La photographe chinoise Luo Yang brise la tradition

La jeune étoile montante de la photographie chinoise fait état d’une œuvre moderne aux accents délicieusement subversifs. Le Journal International l’a interrogée.

Crédit Luo Yang.

Crédit Luo Yang.

Son premier appareil photo, Luo Yang s’en empare auprès de l’un de ses camarades. Elle est alors en études de design graphique à l’université. « C’était d’abord comme un moyen d’exprimer mes émotions. Par la suite, j’ai commencé à prendre en photo la vie de mes amies, des filles qui m’entouraient », nous explique-t-elle. Née en 1984 dans le Liaoning, une province du nord-est de la Chine, elle obtient en 2009 le prestigieux diplôme de l’Académie des Beaux-Arts de Shanghai.

Une génération tiraillée entre tradition et modernité

Ses modèles sont souvent des femmes nues ou peu vêtues. Elles captivent par leur regard désenchanté, fixé sur l’objectif. Sa série de photo GIRLS, entamée en 2008, lui a conféré une renommée internationale. Les jeunes femmes sont photographiées dans un apparent dépouillement, une simplicité déroutante. Elles ont grandi dans la Chine en plein boom des années 1980 et incarnent cette génération tiraillée entre tradition et modernité.

Luo Yang confiait aux journalistes d’Arte venus l’interviewer dans son studio de la banlieue de Pékin : « ces filles sont comme des fleurs, leur monde est riche et coloré, elles vivent des choses formidables, c’est ça que je veux exprimer dans mon travail, ce que je ressens et comment je vois le monde dans lequel nous vivons avec toutes ses contradictions ». Elle nous précise : « ce sont des filles très indépendantes, souvent issues de la scène artistique. Je ne sais pas si elles sont réellement émancipées, mais ce qui est sûr, c’est qu’elles sont courageuses, un peu “badass”, plus libres ».

Capture sur le vif d’un bouleversement des valeurs

Crédit Luo Yang.

Crédit Luo Yang.

Au dessus d’une grande route, dans une chambre en désordre, devant un mur de briques décrépi, sur les berges d’un lac… la photographe saisit le contraste, capture le paradoxe. Entre intérieur et extérieur, milieu naturel et milieu urbain, tout est fait pour incarner ce fragile équilibre. Cette artiste de la scène underground chinoise travaille à l’ancienne, sur pellicule, munie de son Contax 645.  Cet appareil photographique de type argentique de moyen format lui permet d’allier profondeur de champ, grande flexibilité et excellente définition. La jeune photographe pose, à travers l’ambivalence présente dans ses œuvres, l’épineuse question de l’identité et du rapport au réel. Ces visages, sobres, sereins, sensuels, imprimés sur papier glacé, sont le reflet du bouleversement des valeurs établies que connaît l’Empire du Milieu.

Ses clichés, teintés d’une authenticité incisive lui valent les éloges du désormais chantre de la scène artistique indépendante Ai Weiwei. Dans une interview au News Statesman de 2012, il la classe comme l’une des « stars montantes de la photographie chinoise ». Elle a exposé en 2013 au sein de l’exposition « FUCK OFF 2 » (Musée de Groningue, Pays-Bas) aux côtés de l’artiste « briseur de vase », fauteur de trouble. Parmi ses sources d’inspiration, Luo Yang cite la photographe néerlandaise Rineke Dijkstran, la Française Sophie Calle ou la Finlandaise Eija-Liisa Ahtila.

Luo Yang attendue à Paris

Crédit Luo Yang.

Crédit Luo Yang.

« À l’avenir, je vais continuer à me concentrer sur les êtres humains. Mes projets photographiques évoluent au fil de ma vie. Mes modèles étaient très jeunes, je pourrais essayer de photographier des femmes un peu plus âgées. J’aimerais aussi faire plus de vidéo », nous déclare-t-elle. Après Pékin et Berlin, la jeune photographe exposait en septembre sa série GIRLS à la MO Industries de Hong-Kong. Elle est attendue à Paris dès mars 2017.

Crédit photo de bannière : Luo Yang.

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