Océans : une accumulation alarmante des produits plastiques

L’océan, berceau de la vie sur Terre, est apparu il y a plus de 4 milliards d’années. Pourtant, en seulement 200 ans, nous, les humains, avons bouleversé son équilibre. L’utilisation de pesticides, l’apparition des produits plastiques et l’accumulation des déchets en mer ont profondément altéré son essence même. À tel point qu’aujourd’hui, on parle d’un « septième continent », constitué exclusivement de déchets humain.

Il est apparu au large de l’océan Pacifique, entre la Californie et Hawaï, et atteint aujourd’hui une superficie de 1,6 million de kilomètres carrés[1], soit trois fois la taille de la France. Il provient de l’accumulation de plus de 45 à 129.000 tonnes de déchets humains flottant en mer [2]. D’après une étude menée par le journal Scientific Reports[3] en 2017, 46% de la masse totale de ce « continent » est constituée de filets de pêche abandonnés, et sa taille continue de s’accroître de manière exponentielle.

Peut-on réellement parler de continent ?

Cependant, d’après Antoine Bruge, chargé de mission à Surfrider Foundation Europe, l’image de « continent » est faussée. Il s’agit plutôt d’une zone étendue où la concentration en plastique atteint des niveaux très élevés, mais ce n’est pas un îlot sur lequel il est possible de marcher. Afin d’imager ce continent de plastique, Antoine Bruge prend un exemple simple : si on dessinait un terrain de football sur la zone de ce continent la plus concentrée en déchets, on y trouverait quatre morceaux de plastiques d’une taille supérieure à 5 centimètres. Mais, si on inclut dans ce calcul les déchets possédant une taille supérieure à 5 millimètres, on observe environ 8200 particules. Plus les particules sont petites, plus leur concentration est élevée.

« Sur les dix fleuves les plus pollués du monde, huit se trouvent en Asie »

D’où proviennent ces déchets et comment s’accumulent-ils ? D’après une récente étude menée par des chercheurs allemands et publiée dans la revue Environmental Science & Technology en 2017, sur les dix fleuves les plus pollués au monde qui alimentent les océans, huit se trouvent en Asie et deux en Afrique. Ces fleuves ne sont bien sûr pas les seules sources de pollution, mais cette nouvelle étude permet de cibler plus précisément les zones du monde qui doivent modifier leur gestion des déchets.

De manière plus globale, les scientifiques s’accordent à dire que ce sont les pays en voie de développement qui rejettent le plus de déchets à la mer. Ces déchets s’accumulent ensuite dans des zones appelées « gyres océaniques », formés par l’ensemble des courants marins. On trouve cinq gyres principaux : les gyres atlantiques nord et sud, les gyres pacifiques nord et sud, et le gyre de l’océan indien.


Cela représente une menace pour la biodiversité. Toujours d’après Antoine Bruge, on retrouve trois grands types de risques. Le premier est le piégeage des animaux marins, qui meurent immobilisés ou étouffés par les déchets. Le deuxième risque est l’ingestion, toujours par les animaux marins, de particules plastiques qui accumulent les polluants océaniques. Une fois ingérés, les polluants vont être libérés dans l’organisme de l’animal, et être transmis à chaque maillon de la chaîne alimentaire, jusqu’à l’être humain. Le dernier risque lié au plastique est le transport d’espèces nuisibles dans de nouveaux environnements, qui utilisent le plastique pour traverser de grandes distances et colonisent ainsi de nouveaux milieux.

À la suite du tsunami qui a touché les côtes japonaises en 2011, on a retrouvé des microorganismes qui ont voyagé jusqu’aux côtes américaines via les déchets plastiques.

« Nettoyer les océans, c’est bien, mais c’est à la source qu’il faut réduire le plastique »

Comment peut-on lutter contre les déchets plastiques ? Les conseils d’Antoine Bruge sont simples : il faut éviter d’acheter des produits « suremballés » et réutiliser au maximum les objets plastiques que l’on possède avant de les recycler. L’objectif n’est pas de supprimer complètement le plastique, mais de le limiter au quotidien. Boire l’eau du robinet et remplir une gourde permet d’éviter d’acheter des bouteilles plastiques par exemple.

Quant aux produits biodégradables, qui peuvent sembler être une alternative viable, certains possèdent en réalité de nombreuses défaillances, la première étant que les conditions de biodégradabilité sont souvent bien différentes dans un environnement réel. Atoine Bruge pose la question suivante : y’a-t-il suffisamment d’arbres pour remplacer les sacs plastiques par des sacs en papier ? Remplacer un produit à un usage unique par un autre n’est clairement pas la solution.

De plus, un produit biodégradable est aussi susceptible d’entraîner le piégeage et la mort d’animaux de part sa présence dans l’environnement.

Si la transition écologique est essentielle afin de protéger la biodiversité actuelle – y compris notre espèce –,il reste encore beaucoup d’étapes à franchir.


[1] Lebreton et al., “Evidence that the Great Pacific Garbage Patch is rapidly accumulating plastic”; Scientific Reports, publié le 22 mars 2018

[2] Futura avec l’AFP-Relaxnews, « Un continent de plastique bien plus grand que prévu » ; Futura Planète, publié le 26 mars 2018 (https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/ocean-continent-plastique-bien-plus-grand-prevu-70644/)

[1]  L. Lebreton et al., “Evidence that the Great Pacific Garbage Patch is rapidly accumulating plastic”; Scientific Reports, publié le 22 mars 2018

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