Journée de mémoire et d'engagement en souvenir des victimes innocentes des mafias, 21 mars 2018 à Foggia en Italie Crédits : organisation Libera

Libera, une organisation italienne à la base des luttes anti mafias dans le monde

Le 4 décembre dernier, à Palerme une opération de police a eu lieu, coordonnée par la Direction du département anti mafia. Settimio Mineo, successeur de Toto Riina à la tête de Cosa Nostra, ainsi que 46 personnes accusées ont été arrêtées. Le motif de leur arrestation? Adhésion à des associations de types mafieuses, exactions tentées ou commises, ports d’arme illégaux, etc. Réprimer les organisations mafieuses existantes est-il le seul moyen pour lutter contre la criminalité?

 « Libera, associations, noms et chiffres contre les mafias » est une Organisation Non Gouvernementale (ONG) créée en 1995. Selon Giulia Poscetti, membre de Libera International, c’est en « Italie [que se trouve] le point de départ [de l’organisation], parce que c’est ici qu’est née Libera dans un moment historique particulier de violence mafieuse meurtrière. De là nous est venue l’intuition de former un grand mouvement social avec les forces, les associations, les collectifs, déjà présents sur le territoire, au sud comme au nord du pays. » Ses principaux objectifs sont de lutter contre les mafias, la corruption et les crimes organisés. L’organisation cherche donc à promouvoir une meilleure justice sociale et une légalité démocratique fondée sur l’égalité pour tous. En effet, « son but est d’offrir des alternatives pour s’opposer aux mafias, notamment par l’éducation ou en faisant avancer le droit », explique Carmelo Pollichino, collaborateur de l’association Libera. 

Un autre objectif de l’organisation est celui de maintenir vive la mémoire des victimes innocentes de la mafia. Depuis 1996, le 21 mars est devenue la journée nationale de mémoire et d’engagement en souvenir des victimes innocentes des mafias, victimes du droit, d’actes terroristes ou de tueries. Chaque année, leurs noms sont énumérés afin ne pas oublier ces disparus des lutte anti-mafias et redonner force à la dignité de la vie humaine.

Journée de mémoire et d'engagement en souvenir des victimes innocentes des mafias, 21 mars 2018 à Foggia en Italie Crédits : organisation Libera

Journée de mémoire et d’engagement en souvenir des victimes innocentes des mafias, 21 mars 2018 à Foggia en Italie Crédits : organisation Libera

Trouver un sens nouveau aux terres confisquées à la mafia

En 1996, grâce une pétition ayant rassemblée plus d’un million de signatures, l’organisation Libera obtient l’approbation de la loi n.109/96. L’utilisation publique et sociale des terres confisquées à la mafia par l’État devient possible. « Avant, le patrimoine de la personne incriminée était seulement confisqué. Cette richesse permet maintenant la création d’autres richesses sur le territoire », ajoute Pollichino. La réutilisation de ces terres est une lutte efficace contre les organisations criminelles, qui ne créent que corruption et pauvreté. À la confiscation des biens s’ajoutent en effet les offres d’emploi, par exemple, pour cultiver les terres. Mais cette loi est aujourd’hui menacée par « une volonté publique qui imposerait la vente des terres comme solution première », déclare Giulia Poscetti. La lutte ne fait que continuer.

Le goût du juste

Libera Terra, les terres libres de la mafia, est un groupe constitué de neuf coopératives, qui se sont établies après la modification de la loi n.109/96. Ces coopératives gèrent des terres confisquées à la mafia en Sicile, en Calabre, en Campanie et dans les Pouilles. Elles offrent ainsi des emplois dans le domaine de l’agriculture biologique. La boutique Libera Terra de Palerme, par exemple, vend les produits transformés. Ce lieu permet la sensibilisation du public à une consommation de produits fabriqués de façons viables économiquement, socialement et environnementalement. Les marques il giusto, pour notamment les pâtes, les légumes secs, les confitures, le miel, les conserves et bien d’autres produits, et centopassi, pour les vins, réunissent les produits de Libera Terra.

Les produits giusto dans la boutique de Libera Terra

Les produits giusto dans la boutique de Libera Terra à Palerme   Crédits : Elsa Pécot

Les mafias ne s’arrêtent pas aux frontières

Libera supporte maintenant un réseau de plus de 1 500 associations et de coopératives nationales, réparties en coordinations régionales. Toutes ont pour objectif la défense de la culture de la légalité démocratique. Mais les phénomènes mafieux ne sont pas à l’œuvre sur le seul territoire italien. Libera international rassemble ainsi 80 organisations internationales adhérentes, provenant de 35 pays d’Europe, d’Afrique et d’Amérique Latine. « L’idée, déclare Giulia Poscetti, est de créer un réseau  basé sur des principes et des objectifs communs. [Chaque organisation agit dans] des contextes variés : éducation à la légalité, justice sociale, accompagnement des victimes et devoir de mémoire, lutte face à la corruption, confiscation de biens, prévention sociale. La force vient de la valeur ajoutée de chacune, [impliquée dans des] contextes sociaux et politiques diverses. »

Des organisations qui agissent en parallèle des États

Le réseau de Libera International fonctionne de manière « totalement horizontale, pour promouvoir les échanges de réalités locales », ajoute Giulia Poscetti. S’adapter au contexte de chaque pays devient donc un enjeu majeur afin de prévenir des risques de ces organisations criminelles. « Il est important d’insister sur le fait qu’il n’existe pas une seule forme de mafia », nous rappelle Carmelo Pollichino. De plus, aujourd’hui, les phénomènes mafieux deviennent de plus en plus insidieux. « Ils passent de la seule échelle locale à l’échelle mondiale, notamment par des activités financières. Dans un deuxième temps, ils ont un impact sur le territoire local ». ­À Giulia Poscetti de conclure que l’atout de ces « organisations qui font partie du réseau international » est de ne pas « opèr[er] pas de la même façon que l’État. [Puisqu’elles] font partie de la société civile et ont un autre rôle, elles collaborent avec les institutions dites “propres“, dénoncent les collusions et les complicités criminelles au niveau institutionnel, là où sont plus présentes la corruption ainsi que l’impunité. »

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