L’éternel exil du photographe Joseph Koudelka

Crédits photo: Geo Kalev

La silhouette fragile de Josef Koudelka contraste avec son regard doux et clair. À 81 ans, il partage son sourire avec les Bulgares, venus nombreux pour le vernissage de l’exposition Exils, à la galerie municipale des Beaux-Arts de Sofia.

Les 75 photographies de la série Exils quittent la France pour la première fois et traversent l’Europe, depuis le Centre Pompidou de Paris, auquel Josef Koudelka a fait don de la série, jusqu’à la capitale bulgare, parcourant les routes du vieux continent, terrain de jeux du photographe depuis ses vingt ans. Vieux monsieur au regard cerclé de ses éternelles lunettes rondes, son regard pétille, plissé par les années, témoin des contractions d’un demi-siècle d’une Europe bouleversée.

« Etre un exilé oblige de repartir de zéro. C’est une chance qui m’était donnée » J. K.

L’exposition raconte les chemins de l’exil qu’il a dû prendre en 1970, peu après l’invasion de Prague par les chars soviétiques qu’il a couverte avec un reportage photographique. Au péril de sa vie, perché sur les tanks et face aux mitrailleuses, il immortalise la fougue et la révolte du peuple tchèque contre les troupes du Pacte de Varsovie.

TCHÉCOSLOVAQUIE. Prague. Août 1968. Invasion des troupes du Pacte de Varsovie. © Centre Pompidou, MNAM-CCI/RMN-GP © Josef Koudelka/Magnum Photos

Ses photos sont diffusées par les plus grandes agences de presse, offrant un témoignage poignant de la fin du souffle de liberté du Printemps de Prague. Condamné à l’exil, il quitte son pays et entame un long vagabondage qui le mènera de l’Irlande à l’Italie, de l’Espagne à la Pologne.

« C’est en quittant la Tchécoslovaquie que j’ai découvert le monde. Ce que je voulais surtout c’était voyager pour pouvoir photographier. Je ne voulais pas avoir ce que les gens appellent un « chez soi ». Je ne voulais pas avoir à revenir quelque part. J’avais besoin de savoir que rien ne m’attendait nulle part. Je devais être là où j’étais, et si je ne trouvais plus rien à photographier, il était temps de partir ailleurs. » J. K.

« J’ai essayé de photographier le théâtre de la vie » J.K.

Lors de ses voyages, il pose son regard sur ce que les autres ne voient pas, les ombres d’une rambarde d’escalier, le couffin d’un nouveau-né dans la perspective fuitée d’une ruelle, le passage désenchanté d’un ange perché sur une bicyclette… Les clichés sont saisissants, les ombres et les lumières semblent avoir été tracées au pinceau, les cadrages sont stupéfiants, les regards sombres, déterminés ou perdus. Chaque instant, unique, fugace, arrêté par l’œil de Koudelka, révèle la beauté des relations entre les hommes, leur environnement, et leur combat infini pour la dignité dans des événements qui les dépassent. Acteurs de chamboulements historiques, de révolutions, observateurs de conflits et de discriminations, les visages marqués par la vie expriment la perte, l’attente, l’espoir, la colère.

IRELAND. 1971. © Centre Pompidou, MNAM-CCI/RMN-GP © Josef Koudelka/Magnum Photos

L’exposition Exils est particulièrement d’actualité dans un pays en décroissance démographique marqué par la fuite de sa population, en quête d’un meilleur futur en Europe de l’Ouest ; et par la pauvreté de la communauté gitane locale. Photographe des gitans, Koudelka a passé des années avec leur communauté avant de quitter la Tchécoslovaquie.

Véritable surprise de l’exposition, une série d’autoportraits le montre dans ses moments de vagabondages, muni d’un seul morceau de carton, de ses inséparables chaussures et de ses deux appareils photos Leica. Il dort dans la rue, sur le sol, en face de la mer, sans aucune autre possession ni attache qui pourraient briser son horizon de liberté.

Aujourd’hui, vêtu simplement d’une chemise pratique et confortable et de gros godillots, il est prêt à continuer son périple au sein des ruines d’une Bulgarie ancienne. Il travaille maintenant un nouveau format, le panoramique et photographie les paysages formés par les hommes en proposant une méditation sur les transformations de la nature par l’homme et le temps.

 

L’exposition Exils est organisée par l’Institut français de Bulgarie, la Municipalité de Sofia et la Galerie Municipale des Beaux-Arts de Sofia en partenariat avec le Centre Pompidou et avec le soutien de :  Magnum Photosl’Organisation internationale de la Francophoniel’École Supérieure de la Francophonie pour l’Administration et le Management et  Expressbank.

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