Les célébrations du centenaire de la Lettonie : une fière indépendance [2/4]

De 2017 à 2021, la Lettonie célèbre son centenaire d’indépendance à travers un programme culturel d’une grande richesse. Sur cinq ans, le projet LV100 (Latvia100), piloté par le ministère de la Culture, soutient plus de 800 initiatives et événements en Lettonie et ailleurs dans le monde. L’année 2018 est particulièrement importante car elle marque le centième anniversaire de la déclaration d’indépendance du pays. Pour comprendre l’histoire, la culture et la société lettonnes ainsi que les enjeux politiques qui sous-tendent ces célébrations, le Journal International s’est rendu sur place. Dossier.

Deuxième partie. Culture : un rayonnement culturel sans équivalent dans l’histoire du pays

Sur les cinq ans de célébrations, 2,3 millions d’euros ont été dépensés par le gouvernement pour promouvoir de nouveaux événements culturels et soutenir ceux qui existaient déjà. Et 2,8 millions d’euros pour accroître le rayonnement culturel de la Lettonie en finançant des événements à l’étranger, des traductions de livres et de films ou en revitalisant une diaspora très discrète.

C’est ainsi que le spectacle de danse Abas Malas, qui se déroule chaque année sur trois jours à l’occasion des festivités du 18 novembre, a pris une ampleur inédite. Pendant plus de deux heures, quelque 450 danseurs ont revisité l’histoire de la Lettonie. Sur une scène de 2000 mètres carrés animée par des effets de lumière, les tableaux et chorégraphies se sont enchaînés avec un élément commun : Madara. Une jeune fille de 18 ans symbolisant la Lettonie. Des danses tribales à celles plus classiques et traditionnelles jusqu’au hip-hop et breakdance, Madara, dans une tenue inchangée tout au long du spectacle, a représenté la continuité de l’âme lettonne malgré les divisions du passé. Moment d’union très symbolique, le spectacle a brisé le quatrième mur en enjoignant les spectateurs à se lever pour entonner l’hymne national alors que le drapeau letton était projeté sur la scène.

Le public et les danseurs entonnent l’hymne national alors que le drapeau letton est projeté sur la scène. Crédit: Ilmārs Znotiņš, Kultūras ministrijas Latvijas valsts simtgades birojs.

La danse comme le chant font de toute façon partie de l’identité lettonne. Dès 1873, la célébration lettonne des danses et des chants est le plus grand festival des pays baltes. Depuis, début juillet, une fois tous les cinq ans, plus de 20 000 chanteurs et de 15 000 danseurs, vêtus des tenues traditionnelles, font vivre la tradition dans la capitale en défilant pendant plus de cinq heures. Sans surprise, la journée du 18 novembre était donc ponctuée de danses et de chants. Sur le programme officiel, dès le lever du soleil, tout le monde était par exemple invité à « chanter l’hymne national » et à « jouer de la musique » tout en « célébrant la Lettonie ».

Par ailleurs, de midi jusqu’en fin d’après-midi, les centres municipaux culturels de la capitale et les autres villes du pays ont accueilli de nombreux artistes. Le concert de l’orchestre symphonique national, retransmis en direct à la télévision, avait lieu en début de soirée, un peu avant une autre cérémonie musicale officielle prenant place au pied du monument de la liberté. L’orchestre de Riga était également convié à la fête et joué des musiques connues de tous dans la rue du 11 novembre, au centre-ville. D’autres concerts ont eu lieu dans des Églises et au théâtre national, parfois jusqu’à minuit. Finalement, jusqu’au petit matin du 19 novembre, plus de soixante-dix boîtes de nuit, dans la capitale et ailleurs, ont célébré le centenaire en ne diffusant que de la musique lettonne.

Le feu d’artifice traditionnel était lui aussi marqué par le sceau du centenaire. Ce dernier aura coûté plus de 235 000 €, un budget près de dix fois supérieur à celui des années précédentes.

