Les victimes des cachots d’Égypte

L’incarcération douteuse de l’ancien président égyptien Mohamed Morsi soulève maintes questions sur l’implication du gouvernement dans sa disparition. Son procès et sa santé qui se dégradaient de jour en jour aux yeux de tous jettent un voile sur sa mort, et font resurgir des questions fondamentales autour des droits de l’Homme bafoués dans les confins des cellules égyptiennes. 

Un gouvernement bâti sur les cendres de la révolution

Le printemps arabe avait ravivé une lueur d’espoir pour ceux qui se battaient pour la démocratie et la liberté. À la suite de la révolution égyptienne de 2011, Mohamed Morsi sort vainqueur des élections présidentielles avec 51,7% des voies. Une date historique pour son pays et ses citoyens, qui pour la première fois, ont choisi d’être gouvernés par un président élu au suffrage universel lors d’élections libres. Mais le premier président choisi démocratiquement n’a pas pu profiter longtemps de son titre, car, un an après, il en fut destitué lors d’un coup d’État.

C’est un malheureux retour à la case départ pour le pays qui a versé sang et larmes pour sa liberté. Le pouvoir est de nouveau conféré à l’armée, avec un culte de la personnalité déployé autour du nouveau dictateur du pays, Abdel Fattah Al-Sissi.

Un assassinat prémédité?

L’ancien président était détenu en isolation depuis six ans, aux crochets d’un procès interminable duquel il avait aussi écopé de la peine capitale. Ses proches affirment qu’il était privé de tout accès à l’extérieur, sans le droit d’accéder aux informations et aux médias, ni celui de voir ses avocats et sa famille. Celle-ci affirme qu’il leur avait fait la déclaration suivante:

« Je suis décidé à m’opposer au coup d’État jusqu’à mon dernier souffle ».

Si la fiabilité du procès reste toujours à prouver, les conditions d’emprisonnement de Morsi étaient des plus déplorables. Condamné à l’isolement 23 heures par jour, il était victime de « torture, traitement cruel, inhumain ou dégradant », selon les plaintes d’une commission indépendante du Royaume-Uni. Celui qui se considérait comme le président légitime de l’Égypte souffrait aussi de plusieurs maladies, dont le diabète et une insuffisance hépatique. Des informations qui ne semblaient pas importantes pour les autorités, qui ont été accusées par l’organisation des droits de l’Homme Human Rights Watch d’avoir refusé de fournir les soins nécessaires pour son traitement.

Lundi 17 juin, il fut prit d’un malaise lors d’une séance d’audience au tribunal du Caire et succomba à « un arrêt cardiaque », selon les propos de la télévision d’État. Sa mort fut vaguement médiatisée en Égypte et elle provoqua une vague d’indignation dans le monde. Des partisans de l’ex-président, des chefs d’État et des ONG pointent du doigt la non-assistance des autorités égyptiennes. Son avocat et ses proches dénoncent un “assassinat prémédité” à petit feu.

« Dans le tribunal, il s’était tordu sur le sol pendant vingt minutes. Les autorités n’ont rien fait pour lui venir en aide. Il a été tué et n’est pas mort de causes naturelles. » – Recep Tayyip Erdogan. 

Des prisons obscures à l’image d’une dictature répressive

Si l’ONU et l’ONG Amnesty International requièrent une enquête indépendante concernant la mort de Morsi, ce n’est pas chose nouvelle pour Amnesty qui ne cessait d’exiger une investigation des prisons d’État. L’Égypte est accusée de bafouer le droit international en privant les détenus des visites de leur familles. Cet isolement carcéral est qualifié de « restriction cruelle et punitive ».

Le gouvernement d’Al-Sissi refait surgir les heures les plus sombres d’Égypte, sous le joug de l’ancien tyran Moubarak. En effet, une véritable répression est menée par l’ancien chef de l’armée depuis sa prise de pouvoir, et la mort de Morsi est loin d’être un cas isolé. Des manifestations meurtrières ont succédé au coup d’État de 2013, durant lesquelles les forces de l’ordre ont massacré plus de 1400 personnes. Plus de 15 000 sympathisants ont été emprisonnés, et chaque année qui s’écoule voit leur nombre augmenter drastiquement.

Manifestations meurtrières de 2013

Des procès de masse sévissent depuis cette montée au pouvoir illégitime, condamnant à mort ceux qui manifestent pour la démocratie à la pelée. Aujourd’hui, journalistes et défenseurs des droits de l’Homme sont promis à l’oubli au fond de ces cellules, et ni leur âge, ni leur état de santé, ne leur permettent d’échapper aux passages à tabac et aux humiliations.

Morsi, qualifié de martyr, est mort en symbolisant une lutte menée par chaque opprimé au fin fond des prisons égyptiennes. Ces cachots des temps modernes font échos à cette tyrannie qui peine à étouffer le cri de son peuple meurtri.

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