L’empire du milliardaire Philip Green, «harceleur sexuel et raciste » en déclin ?

Une somme s’élevant à 500 000 livres a été dépensée pour protéger l’exposition de ce grand nom, l’un des plus prestigieux du Royaume-Uni. Un scandale qui a embrasé la sphère publique en puisant ses braises dans le mouvement #MeToo, dénonçant l’un des titans économiques du pays, le président du groupe Arcadia. Un retour sur une enquête médiatique qui a mené à de nombreuses accusations, menottant la presse, indignant le peuple britannique, et aboutissant à une vague de rejet déferlante sur des magasins de renoms.

#Balancetonporc, ou l’étincelle qui a mis le feu au poudre

La nouvelle était tombée avec beaucoup de bruit. Une plainte d’abord étouffée, émise par une victime en février 2018 et reportée par le magazine The Daily Telegraph, incriminant un milliardaire jusqu’alors sans visage. Soucieux de la gravité de l’accusation, les journalistes ont passé plus de huit mois à enquêter sur ce personnage, qui était malgré son anonymat dépeint comme l’une des personnes les plus influentes du pays grâce à ses succès commerciaux. Ces mois d’investigation ont apporté encore plus d’ombres à son tableau, car après avoir écouté cinq de ses employés, d’autres crimes ont inévitablement émergé: en plus du comportement déplacé envers les femmes auquel il doit répondre, il est accusé de racisme, ainsi que d’avoir exercé une pression psychologique sur certains de ses employés en les harcelant.

Un criminel qui devait rester sans nom, par injonction du juge

L’enquête qui devenait de plus en plus dense et intéressante, prit un tournant différent quand les enquêteurs ont découvert que le milliardaire avait proposé une indemnisation financière à l’un de ses employés pour tenter d’étouffer ses agissements malfaisants. Une histoire qui nourrissait encore plus ce scoop, et qui ne devait tarder à être révélée.

Le journal, voulant confirmer cette affaire, décida de s’adresser directement à l’accusé et à sa compagnie. Mauvaise idée, car en contrepartie, ils réclamèrent davantage de temps pour préparer des réponses, pour préparer une défense juridique conséquente. De manière évidente, seulement un jour avant la réception de ses fameuses réponses, un émail fut envoyé au Daily Telepgraph afin de les prévenir qu’une demande d’injonction avait été soumise à la Haute Cour de Justice, pour empêcher la publication de cette histoire et protéger leur image.

Notre homme d’affaire, craignant pour son nom, pensait avoir mis toutes les chances de son côté. Il avait pour sa seule défense un escadron composé de sept brillants avocats du cabinet Schillings, l’un des plus prestigieux de Londres. Un cabinet aussi connu pour abriter des clients comme le footballer Cristiano Ronaldo, qui avait engagé cinq de ses avocats pour répondre à des accusations de viol. Il dépensa des sommes astronomiques pour contrer ce scandale, et éviter ce qui devait inévitablement arriver. Crédit fut accordé à son appel après avoir été écarté la première fois, et enfin la décision finale tomba aux oreilles du grand public, confirmant l’injonction du juge, une décision qui devint source de bien de maux.

Sur quelle légitimité repose une telle injonction ? Cette explication repose sur une toute autre dimension. Les anciens travailleurs de la firme interviewés par le journal auraient signé en tant qu’employés un contrat de non divulgation, liant leur langue de manière à ce qu’ils ne puissent en aucun cas nuire à la compagnie.

Le Daily Telegraph s’est vu alors interdire toute mention de ce nom, une décision immédiatement pointée du doigt par tous les défenseurs de la liberté d’expression, et de ceux soucieux du repos moral que devait éprouver un criminel après avoir acquis une telle protection juridique.

Lord Hain, protecteur du peuple ou« narcissique abusant de son pouvoir» ?

Un jour seulement après ce que Philip Green considérait comme une victoire, son nom faisait la une des journaux dans le monde entier. En effet, cette décision juridique ne semblait pas être du goût du Lord Hain, qui s’est empressé de révéler au Parlement britannique et au monde entiern que l’homme de cette affaire n’était autre que Philip Green, l’un des hommes les plus puissants et riches du pays. Un « devoir », a-t-il affirmé au Parlement britannique, qu’il devait effectuer à la lueur de ses privilèges parlementaires, pour libérer sa conscience. Lord Hain insiste sur la longue réflexion qu’il a eu, avant de choisir d’utiliser ses privilèges parlementaires pour « seulement » la troisième fois en trente ans de carrière. Une décision, dit-il, soucieuse du respect de la « justice et liberté ».

