New York : l’esprit de Noël réveille la ville fantôme

Les fêtes de Noël et de fin d’année sont pour beaucoup synonymes de bilan, de retour sur l’année passée. Et cette année, le nom qui nous aura tous marqués est bien évidemment celui du virus qui a provoqué une pandémie mondiale, a forcé plusieurs gouvernements à ordonner le confinement des populations durant des mois, a engendré une grave crise économique, et a causé 1  704  065 décès à travers le monde (chiffres du 22 décembre 2020). Cette année, le Covid-19 nous force à une rétrospective pleine de deuil, et au bilan d’une année presque « à vide » pour beaucoup. Mais tout autour du monde, les fêtes de Noël restent également synonymes de réjouissances. À New York, malgré le Covid-19, les traditionnelles animations de Noël survivent tant bien que mal. Pour de nombreuses personnes, l’esprit de Noël semble plus que jamais nécessaire. 

L’impact du virus

Cette année, New York a été frappé de plein fouet par l’épidémie. Ce fut l’une des villes les plus touchées des États-Unis par le virus lors de la première vague. Au 22 décembre 2020, 24  735 victimes sont décédées du Covid-19 dans la ville de New York. Comme dans de nombreuses parties du monde, les New Yorkais ont dû se confiner pendant deux mois et demi avant l’été. Depuis le mois d’octobre, un reconfinement partiel a été mis en place dans certaines régions de Brooklyn et du Queens, où une résurgence du virus du virus était observable. Finalement, les écoles ont de nouveau été fermées début novembre, après une reprise des cours en présentiel à la rentrée de septembre. Les autorités new yorkaises ont visiblement appris de leurs erreurs puisqu’aujourd’hui, l’épidémie semble être à peu près maitrisée. Le taux de contamination est maintenu à un niveau très bas grâce à un contrôle accru du virus, et des mesures qui font tourner la cité au ralenti.

Toutefois, New York s’est trouvée métamorphosée par les vagues successives de contaminations. La ville était notamment célèbre pour son dynamisme : ses spectacles, ses musées, ses restaurants, ses animations diverses et variées et sa vie nocturne et culturelle. Malheureusement, la « ville qui ne dort jamais » est devenue la « ville fantôme ». 

 

Tweet de Donald Trump

Le 12 octobre 2020, l’ancien président des États-Unis écrivait sur son twitter « New York has gone to hell. Vote Trump », voulant signifier par là que la ville avait connu une descente aux enfers. Le 22 octobre 2020, lors de son débat contre Joe Biden, Donald Trump avait également qualifié New York de « Ghost town » (ville fantôme).

« Pendant tant d’années je l’ai aimée, elle était dynamique. Elle est en train de mourir, tout le monde quitte New York. » déclarait-il à cette occasion. 

En effet, beaucoup de New Yorkais ont quitté la métropole à cause de l’épidémie. Les plus fortunés sont partis séjourner dans leurs résidences secondaires. De nombreux New Yorkais d’adoption sont également retournés dans leur ville natale. Ajoutons à cela la délocalisation des sièges des entreprises pour qui les loyers au centre-ville deviennent trop onéreux en période de crise, les restaurants et salles de spectacle qui restent fermés, ainsi que l’absence de touristes dans les rues à cause de la fermeture des frontières depuis de nombreuses régions du monde, sans oublier le télétravail. Tout ceci aboutit à des rues, habituellement bondées, presque désertes, et à une ville qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était.

Times Square désert pendant le confinement à New York (Photo de Paulo Silva sur Unsplash)

Noël à New York

Malgré tout, Noël est là, et New York est connue pour être l’une des destinations les plus prisées du monde en cette période de l’année. Sa renommée en la matière n’existe pas pour rien. Ainsi, malgré l’annulation de certains évènements typiques, comme le « Radio City Christmas Spectacular » (traditionnel spectacle de Noël présenté tous les ans mêlant chant, danse et humour dans des décors traditionnels), ou encore l’ « Union Square Holiday Market » (célèbre marché de Noël), New York a tout de même revêtu ses plus beaux apparats pour fêter la saison. 

Ainsi, si certaines animations ont été annulées, d’autres demeurent accessibles, avec des horaires d’ouverture restreints et un public réduit. Les attractions principales telles que l’Empire State Building, la statue de la Liberté, ainsi que les musées, sont en partie ouvertes, généralement sur réservation. En ce qui concerne les animations de Noël, il est toujours possible d’admirer le gigantesque sapin du Rockefeller Center, mais ce durant un temps limité, et après avoir fait la queue. Il est aussi possible de se rendre au Bryant Park Winter Village pour profiter de la patinoire, mais seulement en réservant les patins sur un créneau horaire défini.

Il existe cependant à New York d’autres attractions en plein air et libres d’accès qui permettent de s’immerger dans l’« esprit de Noël ». Par exemple, il est possible de se rendre à Diker Heights, à Brooklyn. Dans ce quartier, de grandes maisons individuelles se parent de milles feux dès novembre. À Diker Heights, les propriétaires des habitations rivalisent de guirlandes lumineuses, de bonhommes de neiges gonflables et de pères Noël en plastiques pour faire scintiller de milles feux les yeux des curieux venus se balader. 

