Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a revendiqué la région d’Essequibo dans un tweet datant du 8 janvier 2021. Riche en pétrole, cette région guyanienne suscite des tensions entre Caracas et Georgetown.

” Concentrons-nous sur un grand effort d’unité nationale et préparons-nous à la défense totale des droits du Venezuela sur l’Essequibo guyanien, qui nous appartient historiquement en raison de la lutte héroïque de nos Libérateurs et Libératrices ” a déclaré Nicolas Maduro sur Tweeter le 8 janvier dernier.

L’Essequibo : un vieux litige frontalier entre le Venezuela et le Guyana

En 1811, le Venezuela devient indépendant de la couronne espagnole. L’Essequibo est un territoire détenu par la Guyane britannique, qui est une colonie du Royaume-Uni. En 1844, le Venezuela revendique pour la première fois cette région. Afin de régler ce contentieux, le Venezuela et le Royaume-Uni décident de soumettre cette question à l’arbitrage. La sentence arbitrale de Paris du 3 octobre 1899 donne raison à Londres qui maintient son emprise territoriale sur l’Essequibo. Le Venezuela conteste cette sentence, et il faut attendre 1962 pour que le pays dénonce officiellement cette décision devant l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

L’accord de Genève du 17 février 1966 engage Londres et Caracas à trouver un compromis. Sauf que trois mois plus tard, le 26 mai 1966, le Guyana devient indépendant de la couronne britannique, ce qui vient paralyser cet accord. La signature du protocole de Port of Spain le 18 juin 1970 prévoie de suspendre la validité de l’accord de 1899 pour une durée de douze ans. En 1989, un délégué du Secrétariat Général des Nations Unies est chargé de régler la question de l’Essequibo. En 1999, le Guyana délivre des concessions pour exploiter cette zone, et le Venezuela ne réagit pas. Hugo Chavez, président de la République bolivarienne du Venezuela de 1999 à 2013, ne revendique pas le territoire sous sa présidence.

En 2015, la compagnie pétrolière ExxonMobil annonce la découverte d’énormes réserves de pétrole dans les eaux contestées. Caracas fonde une ” zone de défense maritime et insulaire intégrale ” avec juridiction sur cette zone. Le Guyana affirme que ” la seule option ” possible est de porter l’Affaire devant la Cour Internationale de Justice (CIJ). Dès lors, le Venezuela rejette cette alternative car il ne reconnait pas les compétences de la CIJ. Au grand dam de Nicolas Maduro, président du Venezuela depuis 2013, l’Affaire parvient à la CIJ qui se déclare compétente fin 2020.

Le Guyana, la CARICOM et la communauté internationale condamnent le tweet de Maduro

Irfaan Ali, le président du Guyana, a qualifié les commentaires de Maduro de “profondément troublants”. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni mais aussi le Canada ont condamné les propos du président vénézuélien. Cela n’est pas anodin puisque ces trois pays détiennent des concessions pétrolières dans la région. Le Venezuela a nationalisé son pétrole sous Chavez, et une certaine peur est présente quant au fait que cela se répète si Maduro met la main sur l’Essequibo. La CARICOM, la Communauté Caribéenne, défend également le Guyana.

” La CARICOM rappelle, dans les termes les plus énergiques, son soutien total pour le maintien et la préservation de la souveraineté et l’intégrité territoriale du Guyana. La CARICOM rejette toutes formes d’agression sur la part du Venezuela contre le Guyana ” a déclaré le 12 janvier dernier Keith Rowley, Premier ministre de Trinidad et Tobago et président de la CARICOM.

Le tweet de Nicolas Maduro viole deux par deux fois le droit international. En effet, aucun État ne peut déterminer unilatéralement ses frontières internationales. Puis, son tweet porte aussi atteinte au principe selon lequel ” la terre domine la mer “. Etant donné que le Guyana est souverain sur la côte ouest du fleuve Essequibo, jusqu’à Punta Playa, il est le seul pays à pouvoir jouir de la souveraineté et des droits souverains exclusifs sur la mer et les fonds marins adjacents.

Quelle issue : la plume ou l’épée ?

Cette zone de presque 160 000 kilomètres carrés, représentant 74 % du territoire guyanais, détiendrait une production potentielle d’environ 120 000 barils de pétrole par jour. Selon le Gouvernement du Guyana, l’Essequibo contient des réserves de 700 millions de barils et, selon le United States Geological Survey Unis, c’est la deuxième plus grande zone de pétrole au monde avec du pétrole brut inexploré. Cette région extrêmement riche en hydrocarbures est beaucoup trop importante pour que le Guyana la cède au Venezuela.

L’Institute of Caribbean Studies (ICS) de Washington a organisé une réunion virtuelle sur Zoom le 15 janvier dernier. Les experts convoqués ont jugé le discours de Maduro comme provocateur et représentant une menace sérieuse pour la paix caribéenne. Les renseignements guyaniens ont affirmé au cours de cette réunion que des navires de guerre vénézuéliens ont été aperçu dans les eaux territoriales et la Zone Economique Exclusive (ZEE) du Guyana.

Washington a envoyé l’amiral Craig Faller, chef du commandement des États-Unis pour l’hémisphère Sud, à Georgetown le 12 janvier 2021 où un accord de formation a été signé entre le Guyana et les Etats-Unis. Le ministre vénézuélien des Relations extérieures, Samuel Moncada, a adressé une lettre à Tarek Ladeb, président du Conseil de sécurité de l’ONU, afin qu’il fasse pression sur les Etats-Unis pour qu’ils se retirent de cette Affaire. Moncada a également dénoncé les exercices militaires conjoints américano-guyaniens le 9 janvier dernier.

Les sanctions américaines contre Caracas et la grave récession économique que connaît le Venezuela depuis 2012 ont entrainé une crise socio-économique sans précédent dans l’Histoire du pays. Détenir de nouvelles ressources tout en relégitimant le pouvoir et refédérant à nouveau les Vénézuéliens via une conquête militaire est sûrement hypothétique. La question est de savoir si Nicolas Maduro bluffe ou pas, ou mieux, s’il fera marche arrière. L’opposant au président vénézuélien, le président autoproclamé Juan Guaidó a déclaré : ” avec ce comportement contraire aux intérêts du Venezuela, ils ont [le Gouvernement Maduro] mis en péril l’intégrité territoriale et favorisé la perte de la souveraineté de la nation “.

Côté américain, il sera intéressant de voir si le nouveau président américain élu Joe Biden changera la position américaine ou non de son prédécesseur Donald Trump qui s’était montré très hostile au Venezuela de Nicolas Maduro. Puis, la CIJ va-t-elle accélérer les négociations pour trouver un compromis rapidement ? Désormais, le temps est compté pour la stabilité des Caraïbes.

Sources

  • https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/le-venezuela-veut-reconquerir-les-deux-tiers-du-guyana-911328.html
  • https://www.voltairenet.org/article211937.html
  • https://sflcn.com/concerns-heighten-over-venezuela-guyana-border-controversy/
  • https://www.upstreamonline.com/politics/opinion-venezuela-ramps-up-pressure-over-guyana-after-icj-ruling/2-1-942267
  • https://globalvoices.org/2021/01/13/the-caribbean-community-stands-with-guyana-in-venezuela-border-dispute/
  • https://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/2020-12-18/petrole-au-large/dispute-territoriale-guyana-venezuela-une-cour-internationale-tranchera.php
  • https://www.telam.com.ar/notas/202101/541780-venezuela-guyana-disputa-territorial-esequibo-guayana-esequiba.html
  • https://venezuelanalysis.com/news/15091

Photo d’alexandersr

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