Nouvelle-Zélande : l’affaire du Rainbow Warrior, un symbole de lutte contre le nucléaire

Le Rainbow Warrior n’a cessé de lutter contre les essais nucléaires menés dans le Pacifique, et de protéger les populations touchées par les débris radioactifs. Cette affaire a eu un impact inéluctable sur la politique nucléaire et les campagnes de désarmement dans l’ensemble du globe.

Dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande, le Rainbow Warrior, navire de l’organisation Greenpeace utilisé contre les essais nucléaires français dans le Pacifique-Sud, est coulé par les faux époux Turenge, deux agents des services secrets français dans la nuit du 10 juillet 1985. A bord de ce bateau, une personne a trouvé la mort. Il s’agit de Fernando Pereira, photographe pour Greenpeace. En plein contexte d’essais nucléaires dans le Pacifique-Sud, le Rainbow Warrior était en mission à Rongelap où se trouvaient des débris radioactifs à la suite des essais américains des années 1940 et 1950. Amarré à Auckland, le bateau devait se diriger en direction de l’atoll de Mururoa en Polynésie Française où la France effectuait ses nombreux essais nucléaires. 

Du fait de son passé, la Nouvelle-Zélande lutte en faveur de l’interdiction de l’arme atomique dans sa région et ses îles. En effet, en février 1935, tout bateau nucléaire ou transportant des armes nucléaires ne pouvait entrer sur le territoire néo-zélandais. Norman Kirk, le Premier ministre néo-zélandais de 1972 à 1974 a par exemple déclaré :« There’s a suicidal urge to stockpile nuclear weapons » (« Il y a une envie suicidaire de stocker des armes nucléaires »)

Les essais nucléaires dans le Pacifique-Sud ont longtemps été contestés et interdits par Greenpeace, ainsi que les pays océaniques comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Mais, pourquoi ont-ils suscité un tel indignement et mécontentement ? 

L’arme atomique lancée sur la ville d’Hiroshima au Japon par les Etats-Unis le 6 août 1945 était nouvelle en son genre. Celle-ci était en effet plus puissante et dévastatrice. Au fil des années, les armes nucléaires n’ont cessé d’être destructrices, tant en bilan humain qu’en impact écologique. Effectivement, ces armes sont chargées à plus de 10.000 tonnes d’explosifs (trinitrotoluène TNT). De nombreuses villes ont été complètement détruites. Celles restantes étaient recouvertes de débris nucléaires néfastes, et avaient un taux élevé de radioactivité. Cela a tué une large partie de la population et a causé de nombreuses maladies.

De son côté, la France a commencé à réaliser ses essais en Polynésie française à partir de 1966. Cependant, les déchets produits par l’explosion ont durement affecté l’environnement, et ont eu des conséquences sanitaires désastreuses. Une grande partie des habitants des îles Marshall a souffert du cancer. De plus, des femmes ont fait des fausses couches ou ont donné naissance à des bébés atteint de malformations. Dans l’espoir de dissuader la France de faire usage de nouvelles armes atomiques, l’Australie et la Nouvelle-Zélande l’ont poursuivi devant la Cour internationale de justice en 1973, mais en vain. 

En plus de conséquences diplomatiques entre la Nouvelle-Zélande et la France, l’attentat du Rainbow Warrior et l’utilisation de l’arme atomique dans le Pacifique ont conduit ce pays à davantage s’engager dans une campagne de dénucléarisation. Il devient ainsi le premier pays développé à être un territoire dénucléarisé le 8 juin 1987. Cette date est celle de l’adoption de la loi New Zealand Nuclear Free Zone, Disarmament, and Arms Control Act 1987 (loi de 1987 sur la zone dénucléarisée, le désarmement et le contrôle des armements). Depuis cette législation, la Nouvelle-Zélande n’a cessé de s’impliquer et de prendre de nouvelles mesures contre le nucléaire. Son engagement l’a poussé à devenir « le premier pays développé à avoir dit “non” aux armes nucléaires et son action en a inspiré beaucoup d’autres à travers le monde », a déclaré Christopher Le Breton, directeur général de la Peace Foundation, lors du 30ème anniversaire du vote de la législation anti-nucléaire de juin 1987. 

Cet engagement et cette prise de position font désormais partie intégrante de l’essence même de la Nouvelle-Zélande. En effet, son action contre le nucléaire à l’échelle internationale est inscrite dans son histoire et son identité. Elle s’est également engagée auprès de la Croix Rouge Internationale pour faire prendre conscience du danger de l’utilisation des armes nucléaires.

Le Pacifique Sud a pendant longtemps été le terrain privilégié pour les essais nucléaires français, anglais et américains. Cette situation a duré jusqu’à la signature du Traité de Rarotonga le 6 août 1985. Le dernier essai nucléaire français a eu lieu en 1996 dans l’atoll de Fangataufa dans le Pacifique. L’affaire du Rainbow Warrior a prouvé la détermination de Greenpeace à poursuivre ses missions de lutte écologique quelques soient les catastrophes et les obstacles rencontrés.  

Photo de couverture : Le Rainbow Warrior en 1981

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