Maison à Diker Heights décorée pour Noël (Source image : Wikipédia)

Il existe une autre tradition qui permet d’éveiller  la ville en ces temps troubles : celle des vitrines de Noël, aussi appelées « holiday windows » ou encore « Christmas windows ». Les plus grandes et les plus travaillées, celles qui constituent de vraies attractions, proviennent généralement des « department stores » (grands magasins). À New York, les plus connus sont Macy’s (chaîne de magasins qui possède également « Bloomingdale »), Bergdorf Goodman, ou encore Saks Fifth Avenue, qui se trouvent principalement sur la Cinquième Avenue. À Paris, ce sont des grands magasins comme Printemps et Galerie Lafayette qui sont connus pour leurs vitrines de Noël. Des décors envoûtants et magiques, des univers enchanteurs, des automates et marionnettes qui paraissent presque vivants et qui nous ramènent en enfance : ces vitrines participent sans doute à créer cette ambiance particulière qui caractérise Noël. 

Dans un article du New York Times consacré à ces vitrines, la journaliste Vanessa Friedman décrit avec précision les vitrines de cette année, et s’applique à expliquer l’esprit qui a animé les commerçants dans leur conception. Habituellement connues pour être grandioses, éclatantes, voire l’étalage du luxe, les vitrines de cette année se veulent simples, réconfortantes et humbles. Par exemple, les vitrines de Bergdorf Goodman, au nombre de neuf, célèbrent chacune une « valeur fondamentale », parmi lesquelles ont trouve l’amour, l’harmonie, l’égalité… Chez Macy’s, se sont les remerciements aux travailleurs essentiels qui ont été mis à l’honneur. 

Des vitrines qui ne sont pas que de simples vitrines 

L’histoire des vitrines est plutôt intéressante. Elles apparaissent au XVIIIème siècle, lorsque les fabricants de verre découvrent comment fabriquer des vitres assez grandes pour donner une vue large sur un magasin. Rapidement, le dressage de vitrines devient  une forme d’art, dont New York est la capitale. Cette discipline est notamment abordée par Emile Zola dans son livre Au Bonheur des Dames (1883), et par Lyman Franck Baum (le père du célèbre Magicien d’Oz, personnage dont le métier était d’ailleurs étalagiste, c’est à dire qui s’occupait d’habiller les vitrines et de mettre en avant des objets), dans un ouvrage intitulé The Art of Decorating Dry Goods Windows and Interiors. C’est la chaîne de magasins Macy’s (mentionnée dans le film « Miracle on 34th Street ») qui popularise les vitrines de Noël, et en fait une véritable attraction en utilisant des poupées pour créer des scènes.

Il est également intéressant de noter que de nombreux artistes, dont Salvador Dalí et Andy Warhol, se sont essayés au dressage de vitrine. Ainsi, les vitrines de Noël ne sont visiblement pas que des vitrines : elles sont une forme d’art, mais également une véritable tradition. Les gens vont voir les vitrines en masse tous les ans, comme ils se rendraient au musée découvrir une œuvre d’art ou au cinéma voir un film. Les vitrines de Noël sont devenues un spectacle.

« Au lieu de parler d’art, les cadres ont parlé de responsabilité et de cadeaux à la ville et de communauté » écrit Vanessa Friedman dans son article.

Pour cette année, les vitrines de Noël permettent tout particulièrement de se changer les idées et de réchauffer les cœurs. Mais il ne faut pas oublier que derrière les vitrines de Noël, qui sont les plus couteuses de l’année et qui restent en place le plus longtemps (sans parler des lumières et de la consommation d’électricité), se trouvent de grandes marques. Les plus grosses vitrines représentent presque une année de travail et beaucoup d’argent, entre la conception, la fabrication, puis la mise en place des décors et des personnages (automates animés mécaniquement par des moteurs, sensés tourner deux mois en continu). Si les grandes marquent prennent autant de soin à préparer ces vitrines, et leur accordent un budget si important, c’est également parce que Noël reste pour elles la période la plus lucrative de l’année. Après tout, le but d’une vitrine reste d’attirer les clients à l’intérieur d’une enseigne. À l’instar de la publicité et des réseaux sociaux, les vitrines servent à donner une image esthétique aux marques, et à leur façonner un univers. Cela permet de créer un lien émotionnel avec le consommateur, et donc de lui donner envie d’acheter.  

Les vitrines de Noël se trouvent donc entre la scène offerte à la rue, aux enfants et aux passants, et la stratégie marketing qui permet de gagner plus. Néanmoins, cette année, les vitrines de noël revêtent une symbolique bien particulière, puisqu’elles font parties des rares divertissements restants.

Saks Fifth Avenue, New York, United States. Personnes admirant une vitrine de Noël (Photo de Josh Wilburn datant de Noël 2017 – Unsplash)

New York, la ville qui renaît de ses cendres

Enfin, beaucoup voient en cette période des similitudes avec d’autres temps où New York était au plus bas : après le crash boursier de 1929 et pendant la grande dépression, lors des années 70 et 80 où les taux de criminalités rendaient la ville particulièrement dangereuse, pendant la crise financière de 2008, ou encore après les attentats du 11 septembre 2001. Mais pour beaucoup, New York, « jungle de béton où les rêves se construisent », la métropole se relèvera de la crise du Covid-19, comme elle l’a toujours fait par le passé.

 

Quelques comptes Instagram où l’on peut trouver de belles photos de New York en cette étrange période :

 

Sources :

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