L’opium et ses guerres

L’opium est une drogue prise sous plusieurs formes et qui fait de nombreux ravages sur le corps humain. Dans certains pays comme le Mexique ou l’Afghanistan, elle permet à une population pauvre qui la cultive de survivre. Cependant, la dépendance économique et la corruption de ces Etats ne permettent pas de lutter efficacement contre cette drogue.

Qu’est-ce que l’opium ?

L’opium est un latex issu du pavot somnifère. La technique de récolte se fait par de petites incisions sur le bulbe de la fleur de pavot qui provoquent des écoulements. C’est la gomme d’opium issue de ces écoulements qui est récupérée. Le blanc laiteux de la gomme devient ensuite une résine brune. L’opium est connu pour être une des drogues consommées par des auteurs célèbres comme Charles Baudelaire.

Un bulbe de pavot

L’opium contient une grande concentration d’alcaloïdes. Cela provoque un état d’euphorie, de somnolence mais aussi un état hypnotique et onirique. A fortes doses, cet opiacé peut provoquer des hallucinations. Ce stupéfiant est donc un narcotique car il occasionne un état de somnolence, mais aussi un psychotrope car il agit sur le système nerveux.

L’opium est, grâce à des dérivés, utilisé comme substance médicinale dans certains antalgiques. Mais la sève de pavot est aussi à l’origine de la synthèse d’autres drogues comme la morphine, l’héroïne ou la codéine.

Les origines de l’opium

L’opium serait originaire de Mésopotamie. Cette drogue serait connue depuis l’Antiquité et plus précisément depuis l’époque sumérienne (-3000 av. JC). Ce sont les médecines arabes et perses qui ont commencé à l’utiliser contre la douleur au Moyen-Age. Il a été introduit ultérieurement au sein du continent asiatique, et plus précisément en Asie du Sud-Est.

La fleur de pavot  a un impact important sur le monde depuis de nombreux siècles. Des guerres ont été menées pour elle, notamment au milieu du XIXe siècle entre la Chine et l’Empire Britannique.

Ses modes de consommation

L’opium peut être consommé de diverses façons. Il est pris par voie orale, dissout dans de l’alcool mais surtout fumé à la pipe ou dans des joints. Ses effets arrivent rapidement après sa consommation. En général ils sont ressentis entre 3 à 6 heures, selon le mode de consommation. Une overdose peut avoir lieu dès la première consommation.

L’impact de l’opium sur la santé

La consommation de la fleur de pavot provoque de nombreux dommages pour la santé.

Une forte dépendance à cet opiacé est tout d’abord engendrée. Dans les heures suivants l’arrêt de la consommation, le drogué commence à avoir les yeux larmoyants, des nausées, des écoulements nasaux, des crampes, des diarrhées, des douleurs, des sueurs, des frissons, un sentiment de malaise et d’angoisse avec des insomnies importantes.

Des infections, des problèmes intestinaux, une maigreur, des troubles du cycle menstruel et de la libido peuvent également apparaître.

Les femmes consommant cette drogue lors de leur grossesse exposent leur enfant à une dépendance et un sevrage est nécessaire. Il peut aussi provoquer des fausses couches et des accouchements prématurés.

L’impact socio-professionnel de sa consommation n’est pas non plus à négliger.

Le sevrage

Le sevrage dure en général une semaine et est très intense et douloureux. Il ne constitue cependant pas un risque mortel.

Face à cette dépendance, un traitement prescrit par ordonnance a été créé en 1994 pour aider au sevrage : la buprénorphine (Subutex®). Il permet d’éviter une rechute et le manque engendré par le sevrage.

Un bulbe et une fleur de pavot

En cas de problèmes liés aux drogues comme l’opium, des centres de désintoxications peuvent vous aider. N’hésitez pas non plus à appeler les différents services téléphoniques de vos pays pour demander de l’aide comme SOS addictions en France (06 01 43 31 94).

Les narco-économies de l’opium et ses guerres au XXIe siècle

De nos jours l’opium ravage de nombreux pays comme le Mexique, l’Iran, l’Afghanistan, la Birmanie et le Laos. Dans certains pays comme le Mexique, des personnes sont tuées, torturées ou enlevées pour cette fleur.

Le triangle d’or : plaque tournante de l’opium

La situation géographique montre que la plaque tournante du trafic de drogue se situe au sein du “triangle d’or” c’est-à-dire en Asie Centrale et du Sud-Est. Situé à la frontière de la Birmanie, du Laos et de la Thaïlande, il est le deuxième lieu de production de pavot du monde.

Dans certains villages de Birmanie, 90% de la population cultive le pavot mais le consomme également. En 2009, l’Etat Birman a demandé à la milice de s’occuper des rebelles. En échange, elle a pu développer d’importants business et notamment la culture de pavot. Les rebelles tentent de lutter contre l’explosion de cette drogue et sa circulation.

