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Mariage, sexe et amour en Inde, Bhavani nous dit tout

Bhavani est une Indienne d’une cinquantaine d’années, mariée dans les années 80 aux environs de Chennai. Cette femme au foyer mère de deux enfants nous explique sa situation en tant que femme en Inde avec spontanéité et humour. Révélation d’une société où la femme est la patronne de toute vie de famille réussie.

 

F.C. : Qu’est-ce qu’être une femme pour vous en Inde ?

 

Bhavani : Qu’est-ce que c’est que cette question ? Une femme est une femme partout non ? Bon je sais que dans ta culture, les femmes ont beaucoup de liberté, mais moi aussi à ma manière, j’ai ma liberté.

 

F.C. : Quels sont vos liens avec votre famille ?

 

Bhavani : J’ai une très grande famille, et je suis très proche de mes trois frères et de ma sœur comme de mes parents. Ce sont des gens très biens. Grâce à eux, j’ai pu faire des études d’Histoire dans le Tamil Nadu. J’ai d’ailleurs fini mon Master après mon mariage par correspondance à l’université de Madras.

 

F.C. : Mais vous avez été victime d’un mariage arrangé non ? Vous n’en voulez pas à vos parents ?

 

Bhavani : Pourquoi victime ? Je sais qu’en France, vous, vous pouvez choisir qui aimer, avoir plein de relations et vous sélectionnez ensuite, mais en Inde, ça ne fonctionne pas de la même façon. Pourquoi en voudrais-je à mes parents d’avoir sélectionné pour moi la bonne personne ? L’amour c’est un cliché occidental, et puis tu imagines tout ce que cela engendre? Je ne voulais pas que ma famille souffre, je n’ai jamais voulu être amoureuse. C’était interdit, je me le suis interdit, et puis mes parents allaient me trouver quelqu’un de bien, quelqu’un qu’il serait sans doute bon d’aimer. On doit croire ses parents pour ces choses-là non ? Le mariage arrangé cela permet une situation confortable et sûre, personne ne te quitte, personne ne te rend triste. Je suis très heureuse dans mon mariage.

 

F.C.: Etes-vous tout de même amoureuse de votre mari ? Et quand l’avez-vous rencontré ?

 

Bhavani : Bien sûr que j’aime mon mari. Les dieux et mes parents ont choisi quelqu’un de très bien pour moi, ce qui n’est pas le cas de tout le monde en Inde. Je l’ai rencontré le jour même de mon mariage. Bien sûr, j’étais un peu effrayée mais je savais que ma famille avait trouvé l’homme idéal pour moi.

 

F.C. : Comment cela se passe-t-il à la maison ?

 

Bhavani : Nous sommes très heureux, je ne partirais nulle part ailleurs. Il a un très bon travail et comme il rapporte de l’argent et qu’il m’en donne un peu, j’essaie de le chérir autant que je peux à la maison en m’occupant des enfants, lui servant de bons repas et en m’occupant tout simplement de lui.

 

F.C. : Mais il vous laisserait travailler ?

 

Bhavani : Oui mais les enfants ont besoin d’une maman qui soit là pour eux, il faut que j’entretienne la maison, que je cuisine, que je lave le linge et que je nous achète de beaux vêtements. Si je travaillais, je serais très fatiguée et nous ne vivrions pas si heureux car le rôle d’une femme c’est de rendre sa famille heureuse. La femme est celle qui s’occupe de tout en Inde, c’est elle qui veille à l’harmonie de la famille, le mari ne rapporte que l’argent pour aider la famille à vivre sous de bonnes conditions. Mon rôle c’est d’être la chef de famille du bonheur.

 

F.C. : Vous avez deux enfants, comment voyez-vous leur avenir ?

 

Bhavani : Mon fils a étudié au Royaume-Uni et nous sommes, avec son papa, en train de chercher sur les sites de rencontres et journaux indiens, une femme avec laquelle il pourra passer le reste de sa vie (ndrl : le fils à coté lors de l’interview approuve clairement la démarche de sa mère ajoutant d’ailleurs « oui je sais, c’est dur à comprendre pour les Européens mais je préfère que mes parents me guident dans ce choix. C’est quelqu’un avec qui je vais passer le restant de mes jours, s’ils ne m’aidaient pas, je pourrais me tromper, nos parents ont toujours le recul nécessaire pour nous aider à y voir plus clair… »), quand à ma fille, elle n’a que dix ans, j’attends qu’elle poursuive ses études et on verra plus tard.

 

F.C. : Comment dans un mariage arrangé, on appréhende la sexualité ?

 

Bhavani (gênée, me montrant son fils dans la salle et m’envoyant un texto pour me dire que nous en parlerons le soir même au restaurant quand personne de sa famille ne serait dans les alentours) : Le sexe ? C’est juste pour faire des enfants. Je n’ai eu des relations sexuelles que deux fois dans ma vie. (Puis le soir, en tête à tête au restaurant) Tu sais, ça ne me dérange pas de parler de la sexualité, surtout que la sexualité occidentale m’intrigue, mais je ne peux pas te dire ce genre de choses devant mon fils tu sais ? Je ne connaissais rien au sexe, je ne savais même pas ce que c’était, mon mari m’a expliqué petit à petit ce qu’il aimait et j’ai compris. D’ailleurs, moi aussi de temps en temps je demande, c’est très rare hein comparé à lui mais nous sommes des êtres humains, c’est normal d’avoir des besoins. J’ai attendu 100 mois avant de faire ma première fois avec lui. Vous dans les pays occidentaux, vous n’attendez jamais non ? D’ailleurs les Indiens aiment énormément les femmes blanches parce qu’ils savent qu’il n’y a rien à attendre en retour, que ça peut être juste pour une nuit ! Est-ce que vous acceptez toutes des relations sexuelles avec les Indiens qui vous proposent une chambre d’hôtel ? Parce que les Indiens sont très fiers de ce genre de conquêtes.

 

F.C. : Mais tous les Indiens ont une sexualité aussi ouverte ?

 

Bhavani : Non, bien sûr que non, mais les jeunes hommes sont souvent frustrés car s’ils ont une relation sexuelle avec une Indienne, ils ont énormément de responsabilité par la suite. L’érotisme de la « white girl » c’est justement le fait de ne rien avoir à assumer derrière. Tu as eu beaucoup de partenaires indiens toi ? Tu sais, moi, je suis très intéressée par les hommes blancs, je les trouve vraiment très beau, j’aimerais bien que l’un d’entre eux m’emmène au restaurant un jour, même si je suis contente que tu m’aies invité aussi.

 

F.C. : Mais votre mari vous autoriserait-il à sortir avec un homme au restaurant ?

 

Bhavani (chuchotant en s’apercevant que quelques clients commençaient à être fort intéressés par notre conversation) : Ben oui ! Moi aussi je l’autoriserais à sortir avec une femme blanche au restaurant, l’essentiel c’est la confiance et l’honnêteté. Je n’ai jamais menti à mon mari, je lui expliquerais pourquoi cela me ferait plaisir et il comprendrait j’en suis sûre car il me croit. C’est la base d’une relation, tout se dire, expliquer ses désirs et juste passer du temps avec un homme qu’on trouve beau, cela n’a rien d’une trahison quand on l’explique à son mari non ?

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