Les incendies en Amazonie : un moyen de paternaliser le Brésil ?

Au mois d’août, la forêt amazonienne s’est retrouvée en proie à des incendies spectaculaires qui ont été propulsés au rang de crise internationale. En effet, cette thématique s’est imposée comme l’un des objets principaux de concertation durant le sommet du G7 à Biarritz mené par le Président français Emmanuel Macron. 

Les organes médiatiques se sont emparés de cette thématique en reléguant le discours institutionnel porteur de toute une constellation de représentations sociales : « Notre maison brûle. », « L’Amazonie, poumon de la planète […] » ou encore « Nous sommes Amazoniens ».
Les deux premières citations construisent une représentation qui nous est proche grâce à la proximité et l’universalité des images employées. L’objectif est de faire appel à notre indignation face à la situation, et de rallier les lecteurs à une cause, mais laquelle ? La dernière citation a quant à elle pour intention de légitimer les propos politiques en opérant un rapprochement géographique stratégique.

« Nous sommes Amazoniens ». Le département français contigu au Brésil, la Guyane, est bien dans les faits un territoire de la France. Il faut toutefois garder à l’esprit que sa construction a été rythmée par le colonialisme et la recherche de l’or qui enivrait la société occidentale du XVI siècle. Si l’homme occidental du XVI siècle rêvait d’or, la conquête du Nouveau Monde en a montré les dérives.

Pourtant, Emmanuel Macron mettait en avant en 2018 un projet d’extraction aurifère portée par un consortium russo-canadien, dénommé La Montagne d’or. Un site d’extraction aurifère bien connu dès le milieu du XVIIIème siècle, faisant référence à une montagne pouvant générer abondamment de l’or, et dont le placer « Élysée » a été cédé à la compagnie minière. À ce jour, le projet est mis en pause en attendant la réforme du code minier, pour cause de non-respect des normes écologiques. Cependant, parallèlement, le nombre de permis exclusifs de recherche pour l’extraction aurifère ne cesse de croître d’année en année sur le territoire guyanais. 

Pourtant, l’extraction aurifère ne semble pas apporter de solutions pérennes contre le taux de chômage tournant autour des 19 % en 2019. Ainsi au même titre que l’exploitation du coton ou de la canne à sucre en Afrique, l’exploitation aurifère en Amérique méridionale s’inscrit dans un héritage colonial et une dynamique souveraine de l’utilisation des ressources naturelles.

Le rapport Eclats et Artifices de l’ancienne ministre de la justice, Christiane Taubira, décrit l’économie guyanaise comme une « économie de comptoir ». Certains médias y réfèrent également comme à une « économie sous perfusion ». En somme, un territoire dont l’administration a toujours été quelque peu « bancale ». De ce fait, si la France en possède le territoire et la souveraineté, il est difficile de se considérer comme amazonien alors que nous n’en partageons pas les cultures. 

Revenons-en maintenant aux incendies en Amazonie. L’institut National de recherche Spatial brésilien (INPE) a confectionné un graphique démontrant l’ampleur des incendies en Amazonie légale depuis 1998 en nombre de foyers actifs. Il est possible de distinguer plusieurs pics, dont des années avec des nombres de foyers actifs supérieurs à 2019. Les dernières statistiques montrent que les années 2007 et 2010 recensent plus de 90 000 départs de feu pour le mois d’août, contre un peu plus de 50 000 pour 2019. Malgré les efforts qui ont été faits dans les gouvernements précédents, la déforestation connait une nouvelle hausse sous le gouvernement de Bolsonaro. Cela explique la nouvelle recrudescence des incendies en 2019. Un lien de causalité illustré par l’Institut de recherche environnementale de l’Amazonie qui affirme que les municipalités les plus touchées sont celles qui souffrent également le plus de déforestation. En effet, certains scientifiques affirment que la déforestation en juillet était 4 fois supérieure à la moyenne des trois années précédentes.

Cependant, malgré les statistiques troublantes, c’est la dynamique de médiatisation du sujet qui nous intéresse dans cet article. Pour illustrer le phénomène médiatique et la transmission de certaines idéologies, nous utilisons l’indicateur de fréquence de parutions d’articles de presse par années. En prenant comme référence Le Monde, il est alors possible de chercher dans le moteur de recherche  Europresse, agissant comme archive, le nombre de publications par rapport à des mots clés. 

Il est alors possible de constater une nette hausse du nombre de publications sur le sujet en 2019. Cela correspondrait à une hypermédiatisation du sujet comparée aux années précédentes. D’une part, cette dynamique démontre une certaine prise de conscience autour de la crise écologique et des questions environnementales. Mais, d’autre part, elle révèle également d’une instrumentalisation du sujet. En effet, pourquoi parlerait-on des incendies en Amazonie cette année et pas les années précédentes ? 

En disséquant l’année 2019 mois par mois, on obtient un autre graphique qui met en avant la médiatisation du sujet en rapport avec le sommet du G7 à Biarritz.

Le sommet du G7 à Biarritz a été tenu entre le 24 août et le 26 août. Entre autres, Emmanuel Macron affirmait, le jeudi 22 août 2019 sur le réseau social Twitter, que « notre maison brûle ». Cette hausse soudaine de la médiatisation sur le sujet coïncide avec des événements politiques. La question environnementale des incendies en Amazonie s’est alors déplacée dans la sphère politique. En ce sens, il y a une instrumentalisation des questions environnementales qui s’inscrit dans un rapport de forces politiques entre le gouvernement français et le gouvernement brésilien. Il faut alors garder à l’esprit qu’un discours institutionnel n’est pas anodin. Il est indissociable d’une volonté politique qui œuvre en faveur d’un agenda. 

Les incendies en Australie offrent un cadre de comparaison exceptionnel. En effet, le gouvernement français a tardé à se prononcer sur la situation en Australie. Le Président brésilien, Jair Bolsonaro, n’a donc pas manqué l’occasion de faire une remontrance, le 2 janvier 2020, au Président français sur Twitter. Emmanuel Macron s’est alors prononcé le 5 janvier 2020 sur le réseau social. 

Cette courte démonstration montre que les questions environnementales sont devenues un enjeu politique majeur. De ce fait, elles tendent à être instrumentalisées et s’inscrivent dans des rapports de force transnationaux. 

Finalement, l’engouement autour de la problématique des incendies en Amazonie démontre qu’il y a une volonté de légitimer la pensée écologiste française. Ceci pose le cadre de réflexion sur le moyen d’aborder les questions environnementales sans tomber dans le jeu des rapports de forces politiques. En réutilisant le terme de Malcom Ferdinand, chercheur au CNRS, il s’agit de penser l’écologie de façon “décoloniale”. Il pose donc, à juste titre, la question sur la gouvernance de l’environnement. À ce titre, nous déplorons donc le faible taux de parole et espace discursif alloué aux Autochtones. Car, finalement, qui de mieux placé pour parler des questions environnementales que les premiers concernés ?

Crédit photo : Victor Moriyama / Greenpeace

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