18 août 2020, homme malien tenant une pancarte en faveur d'une démission d'Ibrahim Boubacar Keita. Dans un même temps, les militaires paradent sur le Boulevard de l'Indépendance, après l'arrestation d'Ibrahim Boubacar Keita.

Mali, un coup d’état surprenant

Le Mali est sous haute tension. Ibrahim Boubacar Keita, surnommé IBK, président du Mali depuis 2013, a été renversé du pouvoir. Ce coup d’Etat a été réalisé par des militaires, qui contestent sa légitimité en tant que chef d’Etat. Cette situation fait suite aux manifestations qui se produisent dans le pays depuis le mois de juin. En effet, le peuple malien avait  soif de liberté et demandait la démission d’Ibrahim Boubacar Keita, accusé dans plusieurs affaires.

Le Mali, un pays fragilisé par de nombreuses guerres

Le Mali est fragilisé par de nombreuses guerres, crises et conflits ethniques qui règnent au sein du territoire. Pour comprendre l’état politique du Mali, il est nécessaire de retourner dans le passé. En 2012, un coup d’Etat est perpétré par la junte militaire à Kati. Cet événement amène au renversement du président Amadou Toumani Touré. Amadou Konaré, porte-parole du CNRDRE (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État) a justifié le coup d’État de 2012 par « l’incapacité du gouvernement à donner aux forces armées les moyens nécessaires de défendre l’intégrité de notre territoire national ».

Suite à cela, une crise éclate au nord du pays. Elle oppose l’armée malienne contre les rebelles Touaregs (qui revendiquent une partie du territoire malien) et des mouvements djihadistes (dont Ansar Dine et AQMI). La tentative d’invasion de la part de divers groupes djihadistes provoque une crise qui durera quatre mois. Le Mali était accompagné du Tchad, de la MISMA, une coalition armée de pays africains, et de la France (qui prête toujours main forte au Mali jusqu’à aujourd’hui).

Toutefois, malgré la signature d’un accord de paix à Alger en 2015, la crise qui était au Nord est descendue au centre. Aujourd’hui, elle est toujours en cours. Elle s’est même étendue au Burkina Faso et au Niger. Même si les combats entre l’armée et les groupes au Nord (touaregs) ont cessé en 2017, les problèmes restent toujours présents à l’intérieur du pays. Le terrorisme touche le nord, le centre et le sud du pays (la guerre du Sahel oppose les états de la région du Sahel dont le Mali, à des groupes djihadistes).

Des manifestations monumentales à travers le territoire malien

En 2020, les élections législatives du 13 et 19 avril ont reçu de vives critiques. En effet, la population dénonce une fraude électorale en faveur du parti présidentiel. Deux mois plus tard, le Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) forme des mouvements de contestation – les 5 juin, 19 juin, 10 juillet, et 11 août 2020. Ces manifestations ont engendré une mobilisation inédite du peuple malien.

Les opposants d’IBK souhaitent sa démission. En effet, il est critiqué pour sa mauvaise gestion de la violence djihadiste, sa corruption, ainsi que son échec face aux défis économiques du Mali. De plus, ils réclament la dissolution du Parlement, avec un nouveau gouvernement de transition qui aurait la charge d’élire le Premier Ministre. Ils désirent aussi le remplacement de la totalité des membres de la Cour Constitutionnelle, accusée de complicité avec le pouvoir.

Dès le mouvement du 5 juin, 11 personnes ont été tuées, et les leaders du mouvement ont été emprisonnés avant d’être libérés le soir du 13 juillet. Le 10 juillet est la manifestation la plus agitée et meurtrière. Selon un bilan de l’ONU, elle a fait 23 morts et 150 blessés. Des lieux de pouvoir ont été saccagés, et une coupure internet s’est produite au sein du pays d’après le correspondant du Monde Afrique à Bamako. En réponse à cette manifestation, Ibrahim Boubacar Keita a dissout la Cour Constitutionnelle.

Qu’est il reproché à Ibrahim Boubacar Keita, ancien président du Mali ?

