Crédit Martha de Jong-Lantink.

Madagascar, Bénin : l’humanitaire est salutaire

Partir en mission humanitaire en tant que volontaire dans les pays pauvres d’Afrique s’avère bénéfique pour les populations locales. Mais derrière les aspects positifs comme le partage culturel, l’aide à autrui ou le dépaysement et la découverte, se cachent aussi des complications. Difficulté d’intégration, choc culturel, retour difficile au pays… La mission humanitaire en Afrique demande une force d’esprit insoupçonnée. Analyse autour d’une interview croisée.

L’humanité et l’humanitaire. En apparence ces deux termes se ressemblent, mais en réalité ils dissimulent des dissimilitudes importantes. L’humanité consiste à faire preuve de compassion, tandis que l’humanitaire part du principe d’apporter son aide et son appui à quelqu’un ou à une situation. Ainsi parfois, lors de missions humanitaires, on est confronté face à sa propre humanité. Les volontaires se montrent courageux et transmettent beaucoup de leur humanité. C’est en retour que cela se complique. Occasionnellement en Afrique, les locaux ne s’aperçoivent pas du travail fourni par les volontaires, ou pire ils le remarquent mais ne les remercient pas réellement ou continuent à les considérer comme des étrangers. « L’adaptation culturelle est difficile, j’ai eu des gros chocs culturels que je n’ai pas compris. Des personnes m’en voulaient sans m’expliquer pourquoi. Quand on me dit que je viens seulement pour mes propres intérêts, ça marque », indique Marie Billerach, qui a travaillé sur l’amélioration des processus de fabrication du soja au Bénin pendant six mois dans les régions des collines à Dassa.

Partir pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois à l’étranger au sein d’un pays en difficulté économique, le tout la plupart du temps en tant que bénévole, s’intègre à bien des égards comme un choix fort et difficile à prendre. Ce choix se porte majoritairement sur l’envie d’apporter son soutien à des populations dans le besoin qui mènent des vies difficiles dans des conditions instables et délicates. On parle souvent de l’apport de ces aides auprès des populations locales et démontre aussi la bienveillance humaine des volontaires, mais qu’en est-il de leur conditions de vie sur ces sols lointains ?

Madagascar, la gastronomie en guise d’intégration

« On a été accueillis comme des princes », nous divulgue Ben Trezieres, qui est parti en mission humanitaire à Madagascar pendant un mois. Un élément plutôt rassurant, lorsque l’on sait que dans ce pays pauvre où l’insécurité tend à régner peu à peu, les étrangers ont déjà été victimes des violences des locaux.

Il ne faut pas tomber dans la généralité, mais, dans ce contexte, comment un volontaire peut-il s’intégrer ? « Le plus facile pour s’intégrer, c’est de consommer les plats locaux. Ils sont contents de voir qu’on goûte leur cuisine. Même si ça ne nous plaît pas on a essayé et à partir de ce moment-là, on est un peu considéré comme étant de la famille. C’est ce qui facilite le plus l’intégration locale je trouve », raconte-t-il. Cela dépend aussi en grande partie de la durée de la mission. Plus la mission est courte, plus le risque de rencontrer des difficultés est moindre. « Je pense qu’il faut partir en ayant en tête que l’on ne pourra jamais réellement s’intégrer. Il y a plein de choses que l’on ne peut pas comprendre, les normes sociales sont complètement différentes. Au niveau du travail, il faut écouter les locaux et mélanger les idées. Les quatre premiers mois se sont bien passés, c’est à partir des deux derniers que les difficultés sont apparues », explique Marie. Car lors d’une mission humanitaire, on est aussi quelque peu tributaire de l’accueil des locaux.

S’imprégner de la culture locale

En général, l’accueil se déroule bien, ce qui permet un point de départ rassurant et important pour s’adapter par la suite. « J’ai été très bien accueilli. Au travail, cela se passait bien aussi, j’étais dans l’optique de travailler avec des gens et pas de penser que mes idées étaient les meilleures », évoque-t-elle. Par ce biais, les volontaires rentrent de plain-pied dans leur mission et découvre la culture locale. C’est à partir de celle-ci que l’intégration se passe. « S’intégrer a été facile, via le biais de l’association avec laquelle nous étions partenaires, à peine arrivé on était déjà dans le village et on avait rencontré plusieurs personnes », développe Ben, avant d’ajouter. « Les contacts avec les locaux, qui ne parlent pas nécessairement le français, se sont très bien passés. Ils étaient heureux de nous voir. Il y avait quand même un échange même si on n’arrivait pas à se comprendre par les mots. À aucun moment je n’ai senti une quelconque gêne ». Il s’agit de s’imprégner de la culture locale et notamment par le dialogue afin de faciliter l’intégration.

