Theresa May. Crédit Muriel Epailly.

Législatives britanniques : le plan de Theresa May se retourne contre elle

Elle était convaincue de remporter une majorité absolue aux élections législatives anticipées pour mieux négocier le Brexit. Theresa May a finalement affaibli son gouvernement conservateur. Son échec politique montre une perte de confiance de l’électorat et une préférence croissante pour le changement socio-économique. Analyse d’un an, jour pour jour, après le référendum sur le Brexit.

Le 18 avril, la Première ministre Theresa May a annoncé des élections législatives anticipées le 8 juin. Les autres partis s’opposant à son « Brexit dur », elle voulait renforcer sa majorité absolue pour consolider son influence face à l’Europe. À ce moment-là, la popularité de Jeremy Corbyn et des travaillistes était faible. Les conservateurs avaient, selon les sondages, une avance confortable de 24 points. Une avance qui s’est réduite significativement à mesure que la campagne avançait. À cinq jours du scrutin, un sondage de The Independant n’évoquait plus qu’un petit point d’avance pour Theresa May. Les résultats au matin du 9 juin ont confirmé sa chute de popularité. Alors qu’il lui fallait 326 des 650 sièges, le parti conservateur n’en a obtenu que 318. Il reste majoritaire, devant les travaillistes qui en ont désormais 262. Mais il ne s’agit que d’une majorité relative. Un échec pour la Première ministre.

Theresa May. Crédit Muriel Epailly.

Theresa May. Crédit Muriel Epailly.

Mme May reste déterminée à réaliser ses projets du Brexit. En témoigne sa surprenante volonté de former une coalition avec le DUP. Ce parti chrétien et unioniste d’Irlande du Nord est connu pour ses positions très conservatrices, notamment son opposition au mariage homosexuel et à l’avortement. Ayant obtenu dix sièges, il permettrait à la Première ministre d’avoir la majorité absolue à la chambre. Si la précédente coalition entre conservateurs, libéraux et démocrates, sous David Cameron, avait permis la légalisation du mariage gay, celle-ci laisse plutôt croire à un durcissement du gouvernement sur les questions sociétales. Cela risque par ailleurs de chambouler totalement les dynamiques dans le processus de paix en Irlande du Nord. Le gouvernement britannique ne serait alors plus un intermédiaire non-partisan entre unionistes et républicains.

Un accord surprenant avec le DUP

En dépit du désaveu de l’ancien Premier ministre conservateur John Major, Theresa May persiste. Mais son échec rend moins probable la perspective d’un « Brexit dur ». Les inquiétudes frontalières de l’Irlande du Nord diminuent en conséquence. Même le DUP, pro-Brexit, souhaite une transition plus douce pour éviter ces difficultés frontalières. Cette coalition pourrait marquer un tournant dans les interprétations gouvernementales du résultat du référendum de l’an passé. Theresa May avait décidé que la priorité du Brexit était la réduction de l’immigration et la sortie du marché unique. Le DUP est bien plus modéré sur l’aspect économique. Son euroscepticisme est plus un rejet des institutions européennes en elles-mêmes. Un certain soulagement se ressent dans la population britannique, relativement inquiète vis-à-vis du retrait du marché unique.

Certains craignent au contraire un durcissement de la position du DUP. Cameron Beavan-King est un jeune travailliste, militant LGBT et étudiant à l’Université de Birmingham. Il a appelé des étudiants de son entourage à contacter leurs députés conservateurs pour s’opposer à la coalition. « Le DUP est une organisation d’extrême-droite dangereuse et homophobe », déclare-t-il. « Leurs liens avec des terroristes et leurs positions sur le processus de paix en Irlande du Nord sont plus dangereuses pour ce pays que Corbyn n’aurait jamais pu l’être. Nous méritons mieux que cette coalition délabrée, préparée en une heure pour sauver la carrière mutilée de Theresa May ». Ces politiques ne figuraient toutefois pas dans le manifeste du DUP. Par ailleurs, sur certaines positions dont l’allocation de chauffage pour l’hiver, le parti est plus proche des travaillistes que des conservateurs.

« Theresa May donne l’impression d’avoir tout fait pour perdre »

Le résultat semble plus être un message pour les conservateurs qu’une victoire de Jeremy Corbyn. La stratégie de ce dernier, à l’image de son slogan « pour la majorité, pas un petit nombre », s’est soldée d’une hausse de la participation des jeunes. Par dessus tout, le manifeste de Theresa May a semble-t-il repoussé beaucoup d’électeurs. Dans celui-ci, elle proposait entre autres de taxer les retraités pour financer les coûts des soins pour la démence sénile. Face à l’accueil négatif du public, elle était finalement revenue sur cette proposition. Un exemple, parmi d’autres, de ses nombreux volte-face. Elle a aussi évité les débats télévisés, jugeant qu’ils étaient une perte de temps. Son attitude déplaît. Theresa May donne l’impression d’avoir tout fait pour perdre l’élection. Elle doit maintenant s’acquitter de son nouveau mandat affaiblie. Cela laisse entrevoir la possibilité de nouvelles élections.

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