L’Équateur face au coronavirus : un deuil difficile

En Équateur, la pandémie de Covid-19 a mis en lumière les carences des services sanitaires et funéraires. C’est à Guayaquil, où près d’un tiers des habitants de la ville ont contracté la maladie, que la gestion des défunts s’est révélée particulièrement défaillante.

Depuis le 17 mars 2020, les 17,5 millions d’Equatoriens sont soumis à de strictes mesures de confinement pour endiguer la propagation du Covid-19. Un couvre feu de 15 heures par jour a ainsi été décrété. Malgré tout, le pays enregistre 3929 décès pour 47 322 cas au 16 juin 2020, selon les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé.

La mort en Amérique latine, un rite social

L’Amérique latine est un continent à majorité catholique. Certaines traditions demeurent malgré la mondialisation et la modernité. En Équateur, 70 % de la population est catholique. D’autres religions comme le protestantisme ou celles issues des peuples autochtones sont toutefois présentes. La population accorde aux rites funéraires une grande importance, à tel point qu’ils sont souvent publics et collectifs. Il existe notamment ce qui est appelé la veillée du mort, qui se déroule dans la maison du défunt. Ensuite, vient la procession jusqu’au cimetière : un cortège réunissant la famille du défunt et sa communauté l’accompagne pour lui faire un dernier adieu.

Des repères bouleversés

La pandémie de Covid-19 rend ces rites funéraires irréalisables dans les conditions habituelles. Le gouvernement du président équatorien, Lenin Moreno, pour des raisons sanitaires, a décidé d’interdire les visites aux cimetières ainsi que les cortèges. Les familles sont donc dans l’impossibilité de faire complètement le deuil de leurs proches.

Les changements sont prégnants à Guayaquil, ville portuaire et capitale économique de l’Equateur. Au cimetière de Pascuales, proche du quartier Carlos Guevara Moreno, les habitants sont habitués à voir passer les familles des victimes. Ils ne voient désormais plus que des camions remplis de cercueils en carton. L’anonymat de la mort est devenu la règle, dans un pays qui, en raison de sa culture, n’aurait pu s’y résoudre.

Rue vide à Guayaquil

L’effondrement des systèmes sanitaires et funéraires

Guayaquil est la ville la plus touchée par l’épidémie en Équateur. Elle concentre plus de 70 % des cas de Covid-19 que le pays latino américain dénombre. Manifestement débordés, les services sanitaires et funéraires ont dû laisser des corps abandonnés dans les rues ou les habitations. Ainsi, la force d’intervention conjointe, composée de militaires et de policiers, créée à l’initiative du gouvernement équatorien, a récupéré 800 cadavres dans les maisons de la ville portuaire.

Le président équatorien, Lenin Moreno, tente de justifier la gestion des défunts tout en reconnaissant des dysfonctionnements. « Nous devons reconnaître que nous avons eu des problèmes dans la gestion des morts parce que nous avons pris la décision de donner une sépulture digne à chaque Équatorien non comme dans d’autres pays qui ont ouvert des fosses communes » a t-il affirmé.

Espoirs et perspectives

Depuis la fin mai 2020, l’Équateur entreprend un déconfinement prudent selon un système de « feux de circulation ». Le pays est divisé en 221 municipalités qui sont « rouges », « jaunes » ou « vertes » selon le niveau de circulation du virus. Ainsi, à Guayaquil, la maire de la ville, Cyntha Viteri, a annoncé : « A partir du mercredi 20 mai, nous allons passer prudemment, avec des mesures restrictives, à l’état de feu jaune ». Cet état entraîne la réduction du temps du couvre feu de 15 heures à 8 heures, le rétablissement du transport urbain, des activités commerciales et du travail en présentiel, qui reste limité. La vie reprend, et avec elle, l’espoir de jours meilleurs.

Mais, les perspectives économiques ne sont pas des plus réjouissantes. En 2020, le PIB de l’Équateur devrait baisser de 6,5 %. Cette diminution est notamment causée par la baisse du prix du pétrole. En effet, le pays latino-américain est producteur et exportateur de pétrole. De 2012 à 2018, l’Équateur a produit entre 27 et 30 millions de tonnes de pétrole par an. Ancienne membre de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole depuis janvier 2020, la République de l’Équateur est classée au vingt-troisième rang des pays exportateurs de l’or noir.

Sa trajectoire économique suit celle prévue pour les autres pays d’Amérique latine. La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, une agence des Nations Unies, prévoit que «  la crise qui secoue la région sera la pire de toute son histoire ».

Face à cela, le gouvernement équatorien choisit la voie de la rigueur budgétaire. Selon un projet de loi déposé début mars 2020, les fonctionnaires verront leur salaire diminué jusqu’à 8 %. De plus, le budget de l’État sera réduit de 1,4 milliards de dollars. Le gouvernement équatorien promet toutefois d’épargner le Ministère de la santé.

Pour Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales au centre d’études «  Fondation Getulio Vargas », la pandémie peut amener la population des pays d’Amérique centrale à pousser d’avantage les gouvernements à investir dans l’éducation et la santé. De même, il apparaît pour Stuenkel que les réponses techniques des gouvernants ont fait d’avantage preuve d’efficacité pour enrayer la pandémie que d’autres pays. A l’opposé, la crise sanitaire continue de s’enliser au Brésil. Pourtant, le gouvernement de Jair Bolsonaro, le président de la République du pays auriverde, préfère une relance de l’activité économique à des mesures de confinement.

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