« Ralentir, terrain miné », un panneau qui n'est pas si inhabituel aux Malouines. Crédit Browser (Flickr).

Malouines : un nouveau tournant avec le Brexit ?

Alors que le Royaume-Uni est en pleine effervescence concernant le Brexit et le déclenchement de l’article 50, l’Argentine s’enhardit au sujet des Malouines. Le conflit entre les deux pays remonte à 1982, moment où Leopoldo Galtieri fit envahir les îles, et Buenos Aires semble plus que jamais déterminée à les récupérer.

Les tensions remontent à loin. L’explorateur portugais Ferdinand Magellan qui découvre les îles Malouines (Malvinas en espagnol) en 1520. Elles sont ensuite occupées par des Français avant d’être remises à l’Espagne en 1767. Mais des Anglais y sont déjà présents depuis un an, et en sont chassés avant d’être autorisés à se réinstaller. L’archipel est peu peuplé mais le territoire est stratégique. C’est pourquoi l’Argentine, devenue indépendante en 1816, commence à son tour à le revendiquer. Londres finit par conquérir les îles, mais c’est sans compter sur le comité juridique inter-américain. Cet organe consultatif de l’Organisation des États américains déclare l’existence d’un « droit de souveraineté irréfutable » de l’Argentine sur les Malouines en 1976.

1976 voit aussi le coup d’État du 24 mars et le début de la dictature militaire en Argentine. C’est dans un contexte économique très difficile que Leopoldo Galtieri ordonne l’invasion des Malouines le 2 avril 1982. L’objectif de galvaniser le peuple fonctionne. Mais contre toute attente, Margaret Thatcher, la Première ministre britannique, envoie une flotte récupérer les îles. Très vite, la Grande-Bretagne prend le dessus. Non seulement l’armée argentine manque de formation, mais elle est aussi moins bien équipée. Les conditions étaient telles pour les combattants que les survivants, trente ans après les faits, portent maintenant plainte contre leurs anciens supérieurs. Le 14 juin, l’armée argentine se rend. Bilan : 649 morts côté argentin et 255 côté britannique. Aujourd’hui, les îles « Falklands » (appellation anglo-saxonne) ont l’autonomie interne, mais leur défense et leurs affaires étrangères sont sous responsabilité britannique.

Une augmentation des tensions depuis 2012

Depuis 2012, les discussions se font de plus en plus houleuses entre l’Argentine et le Royaume-Uni. Les conflits liés à la pêche et la date anniversaire peuvent expliquer cela. Mais la découverte d’un champ de pétrole aux fonds relativement peu profonds ainsi que d’autres, moins accessibles, y est pour beaucoup. Les ministres argentins des Affaires étrangères et de la Planification ont d’ailleurs déposé plainte, en 2015, contre plusieurs compagnies pétrolières. Ces dernières (trois britanniques, deux américaines) effectuent des forages au large des Malouines. Le ministre des affaires étrangères britannique a vivement protesté contre cette « action scandaleuse d’intimidation ».

Monument aux morts des Malouines, Place San Martín, Buenos Aires. Crédit Wally Gobetz (Flickr).

Monument aux morts des Malouines, Place San Martín, Buenos Aires. Crédit Wally Gobetz (Flickr).

L’année 2015 marquait également le 50ème anniversaire de la résolution 2065 de l’ONU qui appelait les deux pays à rechercher une solution négociée. Il faut noter aussi qu’une commission d’experts a approuvé, en mars 2016, l’extension du plateau continental de l’Argentine. Celui-ci comprendrait ainsi les Malouines. Cette commission n’a cependant qu’un rôle consultatif. De plus, dans un référendum organisé en 2013, la quasi-totalité des 3 000 habitants s’étaient prononcés en faveur de la souveraineté britannique.

Le Brexit, une chance pour l’Argentine ?

Selon certains, la décision du Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne pourrait influencer la situation aux Malouines. Il ne s’agit plus pour l’Argentine de s’opposer à 28 pays, mais à un seul, à présent isolé. Un rapport des autorités de l’archipel avait d’ailleurs signalé que perdre le soutien de l’Union européenne pourrait pousser Buenos Aires à adopter une « posture plus agressive » sur la souveraineté. Le président Mauricio Macri, élu fin 2015, a profité de sa visite à Bruxelles en juillet dernier pour souligner que les revendications argentines n’avaient pas changé. Cette visite avait pour but de renforcer les relations de l’Argentine avec l’Union et semble confirmer la nouvelle posture du pays.

Pourtant, en septembre, Londres et Buenos Aires ont annoncé leur coopération pour la relance de la croissance économique des Malouines. Les hydrocarbures, la pêche, la navigation et le transport aérien ont été mentionnés, une amélioration paraît donc possible. Le président Macri a indiqué préférer des relations plus calmes avec la Grande-Bretagne que sa prédécesseur, Cristina Fernández de Kirchner. Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni depuis juillet 2016, partage cet avis. S’agit-il d’une conséquence du Brexit ? Difficile à savoir.

Opposition et revendications

Mais les députés argentins sont fermement opposés à un adoucissement et l’ont fait savoir à leur ministre des Affaires étrangères, Susana Malcorra. Le sommet ibéro-américain vient, dans un communiqué officiel, d’annoncer son soutien à la réclamation de l’Argentine pour que les résolutions de l’ONU soient respectées. Les mandataires de ces pays d’Amérique latine ainsi que d’Espagne et du Portugal demandent au secrétaire général de l’ONU d’effectuer les démarches nécessaires pour rétablir les négociations. Ces revendications ont été insufflées par l’Argentine et paraissent contradictoires à la position de rapprochement bilatéral avec les Britanniques. Dans ces conditions, la précaution est de mise : il n’est pas certain que le conflit soit près d’être résolu…

Photo de bannière : « ralentir, terrain miné », un panneau qui n’est pas si inhabituel aux Malouines. Crédit Browser (Flickr).

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