Mexique : des cartels et une fleur

 

Le Mexique était le troisième producteur de pavot au monde en 2018. Dans ce pays, de nombreux villages produisent illégalement de l’opium. La fleur de pavot y est arrivée dans les années 1980. C’est dans les montagnes de Guerrero que la production de cet opiacé est la plus importante. 98% des villages de ces reliefs en produisent depuis que la culture de marijuana ne rapporte plus assez d’argent.

Les enfants commencent à cultiver le pavot dès qu’ils sont en âge de travailler, c’est-à-dire vers leurs dix ans. Les paysans récoltent cette drogue et la vendent aux cartels pour pouvoir vivre. Ils rapportent qu’ils sont obligés de cultiver le pavot par manque d’argent. Les cultures de maïs ou autres ne rapportent pas assez pour pouvoir nourrir leur famille correctement.

Un paysan récoltant la sève du pavot : l’opium

Ce sont les cartels qui contrôlent les ventes et le transport de cette drogue. Ils s’entre-tuent pour avoir un monopole sur cette fleur. Les paysans sont souvent victimes des cartels à qui ils ne vendent pas leur récolte de pavot.

Pour obtenir environ 1 gramme d’opium, il faut récolter une dizaine de bulbes. Les paysans gagnent entre 800 et 1000 euros par an grâce à la culture de pavot.

Au Mexique, un kilogramme d’opium rapporte environ 1500 euros. Lorsque celle-ci est transformée en héroïne et acheminée jusqu’aux Etats-Unis, le prix explose. Dans ce pays, l’exportation de pavot rapporterait autant que l’exportation de pétrole.

Les paysans doivent aussi faire face à l’armée mexicaine et son gouvernement qui a décidé de lutter contre le trafic de cette drogue. Pour cela, l’armée mexicaine fait de nombreuses descentes, grâce au repérage satellite, pour détruire les champs de pavot.

L’Afghanistan et sa fleur empoisonnée

 

L’opium est appelé le “poison afghan”. Des millions d’Afghans vivent de la fleur de pavot. D’anciens Talibans trouvent dans cet opiacé une reconversion.  Les talibans, à l’époque où ils étaient encore au pouvoir, cultivaient déjà ces champs de fleurs pour vendre l’opium à l’Europe, particulièrement à la Grande-Bretagne mais aussi aux Etats-Unis. L’opium touche toute la population, ses différentes classes sociales et ses différentes générations.

Paysans afghans récoltant de l’opium dans un champs de pavots

La corruption de la police afghane est importante. En échange d’argent, les policiers laissent les cultivateurs mener à bien leurs récoltes. Cet or noir correspond à presque la moitié des richesses du pays. Les paysans afghans comme les mexicains ne peuvent pas vivre sans l’argent gagné grâce à ces cultures.

Kaboul est aussi touchée par cette drogue. Entre 200 000 et 300 000 habitants de la capitale se drogueraient en consommant de l’opium.

Les femmes ne sont pas non plus épargnées par la drogue. Pendant la guerre, de nombreux conseils étaient donnés, notamment celui de consommer de l’opium pour améliorer le sommeil. Les enfants sont aussi impactés. Ils subissent un sevrage en raison de la consommation d’opium de leur mère durant la grossesse et l’allaitement. Leurs parents leur donnent aussi de l’opium pour les faire dormir et les calmer.

A Kaboul, le marché de la drogue en 2012 se tenait derrière la grande mosquée. Ce sont entre 3 à 4 personnes qui se rendent tous les 3 mois environ dans la capitale afghane pour faire passer l’opium. Elles emmènent entre 10 et 30 kg. Puis des intermédiaires achètent quelques kilos pour les revendre en plus petites quantités aux petits “dealers”. Ces derniers vendent à leur tour l’opium à la population et aux drogués. En Afghanistan, l’opium est plus de 1000 fois moins cher que dans les pays européens. Les trafiquants afghans acheminent la drogue en dehors des frontières en passant par les déserts et la cachent dans le sable.

L’échec de la lutte internationale contre le trafic illégal de l’opium

Les programmes internationaux pour lutter contre la culture de l’opium sont largement inefficaces en raison de leur inadaptation. Les populations de ces pays vivent de la fleur de pavot. La culture de la fleur est moins éprouvante que d’autres comme le maïs, et rapporte plus d’argent. L’interdiction internationale de cultiver ces fleurs a mené à une répression étatique ainsi qu’à une corruption. Malgré les investissements de la communauté internationale pour la lutte contre l’opium, les différents pays cultivateurs vivent encore grâce à cette narcoéconomie.

De plus, la méthadone, utilisée pour faciliter le sevrage, reste aussi difficile d’accès voire inexistante dans certaines régions.

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