Crédit : Manon Duret

Mayotte : île française ?

Mayotte est officiellement un département français depuis le 31 mars 2011, au même titre que le Rhône, la Creuse… Ou presque. Alors que le sort des migrants comoriens revient sur le tapis du ministère de l’Intérieur, retour sur un DOM pas comme les autres.

Mayotte est une petite île de l’Archipel des Comores, dans l’Océan Indien, au large de Madagascar et à quelques 7 500 km de la métropole française. Ce qui fait visiblement loin de l’Etat et des médias français. Fin décembre, Manuel Valls a enfin validé la rénovation du centre de rétention des clandestins de Pamandzi. Depuis une dizaine d’années, les ONG de protection des droits de l’Homme tentent d’alerter l’opinion et les politiques sur les conditions de vie déplorables du centre où s’entassent des centaines de migrants chaque jour. Mayotte est bien loin de partager le même destin que la métropole.

POURQUOI MAYOTTE EST-ELLE FRANÇAISE ?

L’île est revendiquée par l’Union des Comores qui réclame l’intégrité territoriale de l’archipel. Les Mahorais, habitants de Mayotte, parlent majoritairement le shimaoré, la même langue que le reste des Comores, et pratiquent la même religion (95% des Mahorais sont musulmans). Ils ont longtemps eu une histoire commune. Pourtant, ils ne font pas partie du même pays. Pour la simple raison que les Mahorais ont choisi de rester français pendant la décolonisation. Achetée en 1841 au sultan Adrianstoly qui était menacé par les Britanniques, l’île devient une colonie française, alors que le reste de l’archipel devient un simple protectorat. Dès lors, le statut particulier de Mayotte va distendre les liens entre elle et le reste de l’Archipel. En 1973, lors de l’autodétermination de l’archipel par référendum, c’est la seule île à vouloir rester française, et à partir de là, les politiques vont œuvrer pour la départementalisation de l’île.

Mais plusieurs facteurs retardent ce processus. L’Union Africaine et les Nations Unies soutiennent l’Union des Comores qui souhaite la rétrocession de Mayotte jusqu’à ce que la France oppose son droit de veto. Mayotte est un territoire stratégique en période de guerre froide. Dans cette région instable, la surface des eaux territoriales permet à la France d’avoir un certain contrôle. Pour autant, la relation entre Mayotte et la France est différente de celle entretenue avec la Réunion ou les îles des Antilles. Les Français y sont moins présents et y ont moins d’intérêts économiques. Ainsi, le processus d’intégration est long et l’île passe difficilement du statut de TOM à celui de DOM après le vote de 2009 seulement, malgré le volontarisme local.

UN DOM EN DIFFICULTÉ

Crédit : Manon Duret

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Mais les liens avec l’archipel ne sont pas rompus. Pauline travaille aux urgences dans la capitale Mamoudzou. Elle estime que « un tiers des personnes hospitalisées sont des Comoriens ». Dans les faits, les étrangers en situation irrégulière représentent le tiers de la population de l’île. Chaque nuit, des kwassa kwassa (bateaux de pêche) traversent la mer qui sépare Mayotte d’Anjouan (île des Comores la plus proche) pour espérer travailler, accoucher, être soigné à Mayotte. Chaque jour, la police des frontières renvoie deux à trois bateaux de clandestins vers les Comores. Ceux qui passent entre les mailles du filet tentent de trouver du travail sur l’île, les autres sont internés au centre de rétention administrative. Les droits des mineurs immigrés interdisent la reconduite à la frontière d’enfants non accompagnés ou de bébés nés sur le sol français, mais ces droits ne sont pas toujours respectés au regard de l’afflux quotidien des migrants. Les conditions de vie et la situation politique se dégradent dans les autres îles comoriennes et l’immigration ne tarit pas. Des accords ont été passés entre le gouvernement comorien et le gouvernement français pour permettre aux Comoriens d’être soignés gratuitement à l’hôpital.

En plus de l’immigration, Mayotte subit des problèmes structurels tout comme d’autres DOM : vie chère, chômage, hausse des prix. Mais l’économie de l’île est plus fragile que dans les autres DOM, puisque Mayotte n’exporte presque rien et produit une agriculture essentiellement vivrière. La majorité des biens et produits de consommation sont importés, en dehors des fruits et légumes et du poisson. Les marchands de produits locaux s’alignent sur les prix des produits importés pour survivre. Un kilo de farine coûte 2,50 € à Mayotte, une salade en sachet 5 €. La hausse des prix a déclenché des grèves massives en octobre 2011, qui ont fait deux morts et des dizaines de blessés, paralysant l’île pendant plusieurs semaines. Ces événements ont mis à jour la précarité d’une grande partie de la population et restent gravés dans les mémoires.

« Il vaut mieux être pauvre à la campagne qu’en ville, on ne souffre pas de la faim »entend-on. Les conditions de vie sont difficiles et les inégalités sont visibles, comme entre Grande Terre – l’île de la capitale – et Petite Terre – plus riche. Le cinéma de Mamoudzou, le seul de Mayotte, a fermé l’an dernier ; il ne répondait pas aux normes de sécurité. Les emplois qualifiés sont tenus par les « métros », les expatriés, faute de formations adaptées sur le territoire. Aux urgences de Mamoudzou, la majorité des infirmières viennent de métropole.

UN DOM EN CONSTRUCTION

Droits, accès à l’éducation, à l’emploi, à la culture sont des notions encore loin des standards et des exigences de la métropole. Les normes départementales en matière d’éducation par exemple peinent à s’imposer sur l’île, principalement du fait que le français est une deuxième langue pour la majeure partie des élèves. Mais le département est tout récent et la mise en place d’infrastructures, d’aides adaptées, requiert du temps et de l’expérience. L’île souffre d’un manque de dynamisme économique et de valorisation de son patrimoine qui pourrait être comblé dans les prochaines années par le secteur touristique en construction. Mayotte, l’île oubliée, pourra alors attirer l’attention.

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