Les militaires estiment qu’IBK est un mauvais gouvernant : corruption, népotisme et négligence du peuple malien. Beaucoup de scandales ont entaché sa réputation au Mali dont une corruption sans pareil. Les fonds publics destinés à l’armée, à l’éducation et aux secteurs publics sont détournés et accaparés par une minorité. Les enseignants se sont notamment mis en grève, alors que le taux d’alphabétisation n’est que de 38.7%. Ils exigent une augmentation de leurs revenus.

IBK est aussi accusé de népotisme. Son fils Karim Keita, symbole du népotisme de son père, a été élu député et est président de la Commission Défense de l’Assemblée Nationale. De plus, le 30 avril 2020, dix sièges supplémentaires ont été attribués au parti du pouvoir (alors que le peuple y était opposé).

IBK est également accusé de négligence pour plusieurs raisons. En premier lieu, pour sa mauvaise intendance des conflits ethniques sur le territoire malien. En effet, en 2019, le massacre des peuls dans le centre du Mali par les milices Dogon a déclenché des violences communautaires. Deuxièmement, pour les conditions sociales et sanitaires du pays. Pour les maliens, les promesses faites en 2013 ne sont pas tenues.

Le coup d’Etat

Le matin du 18 août a marqué un tournant majeur dans cette crise politique. Des militaires prennent le contrôle du camp Soundiata Keïta, situé à Kati. Ils arrêtent le président malien, avec son premier ministre Boubou Cissé. Puis, ils prennent ensuite le contrôle des rues adjacentes et se dirigent vers la capitale, sous les acclamations des manifestants réunis sur la place de l’Indépendance.

Dans la nuit du 18 au 19 août, l’ancien président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, annonce qu’il délaisse ses fonctions de président afin d’éviter que la situation ne s’envenime. Le 27 août 2020, la junte militaire relâche Ibrahim Boubacar Keita après dix jours de négociations avec la CEDEAO. Trois jours plus tard, les maliens célèbrent le putsch qui a permis à Ibrahim Boubacar Keita d’être démis de ses fonctions.

C’est ainsi que, depuis le 18 août 2020, le pays est dirigé par les militaires du CNSP (Comité national pour le salut du peuple) avec à sa tête Assimi Goita, un des participants au coup d’Etat.

Les réactions internationales face à la crise malienne

Dès l’annonce de la détention de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita, l’UA (l’Union Africaine) a demandé sa « libération immédiate ». La CEDEAO (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest), médiatrice au Mali, a condamné le putsch des militaires maliens. L’organisation compte « suivre de très près la situation ».

Le 19 août 2020, l’UE réclame « la libération des prisonniers » et un « retour à l’Etat de droit ». Dès le coup d’Etat, le ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian a condamné fermement le coup d’Etat au Mali. Par ailleurs, il a souligné que la France soutient le président Keita et les forces armées maliennes. Les Etats-Unis, quant à eux, ont suspendu leur aide militaire, et se sont opposés à tout changement fait dans l’illégalité.

Du côté des militaires, le porte-parole des militaires mutinés, le colonel-major Ismaël Wagué, a déclaré que “le Mali sombre de jour en jour dans le chaos, l’anarchie et l’insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée”. C’est pour ces raisons qu’il a affirmé vouloir arriver à « une transition politique civile, qui pourra conduire à des élections générales ».

Les conséquences du coup d’Etat

Ce coup d’Etat renforce l’instabilité politique du Mali. C’est pour cette raison que les pays d’Afrique de l’Ouest ont fermé leurs frontières au Mali, sauf pour les marchandises de première nécessité comme les médicaments et l’énergie.

De plus, la junte militaire met en grande difficulté les différentes actions militaires menées par l’Europe sur le territoire malien. En effet, l’EUTM Mali, une mission créée pour fournir des conseils militaires, est suspendue en raison des événements. En revanche, la Task Force Takuba qui a été créée pour aider les forces militaires maliennes est maintenue. Pour la France, le coup d’Etat remet en cause la lutte contre le terrorisme au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane.

La CEDEAO est en pleine négociation avec les militaires, et les appelle à transférer le pouvoir aux civils. De plus, elle appelle à une transition de maximum douze mois. Pour cette raison, le 7 septembre, l’organisation a exigé un nouveau président civil de transition, ainsi que l’organisation d’élections dans un délai d’un an. Du côté des Maliens, plusieurs figures publiques désirent une phase de transition paisible pour le pays.

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