Soutien au développement d’un cinéma national

La promotion de la culture ne concerne toutefois pas uniquement les spectacles de sons et lumières, de danse ou de chants. Comme nous le disions dans le premier article de ce dossier, le projet « Films lettons pour le centenaire de la Lettonie » aura permis à seize réalisations de voir le jour, dont six long-métrages, deux films d’animation et huit documentaires. Il s’agit « du plus gros projet pour le cinéma letton en plus de 20 ans », explique Dita Rietuma, directrice du Centre national du cinéma de Lettonie.

Parmi les œuvres retenues, il y a par exemple le docu-fiction Baltic Tribes, réalisé par les frères Lauris et Raitis Ābele. En cadrant leur inspiration sur les plus récentes découvertes archéologiques, les jeunes réalisateurs ont pu mettre en images le mode de vie et l’histoire des tribus baltes – Sémigaliens, Couroniens, Livoniens et Latgaliens – ayant peuplé le territoire actuel de la Lettonie jusqu’au XIIIe siècle. Le film revient notamment sur les traditions païennes de ces tribus et leur résistance à la christianisation forcée des chevaliers teutoniques.

Rayonnement culturel de la littérature lettonne

Moins grandiose visuellement, la littérature fait aussi partie des arts soutenus dans le cadre du programme LV100. En 2017, le gouvernement a par exemple débloqué 160 000 € pour faire traduire et publier – en anglais principalement – des écrits d’auteurs contemporains, comme Nora Ikstena ou Jānis Joņevs, ou d’écrivains plus classiques comme Rūdolfs Blaumanis. Des initiatives pertinentes eu égard à la Foire du livre de Londres de 2018, qui a mis la littérature des pays baltes à l’honneur à l’occasion de leur centenaire d’indépendance.

La bibliothèque nationale, modernisée en 2014 alors que Riga était capitale européenne de la culture, prend-elle aussi part aux festivités. Avec plus de 4,5 millions d’items, dont seulement 2 millions sont des livres – le reste s’apparentant plutôt à des choses écrites (cartes, journaux, magazines, menus de restaurant, programmes de partis politiques, etc.) – l’institution a sélectionné dans ses collections les éléments les plus pertinents pour proposer des expositions sur la thématique du centenaire. L’une d’entre elle présente par exemple diverses productions écrites au cours de la semaine du 18 novembre 1918.

De façon générale, les fonds débloqués pour les festivités du centenaire permettent à la Lettonie un rayonnement et une renaissance culturels inédits. Les films réalisés à cette occasion, la présence de la littérature lettonne à la Foire de Londres ou les moyens humains et financiers mis à disposition des différents projets culturels ont suscité un intérêt médiatique et touristique sans équivalent dans l’histoire du pays. Et au-delà même de la culture au sens large du terme, ce sont aussi des pans plus spécifiques de la société qui sont mis à l’honneur dans le cadre de ces célébrations. Ce sera l’objet de notre prochain article.

Photo de bannière. La chorale de Riga devant le monument de la liberté. Crédit : Aivars Liepiņš, Kultūras ministrijas Latvijas valsts simtgades birojs


Vidéos du spectacle Abas Malas :

Ouverture du spectacle Abas Malas avec une chorégraphie très tribale.

Tous les genres de danse ont été représentés. Ici le hip-hop qui annonce les années 90-2000.

Moment d’union symbolique lors de l’hymne national

Retrouvez toutes nos vidéos du spectacle sur notre chaîne YouTube.

Diaporama :
La galerie photo officielle du programme LV100
Le feu d’artifice du 18 novembre 2018
Les photos officielles du spectacle de danse Abas Malas

Dans le même dossier :
Histoire : comprendre l’importance des célébrations du centenaire [1/4]
Société : inclure l’ensemble des acteurs de la société dans les célébrations du centenaire [3/4]
Politique : promouvoir son identité et ses valeurs à travers des initiatives aux objectifs de long-terme [4/4]

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