Crédit Guo Qian.

Les impressions chinoises

L’exposition « Les impressions chinoises » s’était tenue du 6 février au 10 février dernier à Lyon. Le Journal International a rencontré Guo Qian, organisatrice de l’événement. Une occasion pour se pencher sur l’état actuel de la création artistique chinoise, entre tradition et modernité.

L’exposition a réuni de jeunes artistes dans le sixième arrondissement de Lyon. Musiciens, designers et cinéastes étaient au rendez-vous. Le critère de sélection était simple. « On cherche plutôt des jeunes, qui incarnent le dynamisme et la vitalité. Ce qui compte, ce n’est pas la réputation, mais leurs réflexions individuelles, en lien avec la question de la dualité entre tradition et modernité », explique Guo Qian, chargée de l’organisation de l’événement. Le mariage entre art contemporain et artisanat chinois est le fil rouge de l’exposition « Les impressions chinoises ».

La performance de la musique de Guqin. Crédit Guo Qian.

Le guqin est un instrument de musique traditionnel à cordes pincées. Il invite au partage. Sa mélodie est très douce. « On n’a pas fait beaucoup de promotion sur la performance, parce que justement, nous souhaitions créer un espace de communication intimiste », précise Guo Qian. Le musicien, Yao Yuanxin, est un jeune étudiant en langues étrangères appliquées. Passionné par la culture asiatique, il étudie le français, l’anglais et le japonais. « J’ai commencé par apprendre deux langues asiatiques : le coréen et le japonais. C’était pour moi une manière de prendre du recul pour mieux connaître et comprendre la culture chinoise », explique-t-il. Cette performance musicale permet au public de découvrir l’instrument, peu connu en Occident. Les plus curieux ont même pu apprendre à jouer quelques notes.

Une vision contemporaine de l’artisanat chinois

Le juci était aussi au programme. Il s’agit d’un artisanat très traditionnel. « Ju » signifie « curium », un métal radioactif de couleur blanc argenté ; « ci » signifie « porcelaine ». Le juci est la réparation minutieuse de produits cassés en céramique. Un travail d’orfèvre, qui ne doit laisser aucune trace. Inspiré par cette technique traditionnelle, Gu Yifan crée une série d’œuvres. L’artiste fait le choix de laisser les traces de cassure apparentes sur des assiettes. Il y dessine un caractère chinois : le jiang. Ce mot a connu de nombreuses évolutions. Il peut désigner tantôt l’artisanat, tantôt l’artisan, suivant la forme que prend le caractère. « Ce caractère est porteur d’une longue histoire. Celle de la sagesse des artisans chinois. Lorsqu’ils créent, ils doivent faire preuve de patience. C’est quelque chose qui manque dans notre société contemporaine. C’est ce que je veux mettre en valeur à travers mon travail », déclare Gu Yifan.

Travail inspiré par la technique juci. Crédit Guo Qian.

La symbolique chromatique compte tout particulièrement pour cet artiste. « Le noir et le rouge sont les deux couleurs les plus utilisées dans les créations artistiques chinoises depuis l’Antiquité. Ces deux couleurs représentent respectivement le carbone et le sang des animaux. Je les ai utilisées pour montrer le caractère national et folklorique », précise-t-il.

L’art dans la vie économique chinoise

Le qipao est un vêtement féminin chinois. Il est originaire de Mandchourie, région du nord-est. Cet habit traditionnel a été modernisé et mis à la mode à Shanghai au début du XXème siècle. Le qipao nouvelle génération est plus moulant. Il laisse paraître davantage le corps féminin. C’est devenu un symbole de la libération de la femme. Moins populaire de nos jours, il ne se porte que pour des occasions spéciales, de façon plus formelle.

Qipao moderne. Crédit Guo Qian.

Chen Lijun, jeune designer chinois, a fait le choix de remettre le qipao au goût du jour. L’objectif est d’en faire à nouveau un vêtement du quotidien. Il se retrouve confronté à une difficulté majeure : ce vêtement fait main est aussi coûteux. Son achat demeure réservé à une partie privilégiée de la population.

Le gouvernement applique des politiques favorables aux entreprises culturelles. Ma Yun, fondateur d’Alibaba, propose un nouveau système de commerce de détail. Le concept est encore flou. L’idée principal c’est d’inverser la chaîne de vente. C’est-à-dire que la production dépend de la demande des clients pour atteindre le zéro stock. Cette idée du façonnage personnel se distingue de la haute couture. Ce nouveau système se destine à personnaliser des articles quotidiens au lieu des articles de luxe réservés aux riches.

Transmission culturelle : un processus de haut en bas

L’organisatrice travaillait dans le monde médiatique. Son exposition démontre une forte volonté de transmission culturelle auprès du grand public. Se rendant compte que la culture traditionnelle chinoise a tendance à manquer dans son travail, elle l’a quitté pour reprendre des études à Paris en marché de l’art. « Mon job est destiné au public. Il ne faut jamais oublier cela. La transmission devrait être un processus de bas en haut, pour éviter l’écart entre art et vie », assume-t-elle, précisant que, « ce qu’il manque dans la société chinoise, c’est la patience. La plupart des Chinois ne prennent pas beaucoup de temps pour visiter des musées. Il faut trouver d’autres supports qui s’adaptent plus à leurs habitudes : des vidéos courtes, des ventes aux enchères et des conférences culturelles ». Elle n’a jusqu’à présent jamais trahi cette intention.

Photo de bannière : crédit Guo Qian.

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