celle-ci. En effet, si les enfants continuent d’aller à l’école, il faut nuancer le propos selon lequel la crise n’aurait rien changé en Suède. Tout d’abord, les écoles du secondaire (à partir de 16 ans) sont fermées depuis le début de la crise. Ainsi, les élèves de plus de 16 ans suivent les cours en distanciel. Il ne s’agit que des élèves les plus jeunes qui continuent à se rendre à l’école, c’est-à-dire aussi ceux qui sont les moins à risque d’après l’étude suédoise. A l’école, les règles sont les mêmes qu’à peu près dans tous les pays : les élèves se lavent les mains régulièrement, on applique la distanciation sociale, les élèves sont répartis en petits groupes et les cours se font à l’extérieur quand c’est possible. On peut remarquer que le port du masque n’est pas du tout répandu dans les écoles. La seconde remarque que l’on peut ajouter concerne aussi les moyens mis à disposition pour réaliser les objectifs : en effet, parfois les élèves sont répartis sur trois bâtiments différents pour éviter qu’ils se croisent. Ces moyens ne sont pas disponibles dans tous les pays, ce qui pousse aussi à se questionner quant aux moyens mis à disposition dans chacun des pays pour parvenir à respecter les mesures sanitaires.

Il serait donc naïf de penser que la Suède continue à vivre comme avant. Elle tente le plus possible de ne pas bousculer ses habitudes, mais la bonne foi des suédois quant au respect des mesures est le pilier de la réussite de cette tactique. Encore une fois, elle ne serait pas imaginable dans tous les pays. Cette situation semble tolérable pour les professeures interrogées dans notre article, on peut même terminer sur cette lueur d’espoir de l’une d’elle :

“We do feel some stress when we have to keep social distance but after some time you get used to it and everyone has been good at adapting to the new guidelines. We think in many ways we have become better teachers”.

En conclusion, je laisse à l’appréciation des lecteurs le soin de déterminer quels systèmes est le meilleur, le plus viable. Je les laisse également comparer ces procédés avec ceux mis en place en France et relativiser à partir de ceux-ci. Est-ce une atteinte à nos libertés fondamentales ? Si oui, la situation justifie-t-elle cette atteinte ? Existe-t-il une meilleure façon d’appréhender la crise ? Comment respecter la vie de chacun et sa liberté propre ? Toutes ces questions devraient être traitées de manière plus large. Il s’agit de voir l’intérêt et la liberté de tous. Je ne cesse de penser à cette remarque d’une des élèves de mon lycée quand je lui ai dit de bien mettre son masque sur le nez (mesure obligatoire dans les lycées français). Elle me rétorqua “J’ai déjà eu le corona donc c’est bon”. Il ne s’agit pas simplement de soi. Ne penser qu’à soi dans ce genre de situation est spécifiquement ce qui entraîne une restriction de nos libertés (car nous sommes incapables de nous limiter nous-mêmes) et une résurgence des cas (d’où cette deuxième vague).

 

Crédits photos : @kmitchhodge on unslash

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