Nicolas Maduro : une réélection sous tension

Nicolas Maduro, président sortant, a été réélu sans surprise dimanche 20 mai à la tête du Venezuela, pays touché par la crise depuis 2014. À l’annonce des résultats, la population vénézuélienne et la communauté internationale ont vivement réagi.

C’est dans un climat tendu que Nicolas Maduro a été réélu président du Venezuela le 20 mai dernier. Son prochain mandat présidentiel, d’une durée de six ans, débutera en janvier 2019.

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Lors de ces élections anticipées, Nicolas Maduro était favori, bien que la majorité de la population désapprouve sa manière de gérer le pays. Il l’emporte avec 67,7% des voix mais le taux d’abstention s’est élevé à 52%. Ses opposants, Henri Falcon, arrivé derrière Nicolas Maduro avec 21,2% des voix, Javier Bertucci et Reinald Quijada dénoncent une « supercherie » et contestent ce résultat. Nicolas Maduro, ami et conseiller d’Hugo Chavez, lui a succédé en 2013 lorsque ce dernier est décédé. Début 2017, la popularité de Nicolas Maduro était de 24% mais celle-ci est légèrement remonté lors des élections municipales de décembre 2017. Son parti est sorti vainqueur de ces élections alors que les principales formations d’opposition se sont retrouvées exclues des élections présidentielles après avoir boycotté le scrutin. Henri Falcon, principal adversaire de Nicolas Maduro, faisait partie de la coalition d’opposition (MUD) exclue des élections présidentielles et a décidé de la quitter pour pouvoir se présenter et faire face au président sortant. A l’annonce des résultats finaux, Henri Falcon a appelé à de nouvelles élections en décembre, la date traditionnelle des élections présidentielles vénézuéliennes, puisque cette année le pouvoir avait convoqué une
élection anticipée.

Une élection jugée « pas légitime »

Bien que majoritairement élu, Nicolas Maduro est loin de faire l’unanimité au Venezuela ainsi qu’au sein de la communauté internationale. De nombreux pays ont d’ailleurs réagi à la réélection du président sortant. Les quatorze pays du groupe de Lima, alliance de pays d’Amérique et des Caraïbes, tels que le Brésil, l’Argentine, le Canada ou encore le Mexique, ont été les premiers à prendre une décision. Ne jugeant pas légitime la nouvelle élection de Nicolas Maduro, ces quatorze pays ont annoncé lundi 21 mai, le rappel de leurs ambassadeurs au Venezuela en signe de protestation. Ce groupe a « réitéré son inquiétude face à l’approfondissent de la crise politique, économique, sociale et humanitaire qui a détérioré la vie au Venezuela et se reflète dans la migration en masse de Vénézuéliens vers nos pays ».
Au sein de l’Union européenne, plusieurs pays comme l’Espagne ou la France ont également condamné cette élection présidentielle. Dans un communiqué publié par la diplomatie française, la France explique son ressenti « Avec ses partenaires de l’Union européenne, la France avait fait part de ses doutes sur la transparence et l’équité du scrutin. Le taux de participation historiquement bas confirme qu’une majorité des Vénézuéliens ne le considère pas comme légitime ni crédible ». Cependant, certains pays comme la Russie, Cuba ou la Bolivie ont félicité Nicolas Maduro pour savictoire.

Une crise qui n’en finit pas

le Venezuela est un pays en crise. En 2017, il y a eu 120 morts et plus de 600 000 Vénézuéliens ont quitté le pays. Le Venezuela est détenteur des plus importantes réserves de pétrole au monde. Son économie et la plupart des programmes sociaux reposent sur l’argent du pétrole. Avec la baisse du prix du pétrole, le gouvernement doit supprimer des aides sociales et perd ainsi le soutien d’une partie des classes populaires. Nicolas Maduro est également jugé responsable de la très haute inflation du pays et le manque de policiers qui entraîne des violences récurrentes. C’est d’ailleurs l’un des pays les plus violents au monde. La photo de Ronaldo Schemidt, lauréat du World Press Photo 2018, où l’on voit un jeune manifestant immaculé de feu, représente la crise vénézuélienne et les violences qui ont lieu dans ce pays. Beaucoup d’habitants fuient le pays pour échapper à la misère qu’a instauré Nicolas Maduro et son gouvernement. Les pénuries de nourriture, de médicaments, d’eau et d’électricité sont fréquentes. Le salaire mensuel moyen de 1092 dollar en 2012 selon la Banque Mondiale a dégringolé depuis la chute des cours du pétrole, sans qu’il soit possible de savoir jusqu’à quel niveau. Néanmoins, et malgré la hausse du salaire minimum de 95% fin avril, cette mesure ne suffit pas a enrayer une hyper inflation galopante de 13800%. Ce à quoi il faut ajouter les nouvelles sanctions américaines à la suite de l’élection de Maduro.

C’est donc une population épuisée qui a dû aller voter la semaine dernière. Et si la majorité s’est abstenue c’est aussi parce-que l’opposition ne vaut surement pas mieux que le pouvoir. Entre Henrique Capriles Radonski « El flaquito » -le maigre-, issu d’une des famille les plus riche du pays ou bien Leopold Lopez, diplômé d’Harvard, qui a passé sa vie aux États-Unis, le choix des offert aux Vénézuéliens s’apparentait d’avantage à la célèbre formule du poète et philosophe allemand de Berltold Brecht : « il arrive que dans certaine situation le seul choix possible soit celui entre la non croyance et l’hérésie ».

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