Bounny. Crédit Émilie Porée.

« Look At Her » : la fascinante

Dans le cadre du projet « Look At Her », Émilie Porée parcourt l’Asie du Sud-est à la rencontre de femmes de tout horizon afin de dresser leur portrait. Elle s’est entretenue avec Bounnong, surnommée « Bounny ». Une jeune femme provenant d’une classe sociale très défavorisée de la société laotienne.

Vientiane, capitale du Laos, est une grande ville de plus de 800 000 habitants, bruyante et animée. Elle contraste avec les paysages montagneux et les villages du reste du pays.

Bounny a 25 ans et y habite depuis près de 10 ans. Elle est issue d’une famille modeste de fermiers vivant dans un petit village, Nagna, à 25 kilomètres de la capitale. « Ma famille était tellement pauvre, tellement pauvre ! », répète-t-elle. « Nous avions de très grosses journées de travail dans les rizières, où mes deux frères et moi aidions nos parents à tourner la terre, planter le riz et le récolter ». Elle continue : « dans mon village, je voyais quelques touristes blancs passer sur leur vélo. J’ai tout de suite eu envie d’apprendre l’anglais afin de communiquer avec eux. Je voulais partir de la maison pour une grande ville et faire des études pour ne pas être fermière toute ma vie ».

Ses parents ne voyaient pas les choses comme elle. La tradition veut qu’une femme laotienne se marie à l’âge de 18 ans. Le mari apporte une dot à la famille de sa femme et vient habiter dans leur foyer.

Vivre avec 2,15€ par jour

Bien décidée à avoir un destin différent, Bounny a quitté discrètement le domicile familial à 14 ans pour s’installer à Vientiane. Elle y a cherché un travail pour financer ses études. Elle a cumulé deux emplois à la fois : cuisinière dans un restaurant et vendeuse de vêtements sur le marché de nuit. Au bout de quelques mois, Bounny avait récolté assez d’argent pour s’inscrire à l’université. Mais sa mère est tombée malade au même moment. Elle a alors financé ses soins avec ses économies.

La jeune femme continue de travailler à la capitale où elle enchaîne « des journées plus intenses les unes que les autres ». Elle gagne 20 000 kips [2,15€, ndlr] par jour. Bounny a finalement réussi « à récolter assez d’argent pour commencer [sa] formation de commerce en anglais ». Après quatre ans d’études, elle obtient le poste de manager au sein du restaurant où elle travaille. Elle parle anglais, exerce un métier qui lui plait et est en contact avec les touristes des quatre coins du monde. Bounny se réjouit d’avoir réalisés ses « objectifs personnels et professionnels ». Elle a même assez d’argent pour en envoyer à sa famille.

Mais en 2015, elle a un accident au travail. Elle se brûle avec de l’huile en cuisinant au restaurant. Son corps est brûlé à 45 %, au quatrième degré. Sur les photos de son lit d’hôpital, elle n’a plus de cheveux ni de sourcils. Un sourire blanc, éclatant continue étonnamment de se dégager de son visage noir de brûlures. « J’ai trouvé une force intérieure puissante qui m’a maintenue en vie. Je me suis battue, je savais que j’allais m’en sortir malgré les douleurs horribles », témoigne-t-elle. D’abord hospitalisée au Laos, elle est conduite en Thaïlande où les soins sont de meilleure qualité.

« Rendre mes proches heureux à leur tour »

Elle reste trois mois à l’hôpital. Ses amis, sa famille et toutes ses connaissances du restaurant se cotisent pour payer les soins. Le coût total s’est élevé à 450 000 bahts [11 800 €, ndlr]. Sans aucun système de sécurité sociale, ni assurance privée, Bounny n’avait pas d’autre choix que de compter sur la solidarité de ses proches pour survivre. « J’ai beaucoup de chance d’avoir pu compter sur mes proches, dit-elle, et notamment sur la solidarité de tous les clients du restaurant qui me connaissent bien ».

Après six mois de convalescence, passés chez elle avec sa famille, Bounny décide de reprendre le travail. Elle récupère son poste de manager au sein du restaurant. Quelques mois plus tard, elle obtient le poste d’assistante de chirurgien dans la clinique privée de Vientiane. Bounny est en contact avec les patients, pratique son anglais et bénéficie de meilleures conditions de travail. Son salaire  lui permet d’aider sa famille à construire une nouvelle maison – en béton, car la précédente était faite de bambou – et à avoir progressivement des meilleures conditions de vie. « Je suis heureuse et ça me permets de rendre mes proches heureux à leur tour ! », s’exclame-t-elle. « Je pense que l’on apprend de nos erreurs. Elles nous aident à nous améliorer chaque jour qui suit ».

Photo de bannière : Bounny. Crédit Émilie Porée.

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