Des aides sur le long terme

De plus en plus, se développe en Afrique la mise en place de missions humanitaires fondées sur le long terme. L’objectif étant de permettre à la population de bénéficier sur la durée, de l’aide construite par les volontaires sur place de manière éphémère. L’aide apportée s’en voit ainsi grandement utile. « Notre idée c’était d’apporter quelque chose aux gens. On a obtenu leur accord, on n’a rien créé sans leur demander, afin d’être sûr d’arriver à Madagascar et de créer quelque chose qui leur serve et qui leur sera utile sur le long terme », relate Ben Trezieres. Au final, les constructions réalisées contribuent au développement, à petite échelle certes mais notable, du niveau de vie des locaux.

« On a réussi à développer des bons produits pour le soja. L’entreprise veut d’ailleurs continuer ce projet afin qu’il soit pérenne », révèle Marie Billerach. À Madagascar, l’émotion était même du voyage. « On creusait des tranchées pour mettre des tuyaux sous terre. C’était un chantier pour créer un acheminement d’eau. Une fois qu’on a réussi à faire arriver de l’eau potable dans le village et qu’on a ouvert le premier robinet avec de l’eau qui coulait aux pieds de chez eux, c’était assez intense de voir une mamy malgache qui n’avait jamais connu l’eau potable et qui pleurait dans nos bras, alors qu’on a l’impression de ne pas avoir fait grand-chose ». Les meilleurs moments demeurent ceux d’échange et de partage conviviaux lors des soirées communes notamment. « Quand on allait sur le terrain, c’était une autre façon de vie, de voir les choses, les moments d’échange… On apprenait à connaître les personnes, c’est très convivial au Bénin », exprime Marie.

Bénin, un dépaysement total

Dès l’arrivée sur le territoire en question, le bouleversement culturel est fort et l’adaptation rude. Deux éléments compliqués qui créent pourtant un sentiment de bien-être, c’est la magie du dépaysement. Au Bénin et à Madagascar, celui-ci est omniprésent. « J’ai été dépaysée. L’adaptation physique et au climat est rude. L’alimentation est différente aussi », expose-t-elle. « Le fait de vivre dans un environnement où on apprend tous les jours c’est quand même excitant », complète Ben. Les modes de vie diffèrent, le niveau de vie également. Dans les villages au Bénin, la population n’a pas accès au soin, ne dispose pas d’électricité… Tout se gère manuellement. Ainsi, même si le pays reste un des plus tranquilles d’Afrique de l’Ouest, l’évolution s’avère complexe par rapport aux habitudes. De même pour Madagascar. « C’est un des pays qui se trouve dans un état des plus critiques au monde. Pas forcément au niveau politique, mais au niveau de l’accès aux soins, du niveau de vie… C’est très inquiétant. Madagascar est coincé dans une situation économique et politique qui ne bouge pas. On ne parle jamais de ce pays dans la diplomatie mondiale, il y a trop de corruption et la capitale c’est comme un grand village en fait, c’est vraiment très pauvre », formule-t-il.

Pour gérer ce changement notable de conditions de vie, il faut s’y préparer. Pour autant, la plupart des humanitaires connaissent un confort nettement supérieur à la population locale. « On était tous ensemble dans une maison en dur, il y avait une Mama qui nous préparait les repas. On avait plus à manger que les gens sur place. On avait de l’eau potable, ce que les gens n’ont pas, on avait notre petite hygiène que les gens n’avaient pas. On avait aussi un peu d’électricité, et ça personne n’en avait. Même en ayant l’impression que nos conditions étaient un peu à la rose, elles restaient très confortables par rapport aux locaux », argumente-t-il. « J’avais un rythme de vie un peu moins luxueux qu’en France, mais c’était d’un très bon niveau, surtout comparé à ce qu’avaient les habitants », confirme Marie.

Humanitaire, où la force d’esprit est nécessaire

« J’étais bouleversée lors de mon retour en France, j’étais paumée car ce n’est pas du tout le même environnement. Mais la réadaptation vient vite », témoigne-t-elle. Par ces mots, on comprend toute l’importance du mental dans ce genre d’expérience humanitaire. On joue de notre force d’esprit afin de s’adapter et de bien réussir sa mission. En échange, on obtient un enrichissement culturel, un épanouissement personnel et une expérience unique. Le jeu en vaut donc sans doute la chandelle, en dépit des obstacles que l’on rencontre. Les volontaires font ce que l’on pourrait appeler un don de soi. Le courage et le dépassement de soi consistent ainsi en des qualités nécessaires et préalables à l’aventure.

 

Crédit photo : Martha de Jong-Lantink

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