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Ossétie du Sud : une élection symbole d’un pays fracturé

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Les résultats de la présidentielle du 9 avril donnent Anatoli Bibilov vainqueur avec plus de 54 % des voix. La simple tenue de cette échéance politique accentue une fracture idéologique et politique en Géorgie.

La division semble consommée entre les différents peuples composant la Géorgie. L’élection présidentielle en Ossétie du Sud et le référendum organisé en parallèle pour le changement du nom de la République remettent en cause la légitimité du pouvoir central de Tbilissi. Anatoli Bibilov devient le nouveau Président de la petite République d’Ossétie du Sud. Il a obtenu dès le premier tour 54 % des voix, contre près de 34 % pour Leonid Tibilov, président sortant. Parallèlement, un référendum se tenait pour le changement ou non du nom de cet État non-reconnu par les instances internationales. Comme attendu, c’est le « pour » qui l’ a emporté avec près de 80 % des voix. Le pays d’un peu plus de 50 000 habitants se nomme désormais Ossétie du Sud-Alanie.

La Russie assoit son pouvoir dans la région

De la victoire de Bibilov se dégage l’influence et l’omniprésence de l’empire russe. Sans exprimer de préférence pour l’un des candidats, Vladimir Poutine a félicité les participants pour leur volonté de rapprochement avec son pays. La politique expansionniste de la deuxième puissance militaire du monde s’en trouve renforcée. Lorsque la question de la situation politique géorgienne est abordée par les européens, les propos se recentrent sur l’événement d’août 2008.

« Tout a basculé à ce moment. Le conflit opposant directement Tbilissi à Moscou a déclenché les hostilités », analyse Mathieu, étudiant en lettres à Paris. Cette affirmation demeure partiellement vraie. L’année 2008 a effectivement marqué les esprits à l’international. Le Président Saackachvili avait alors pris la fragile décision de récupérer par la force les provinces d’Abkhazie et d’Ossétie. En représailles, les troupes russes étaient entrées sur le territoire géorgien. Il s’agissait d’un véritable défi adressé au pouvoir, en s’approchant à quelques kilomètres de la capitale Tbilissi.

« Comparable à la Crimée »

Pour comprendre ce conflit entre peuples, il faut au moins remonter à la fin du XVIIIème siècle. L’impérialisme russe se manifestait déjà à cette époque. Le royaume chrétien de Géorgie fait appel aux Russes pour faire face aux Perses, désireux de mettre la main sur la région. La Russie positionne sa ligne de défense et met la Géorgie sous protectorat, avant de l’annexer unilatéralement en 1801. C’est en 1991 que l’État géorgien redevient indépendant. Mais le clivage historique laisse des cicatrices. Les divisions restent présentes au sein des différents peuples.

Le schéma géopolitique actuel de la Géorgie est assez comparable au conflit de 2014 opposant les Ukrainiens pro-Union européenne à la Russie visant à renforcer son leadership dans la zone. L’annexion de la Crimée marquait une volonté viscérale de Moscou de récupérer les territoires et peuples se rapprochant historiquement de la Russie.

Le peuple ossète et l’ombre de Staline

Un espoir d’unification se dessine en 1918 avec la première déclaration d’indépendance du pays. Mais quelques années après seulement, Joseph Staline, d’origine géorgienne, mène une politique de reconquête. Il remet la République géorgienne dans le sillon russe après d’importantes purges. Aujourd’hui, l’opinion géorgienne est partagée sur l’importance à accorder à l’ancien « petit père des peuples ». Les provinces d’Abkhazie et d’Ossétie reprennent à leur compte le parcours de Staline pour justifier la rébellion.

À l’international, l’OTAN reste réticent vis-à-vis de la politique expansionniste de la Russie. Elle prend depuis plusieurs années des mesures pour renforcer son soutien à Tbilissi. La dernière en date est l’inauguration du centre conjoint OTAN-Géorgie de formation et d’évaluation sur le site militaire de Krtsanisi.

L’avenir de l’Ossétie du Sud dans le paysage politique géorgien semble compromis. Le président sortant, Leonid Tibilov, s’était prononcé en faveur de la tenue d’un référendum pour son rattachement définitif à la Russie en octobre 2015. Même s’il devait avoir lieu avant la présidentielle de 2017, la tenue du référendum devrait sans doute faire partie des engagements du nouveau chef de l’État. Le destin de la petite République au pied du Caucase semble de moins en moins lié au pouvoir suprême de Tbilissi.

Photo de bannière : frontière entre l’Ossétie du Sud et la Géorgie. Crédit MAEE – F. de La Mure.

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