L’Irlande face à l’invasion du plastique

A l’heure où les micro-plastiques envahissent les océans du monde entier en formant des vortex de déchets, de trop nombreux pays peinent à suffisamment diminuer leur consommation de plastique. Parmi les États membres de l’Union Européenne, c’est l’Irlande qui se trouve en haut du classement des plus gros pollueurs par le plastique. En dépit de leurs efforts entrepris depuis une vingtaine d’années, l’impact écologique des Irlandais reste encore particulièrement critique de nos jours.

Si l’Irlande faisait au départ figure de bonne élève dans la lutte contre les plastiques à usage unique, elle en est aujourd’hui l’une des plus importantes consommatrices. Lumière en néons, larges allées nettes, forêt d’étagères achalandées de produits en plastique : tous les supermarchés se ressemblent. Mais, sur l’île de Wilde et Beckett, la quantité de plastique présente sur les étalages des magasins nous interpelle plus qu’ailleurs. Pain, fruits, légumes, tout est soigneusement emballé de plastique et divisé en petites portions. Les courgettes, par exemple, sont disposées deux par deux dans de petites barquettes en plastique dur, le tout enveloppé de film plastique. Une aberration écologique, en somme.

Des mesures toujours insuffisantes

Pourtant, l’Irlande fait partie des pionniers dans la lutte contre les plastiques à usage unique. En effet, dès 2002, le pays est le premier à imposer une taxe sur les sacs en plastique. Cette taxe de 15 centimes, élevée à 22 centimes en 2007, a permis de réduire leur consommation de 95% en à peine un an. Une consommation qui s’avérait si inquiétante que les Irlandais avaient rebaptisé les sacs en plastique accrochés aux arbres et aux buissons : « witches knickers » (en français, les futals de sorcière). Un surnom peut-être amusant de la part des inventeurs d’Halloween, mais relativement préoccupant pour l’environnement. À titre de comparaison, il a fallu attendre 2017 pour que la Commission européenne suive l’exemple irlandais en adoptant une recommandation qui encourage les autres États membres de l’Union à aussi baisser leur consommation.

D’après un rapport du Parlement européen de décembre 2018, les emballages représentent aujourd’hui 40% de la production de plastique au sein de l’Union Européenne ; devant la consommation domestique, la construction et les transports. Seulement 30% de la production générale fait ensuite l’objet d’un recyclage. En Irlande, on retrouve les mentions « Pas encore recyclé » et « Veuillez nous excuser, cet emballage n’est actuellement pas recyclable » sur un très grand nombre d’emballages en plastique. Selon le quotidien The Irish Times, l’Irlande constitue le premier producteur de déchets plastiques en Europe : une moyenne de soixante kilos annuels par personne. Dans ce journal social-démocrate, la rubrique « Wasteful Ireland » (en français, l’Irlande gaspilleuse) témoigne du grand retard que détient désormais ce pays en matière de protection de l’environnement.

Grande distribution contre citoyens

Les arguments des supermarchés ainsi que des usines de production fleurissent un peu partout sur leurs sites Internet et l’envers des emballages. Selon eux, le plastique serait un élément indispensable à la bonne conservation des produits et, par conséquent, à la santé des consommateurs. Compréhensible pour les produits sous vide, ce raisonnement paraît plus douteux en ce qui concerne les produits aux emballages poinçonnés ou les produits déjà naturellement protégés par leur enveloppe (comme certains fruits et légumes). Perplexes quant à l’absolue nécessité de tout ce plastique, nous avons sollicité plusieurs supermarchés irlandais dans le cadre d’un entretien. Aucun n’a donné suite à nos demandes d’interviews.

Cependant, cette rhétorique marchande ne semble plus complètement fonctionner sur la population irlandaise et son gouvernement. Demain, le 28 novembre, à Dublin, se tiendra l’édition 2019 du sommet dédié à la pollution par le plastique : The Irish Waste Management Conference. Le Ministre de l’Environnement, Richard Burton, qui sera l’un des principaux intervenants de cette conférence, affirme actuellement travailler sur un plan de prohibition des emballages plastiques à usage unique, prévu pour entrer en vigueur en 2021. En attendant la réforme, des initiatives visant à combattre cette forme de pollution émergent en Irlande, aussi bien du côté des citoyens que des pouvoirs publics (The Clean Oceans Initiative).

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