Iran : les Moudjahidine du peuple et la menace pour le régime [1/2]

La récente révolte populaire contre la vie chère et la dérive totalitaire du pouvoir islamiste, a eu l’effet d’un séisme politique en Iran. Pour la première fois depuis les manifestations massives post-électorales de 2009, le pays est secoué par un soulèvement populaire de grande ampleur qui revendique, non plus « où est mon vote ? » mais la fin de la dictature religieuse au pouvoir depuis près de 40 ans en Iran.

Le président du régime iranien, Hassan Rohani, a cru nécessaire d’appeler, le 2 janvier, le président Emmanuel Macron pour lui demander de sévir contre les activités d’un « groupe terroriste » iranien basé en France. Un « groupe terroriste » impliqué pour son « rôle néfaste », selon le régime, dans les récentes manifestations en Iran. Une claire allusion à l’Organisation des Moudjahidine du peuple (OMPI), la principale force d’opposition qui combat pour le renversement du pouvoir despotique.

Ali Khamenei dénonce l’influence extérieure

Les médias du régime, ne cessent depuis le déclenchement de la révolte, le 28 décembre 2017, de dénoncer le « rôle moteur » joué par ce mouvement d’opposants déterminés dans le mouvement de révolte qui a fait craindre pour la survie du régime du guide suprême. Ali Khamenei a pris la parole le 9 janvier pour marquer sa détermination à sévir contre l’organisation qu’il a accusée d’être lié aux puissances étrangères : « l’argent est venu des riches gouvernements du golfe Persique et les exécutants étaient le groupe criminel des « monaféghines » (terme péjoratif pour désigner l’OMPI). Ils ont appelé les gens à protester en utilisant le slogan « Non à la vie chère » qui plaît à tout le monde. »

Des milliers de manifestants sont aujourd’hui dans les prisons iraniennes. Amnesty international a publié le 5 janvier un communiqué mettant en garde contre les dangers des exactions qui les visent. Les médias ont rapporté la « mort suspecte » d’un jeune manifestant dans les geôles iraniennes, alors que plusieurs familles sont sans nouvelles de leurs enfants. En 2009 déjà, plusieurs manifestants avaient été tués par balle et torturés par les Pasdaran -gardiens de la révolution-, l’armée répressive du régime.

La récente répression a été tout aussi brutale. On déplore une quarantaine de manifestants tués et des milliers d’arrestations, dont de nombreux sympathisants et familles de l’OMPI. Les militants des droits craignent à présent, à l’instar de 2009, la mise en place de « faux procès » et des condamnations à mort. Cette année-là, les seuls manifestants à avoir été condamnés à mort et exécutés, furent les sympathisants de l’OMPI.

Qui sont ces opposants au régime ?

Fondé en 1963 par de jeunes universitaires iraniens comme une réponse à la terreur instaurée par la monarchie du Shah, l’OMPI se voulait une organisation de résistance pour l’instauration d’un régime démocratique et indépendant. S’inspirant d’une interprétation progressiste de l’islam, en symbiose à la fois avec les convictions de la grande majorité de la population et en phase avec les idées de progrès et de justice sociale, le jeune mouvement des Moudjahidine du Peuple gagne rapidement en popularité parmi la jeunesse iranienne et les milieux intellectuels.
Après le renversement du régime du shah en 1979, les Moudjahidines du Peuple commencent à fonctionner comme un parti politique à l’échelle nationale. Les récits de leur résistance dans les prisons du shah et leur appel à la jeunesse iranienne ont attiré des centaines de milliers de jeunes gens, notamment les femmes, à travers l’ensemble de l’Iran. Leur journal, Modjahed, avec un tirage quotidien de 500.000 exemplaires, est devenu le plus lu du pays. Des millions de personnes assistaient aux meetings. L’OMPI a rapidement été considérée comme la principale force d’opposition au régime. Parce qu’elle refuse, par principe, de reconnaître la notion de « Guide suprême » que les intégristes ont imposé dans la nouvelle Constitution de 1979, violant ainsi le principe de la « souveraineté populaire ».

L’attitude à la fois éclairée et courageuses des jeunes dirigeants de l’OMPI forçait l’admiration de tous les démocrates iraniens. Une vive sympathie se manifestait dans l’ensemble de la société en sa faveur. Mais bientôt les forces intégristes prenaient peur devant l’ampleur du mouvement démocratique. Elles prirent l’initiative d’une impitoyable répression dès l’année 1981, avec parfois des centaines de sympathisants fusillés chaque jour. Le carnage atteignit son apogée en 1988, quand le régime décida d’assassiner quelques 30 000 prisonniers politiques. Un crime contre l’humanité qui sera dénoncé par les ONG comme Amnesty International et dont les citoyens exigent toujours que soit dévoilé les emplacements des fosses communes et la tenue d’un tribunal international pour juger les responsables qui sont toujours à la tête du régime.

L’Ayatollah Montazeri, alors dauphin de Khomeini, protesta et fut démis de ses fonctions. Soulignant les racines profondes du mouvement dans la société, il écrivit au « Guide suprême » en personne : « Les Modjahédin-e-Khalq ne sont pas composés d’un nombre d’individus. Il s’agit d’une idée et d’une logique. Tuer ne fait qu’entraîner sa propagation. »
C’est effectivement ce qu’il s’est passé. Le mouvement a continué à se développer, phénomène révélateur de l’enracinement social du mouvement, qui lui permit une régénération pérenne.Ce à quoi il faut noter la capacité étonnante à surmonter toutes les machinations et conspirations politiques du régime sur la scène internationale. Et ce, malgré la complaisance des gouvernements occidentaux à son égard.

 

Photo de bannière : Des personnes manifestent à Bruxelles, le 3 janvier 2018, en soutien aux Iraniens qui protestent dans leur pays. (THIERRY ROGE / BELGA / AFP )

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