L’European Lab Winter : les enjeux européens en débats

La quatrième édition de l’European Lab Winter Forum s’est déroulée ce jeudi 31 janvier à Paris. Cet événement se veut comme un espace réflexif permettant la rencontre entre tous ceux intéressés par les enjeux à venir, politiques, économiques, culturels, environnementaux, etc. Ainsi, le Forum a souhaité mettre en avant les alertes liées à ces enjeux, portées par les différents acteurs sociétaux, et donner la parole à ces derniers.

Au programme, dix conférences, s’étalant de 18 heures à minuit. Divers thèmes ont été abordés, comme la crise migratoire, la culture en Europe ou encore l’urgence environnementale ; avec de nombreux intervenants également, de Cédric Herrou à Najat Vallaud-Belkacem. L’événement s’est tenu au 81 rue du Charolais, à proximité de la Gare de Lyon.

Le Journal International a recueilli les propos d’Anne-Caroline Jambaud, directrice du pôle idées.

Le Journal International : Qu’est-ce qui vous a donné envie d’organiser l’European Lab Winter ?

Anne-Caroline Jambaud : L’European Lab Winter qui s’est tenu le 31 janviers est le 20ème forum et le  4ème à Paris. La matrice du forum est le festival de Lyon pendant « Nuits sonores ». Le premier a eu lieu en 2011, puis on a organisé d’autre forums qui étaient soit parallèlement à Nuits sonores, soit indépendants.

Lorsque l’on organisait le festival electro « Nuits sonores », on réunissait principalement des jeunes qui venaient d’un festival à un autre. On s’est alors rendu compte qu’il y avait beaucoup de discussions à propos de mutations qui impactent les événements culturels. On a éprouvé le sentiment que ces débats étaient peu présents dans l’espace public. C’est dans cette optique que nous avons voulu mettre en place le forum. Nous voulions créer une sorte de «porte voix» pour ces personnes qui sont par nature « européennes » mais ne votent pas forcément aux élections. Nous voulions ainsi inscrire ces questions au cœur du festival.»

 JIQu’attendiez-vous de cet événement et comment s’est-t-il organisé ?

A-CJ : Premièrement, l’European Lab Winter a la particularité d’être mobile dans Paris. Il s’est tenu cette année dans un espace convivial, s’inscrit dans le cadre de la « Nuit des idées »  qui a lieu partout dans le monde. Nous avons proposé des débats qui font écho à la thématique générale de la « Nuit des idées ». Le thème de 2019 était « Face au présent ». Nous avons donné la parole aux lanceurs d’alerte, aux “vigies” pour prévenir de ce qui arrive ou de ce qui est déjà en train d’arriver. On est enfermé dans des bulles relationnelles, on ressent un déni notamment sur les problèmes environnementaux. Par exemple, sur la question de l’enquête à échelle européennes, nous avons reçu des journalistes qui ont expliqué comment ils travaillent sur des enquêtes qui dépassent le cadre national, comme par exemple la corruption. Nous avons également reçu Fabrice Arfi de Mediapart, journal réputé pour lancer des alertes mais aussi Edouard Perrin, président de la plateforme qui a créé Forbidden stories. Cette dernière est une association proposant de reprendre les enquêtes de journalistes qui sont censurés, traqués, menacés etc. Il y avait également une séquence sur les lanceurs d’alerte, notamment avec Caroline Gillet, qui produit l’émission Foule continentale sur France Inter, dédiée à la jeunesse en Europe et qui rencontre des jeunes qui développent des initiatives. Nous avons accueilli, d’autre part, Elliot Lepers qui a fondé Le mouvement qui donne des astuces et conseils pour être plus éco responsables. Cédric Herrou, qui a accueilli des migrants autour de son exploitation agricole, était également présent pour présenter son association Défends ta citoyenneté. Il a expliqué que pour faire avancer la cause il faut agir sur le terrain de du droit. D’autres intervenants étaient présents afin de mettre en avant les dynamiques issues de la société civile et qui permettent de faire changer les choses et le monde.»

JI : À qui s’est adressé cet événement ?

A-CJ : C’est un événement gratuit, qui invite tout le monde. On a surtout communiqué en faveur des étudiants, dans les réseaux d’activistes à l’image de la « Nuit des idées ». L’événement s’est déroulé en soirée, ce qui a permis à plus de gens de participer et a été d’autre part plus désinhibé. Initialement, les forums étaient plutôt destinés aux professionnels de la culture mais ils ce sont élargis à un plus large public. On a aussi eu un débat sur la bataille de l’indépendance culturelle de l’Europe : actuellement on assiste à un phénomène de concentration dans le domaine culturel. Certains groupes rachètent des festivals, des lieux, des salles de concert qui leur permettent de gagner des marges. Cela met à mal la diversité culturelle en Europe : bulldozer dans le champ culturel qui détruit les  acteurs culturels. Nous avons eu la présence d’un activiste hongrois et une activiste autrichienne pour nous présenter les enjeux. En Hongrie par exemple, il y a une stratégie de rachat par l’État des structures culturelles : culturelles nationales voire nationalistes. La culture fait donc face aujourd’hui à une pression économique et politique. On a invité différents acteurs qui peuvent en témoigner et on espère s’adresser à un maximum de personnes, pour que chacun puissent en prendre conscience. L’événement s’adressait à tous ceux intéressés par la mise en lumière un certain nombre d’acteur pouvant nous éclairer sur un avenir, un avenir plus qu’incertain : sur ce qu’il se passe et et ce qu’il est possible de faire.

Propos recueillis par Suzie Bernard-Meneguz

Photo de bannière. Crédit : Håkan Dahlström


Les infos supplémentaires sont disponibles sur le site officiel de l’événement : https://winterforum.europeanlab.com/informations-pratiques/

Vous aimerez aussi