Norvège : l’écologie comme image de façade ?

La Norvège est souvent perçue comme un pays écologique, respectueux de l’environnement. La décision du 12 avril dernier de renoncer au forage pétrolier aux îles Lofoten pourrait aller dans ce sens. En réalité, le rapport que la Norvège entretient avec l’écologie et l’environnement suscite plusieurs paradoxes. Reportage.

La Norvège est l’un des pays instigateurs de la prise de conscience écologique dans le monde. En 1987, Gro Harlem Brundtland préside la Commission mondiale sur l’environnement et le développement des Nations unies et donne son nom au rapport publié, qui introduit pour la première fois la notion de développement durable. Deux ans plus tard, le Parlement norvégien, le Storting, vote la stabilisation des émissions de CO2 en 2000 au niveau de 1989. Une taxe sur le CO2 est introduite en 1991. En 1994, la recherche de pétrole aux îles Lofoten est ouverte et en 1995 la décision de stabilisation des émissions de 1989 est annulée. La décennie 1990 illustre les paradoxes concernant les décisions prises sur l’écologie en Norvège.

Record du nombre de licences attribuées aux compagnies pétrolières en 2019

Le pays des amoureux des fjords et de la nature est le premier exportateur de gaz et de pétrole en Europe. La Norvège est le troisième exportateur mondiale de gaz ex-æquo avec le Qatar. En 2017, la Norvège était le septième producteur mondial de pétrole. Les exploitations norvégiennes d’hydrocarbures sont présentes en Mer du Nord, en Mer de Norvège et en Mer de Barents. La principale source d’électricité en Norvège est à 95% hydraulique. À cet égard, les hydrocarbures sont destinés à l’exportation. La monarchie scandinave se targue d’avoir la production de pétrole la plus propre dans le monde. D’ailleurs, l’argument du « clean oil » (littéralement, pétrole propre) est très utilisé par les fervents défenseurs de l’industrie pétrolière norvégienne.

Le 12 avril, la Norvège a annoncé renoncer au projet de forage dans les îles Lofoten. Depuis plus de deux décennies, le débat était présent opposant les deux industries majeures du pays : l’industrie pétrolière et l’industrie de la pêche. En effet, l’archipel des îles Lofoten est l’un des lieux de prédilection des pêcheurs norvégiens. Il abrite également de nombreuses espèces animales et végétales. Les recherches antérieures ont mis en avant la présence d’hydrocarbures autour des îles Lofoten. En prenant la décision de renoncer à leur exploitation, la pétromonarchie norvégienne a renoncé à plus de 65 milliards de dollars.

Vers l’interdiction des véhicules polluants

De plus, début avril, Siv Jensen, la ministre des Finances, a autorisé le fonds souverain norvégien à investir dans les énergies renouvelables. Un mois plus tôt, le désengagement du fonds souverain dans les entreprises pétrolières avait d’ores et déjà été annoncé. Ces décisions sont justifiées par une politique climatique et par une réduction voulue de la dépendance au pétrole. La nature l’emporte sur l’économie. Toutefois, les différentes décisions prises en avril 2019 ne sont pas pour autant synonymes de changements dans l’exploitation d’hydrocarbures. En effet, en janvier 2019, quatre-vingt sept nouvelles licences ont été attribuées à des compagnies pétrolières, un record. Le pays espère mettre fin en 2019 à la phase de déclin qui dure depuis une quinzaine d’années. L’industrie pétrolière emploie environ 6% de la population active norvégienne. La ville de Stavanger, à l’ouest du pays, est le berceau de l’emploi dans le secteur pétrolier.

Si le paradis des voitures électriques et des pistes cyclables existait, il pourrait s’apparenter à la Norvège. La plupart des véhicules norvégiens sont électriques, ou tout du moins hybrides. L’organisme OFV (Conseil d’information pour la circulation routière) a annoncé que près d’un tiers des véhicules neufs vendus en 2018 étaient électriques. La Norvège souhaiterait interdire la vente des véhicules avec moteur à combustion d’ici 2025. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les véhicules électriques et hybrides rechargeables représentaient 39% du marché en 2017. La même année, ces catégories ne représentaient que 1,7% des parts de marché en France.

L’élevage de saumon : deuxième richesse du pays

Un autre paradoxe notable est l’élevage de saumon, caractéristique de la Norvège. Le saumon d’élevage représente la deuxième richesse du pays après le pétrole. Depuis quelques mois, à la suite de plusieurs scandales sanitaires, la Norvège améliore les conditions d’aquaculture pour aller vers un élevage plus écologique et plus durable. Néanmoins, il faut noter que la plupart des élevages de saumon demeurent néfastes pour la biodiversité et pour l’environnement, et pas seulement en Norvège. Des sociétés norvégiennes, telle que Marine Harvest, réalisent des élevages intensifs de saumon en Patagonie, au Chili, ce qui exporte les aspects néfastes de cette aquaculture en Amérique du Sud.

Elevage de saumon dans un fjord norvégien. Crédit: Séverine Floch

De l’autre côté, dans les supermarchés, il y a une surabondance de plastique avec des légumes emballés sous plastique à outrance. Les Norvégiens justifient cette pratique par l’importation nécessaire des fruits et légumes, climat oblige. L’approche norvégienne concernant le climat est paradoxale sur différents sujets. À l’image de beaucoup d’autres pays, « rien n’est blanc ou noir ». À noter également, la Norvège renvoie l’image voulue d’un pays écologique. Cependant, les Norvégiens ne se sentent pas forcément plus « écolos » que les citoyens d’autres pays.

Photo de bannière: Séverine Floch

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