 Philip Green quant à lui qualifia sa décision de «scandaleuse », et ne se fit pas prier pour déposer une plainte officielle à la chambre des Lords, contre des accusions qu’il juge « catégoriquement et entièrement fausses ». 

Une fois, pas deux !

Ces accusations ne sont pas les seuls motifs au tonnerre qui s’abat sur toutes les marques reliées au nom de Philip Green. Le président du groupe Ardiaca ne s’est pas fait remarqué une fois, mais deux, par son comportement irrespectueux. Un parallèle que nous pouvons faire avec la polémique qu’il a causé avec Scarlett Curtis. Il avait la charge de promouvoir son livre Feminists Don’t Wear Pink (and others lies), mais le stand fut démantelé aussitôt qu’il fut exhibé dans la boutique londonienne TopShop, sur ordre direct de Philip Green. Un fait encore plus aberrant quand on sait que les fonds qui devaient être récoltés servaient à une cause noble, un moteur aux progrès des femmes partout dans le monde. « C’est une homme horrible (…) il ne s’est ni excusé, ni ne l’a réinstallé », avait déclaré la jeune fille de 23 ans à l’origine de l’initiative.

Un impact conséquent pour un empire encaissant des milliards chaque année

TopShop, Burton, Dorothy Perkins… Si votre oreille ne frémit pas à l’annonce de ces noms, c’est que le domaine de la mode ne vous intéresse guère. Pourtant, leur présence écrasante sur le marché mondial et leur implantation géographique sur quasiment tous les territoires, leur accorde une notoriété sans précédent. Leur grandeur est cependant considérablement ternie, rattachée au nom du directeur à la tête de 22 000 employés, soupçonné d’actes immoraux.

D’après The Sun, le groupe Arcadia a convoqué une réunion d’urgence, et la cause ne serait autre que les menaces émises par les partenaires commerciaux des marques comme TopShop et Miss Selfridge, voulant rompre toute alliance économique après cette nomination.

C’est en réalité une véritable secousse qui a déferlé à la suite de sa nomination par Lord Hain, avec un hashtag Twitter qui s’est hissé au sommet des tendances mondiales, intitulé #PinkNotGreen. Ce hashtag, qui circulait déjà depuis le rejet de la promotion du livre féministe de Scarlet Curtis, a connu un paroxysme après ce nouveau scandale, et est nourri chaque jour d’appels au boycotte. Un appel au rejet des marques de Philip Green imminent, par le peuple, et pour la morale quémandée par celui ci.

Scarlett Curtis, réagit sur Twitter sous cet hashtag : « Cet homme a vêtu notre pays, cet homme a habillé nos adolescentes, cet homme est un raciste, un harceleur sexuel, cet homme m’a fait pleuré, cet homme doit être arrêté. Philip Green, l’argent ne peux pas te sauver, les féministes arrivent et elles portent du rose. #pinknotgreen »

« Je soutiens #pinknotgreen et #boycottTopShop et du reste de #ArcadiaGroup détenu par Philip Green. Voici la liste des compagnies : #Burton #Outfit #Evans #DorothyPerkins #OutfitKids #MissSelfridge #TopShop #Wallis #TopMan Je n’achetais pas de la bas, et je vais m’assurer de ne pas le faire maintenant aussi ! »
« Je propose au Royaume Uni d’arrêter immédiatement d’acheter chez l’Empire de Green. #BoycottGreen #PinkNotGreen @Telegraph @scarcutis @kristenp1 »

D’autres ne sont cependant pas du même avis. Philip Green ne subirait pas les conséquences du boycotte alors que les employés qu’il dirige, innocents, y seraientt confrontés de manière injuste.

« Qui est perdant dans tous les cas ? Philip Green- 4 milliards de livres en banque, deux yachts, de nombreuses demeures à Monaco et Londres, ou un assistant de TopShop de 18 ans- 500 livres dans son compte, payé de l’heure 8 livres 50, qui vit avec ses parents. Cela ne lui posera aucun problème, ce boycotte inutile doit cesser. #pinknotgreen »

« Les gens qui appellent au boycotte (…) pour punir Philip Green… Vous allez plutôt punir des dizaines de milliers de femmes employées qui perçoivent un petit salaire. Ces magasins sont déjà à genoux. #PinkNotGreen #MeToo »

Une tentative de boycotte qui semble vaine pour certains, qui supportent l’idée que la loi ne l’a toujours pas condamné ou désigné coupable, et qui ne peut affecter le titanesque empire sur le long terme.

« …they are human beings who cause to echo, deep within us, our most profound terrors and desires » Lara Pawson

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