Arturo Du Monceau et Sénateur Manuel José Ossandón. Crédits : Samuel Valenzuela

Lutte contre le gaspillage alimentaire au Chili

Selon l’étude menée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture en 2011, plus de 1,3 milliard de tonnes de denrées alimentaires sont jetées chaque année. Ce gaspillage d’environ un tiers de la production totale d’aliments est d’autant plus choquant que 13 % de la population souffre de sous-alimentation.

Dans ce contexte de gaspillage spectaculaire, plusieurs pays ont réagi en introduisant une réglementation concernant des déchets alimentaires. En France, le 3 février dernier, le Sénat a adopté à l’unanimité une loi contre le gaspillage de nourriture. Aux États-Unis, une incitation au don alimentaire a été mise en place avec la récupération de la TVA sur les aliments. Cependant, en Amérique latine, aucune mesure au niveau national n’interdit le gâchis alimentaire.

Conscients de ce problème majeur du XXIème siècle, les sénateurs chiliens Manuel José Ossandón et Guido Guirardi, ont rédigé un projet de loi en juillet 2015. D’ici quelques jours va débuter l’étape d’étude et de discussion au sein de la Commission de Santé du Sénat.

CHANGEMENTS ATTENDUS

À l’image de la règlementation française, cette loi interdirait la destruction d’aliments, obligeant les magasins à donner les produits dont la date d’échéance est proche ou qui présentent des défauts d’emballage. Ensuite, soit des banques alimentaires les récolteront, soit ils seront utilisés pour l’alimentation animale ou encore pour le compostage agricole. Voulant aller encore plus loin, les deux sénateurs voudraient contraindre les restaurants à proposer automatiquement le « doggy bag » à leurs clients. « Cette loi est doublement bénéfique pour le Chili. D’une part, elle permettra aux personnes dans le besoin de mieux manger, dans un pays où 1 personne sur 7 ne mange pas à sa faim ou pas convenablement. D’autre part, les bienfaits écologiques sont extraordinaires. Des milliers de tonnes d’ordures en moins, moins de gaspillage de production d’aliments et donc moins de pollution d’usage des sols, moins de gâchis en eau et énergie », explique Manuel José Ossandón.

Crédits : Marta Nascimento

Crédits : Marta Nascimento

En ce qui concerne la concrétisation de la loi, Arturo du Monceau, ancien collaborateur de M. Ossandón et instigateur de ce projet de loi, rappelle que les PME auront « un délai de temps raisonnable pour structurer leur chaîne de production aux nouvelles modifications juridiques ».

RÔLE ASSOCIATIF

Même si un quart des Chiliens considère le gaspillage alimentaire comme une pratique de vie, de nombreuses associations locales opèrent déjà contre cette logique.

Le Sénateur Manuel José Ossandón, un des deux instigateurs du premier projet de loi en Amérique latine interdisant le gaspillage alimentaire. Crédits : Juan Carlos Caceres

Le Sénateur Manuel José Ossandón, un des deux instigateurs du premier projet de loi en Amérique latine interdisant le gaspillage alimentaire. Crédits : Juan Carlos Caceres

Actuellement, la principale banque alimentaire du pays est Red de alimentos. Elle a comme objectif de réunir des aliments pour plus de 130 associations solidaires et de charité, qui aident quelques 60 800 personnes dans le besoin. Le projet de loi lui permettrait de se renforcer et de couvrir tout le territoire chilien. « D’autres organisations existent, comme par exemple Disco Sopa Chile, une association qui récupère des légumes et des fruits des marchés pour ensuite les faire préparer par des cuisiniers et les distribuer gratuitement. Cette activité est également réalisée par l’association Olla Rabbani, qui donne ses repas à des sans-abris. L’existence de toutes ces associations montre qu’il y a un intérêt dans ces sujets », explique Arturo du Monceau.

Le côté solidaire est primordial, comme l’explique le sénateur : « notre loi permettra aussi de soutenir des associations de charité qui pourront bénéficier d’épargnes importantes en alimentation ». Affaire à suivre donc, mais Manuel José Ossandón paraît confiant en concluant : « compte tenu de l’intérêt que ce projet a suscité auprès de la population et des parlementaires, on espère voir ce projet converti en loi très bientôt ».

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