PIB : alternatives pour une économie réaliste

Depuis le milieu du XXème siècle, le PIB mondial et la consommation de matières premières croissent de consort. Les seules années pendant lesquelles notre consommation en énergie et l’empreinte carbone mondiale ont diminué furent celles qui suivirent la crise économique mondiale de 2008. Sans surprise, c’est aussi la période ou le PIB mondial a diminué.

Aucun de nos principaux indicateurs économiques – PIB, taux de chômage et inflation – ne dit rien de l’impact de notre activité sur l’environnement et sur le bien-être de notre société. Ni la qualité de notre environnement ni notre bonheur ne peuvent se mesurer quantitativement. Cette double déconnexion explique notre incapacité à protéger l’environnement et à combler des inégalités sociales toujours plus grandes.

Ces manques, illustrés notamment par la commission Stiglitz, sont connus et donnent lieu, depuis des années, au foisonnement d’indicateurs de performance économique alternatifs. Revue d’effectif non-exhaustive.

Bonheur national brut

En 1972, le roi du Bhoutan Jigme Singye Wangchuck a souhaité mettre en place un indice de Bonheur National Brut (BNB) afin d’orienter l’évaluation du niveau de vie vers les valeurs spirituelles du bouddhisme. Le BNB ne substitue pas le PIB. Au contraire, il l’englobe dans une série d’indicateurs parmi lesquels la culture du pays, la sauvegarde de l’environnement et la bonne gouvernance.

L’objectif affiché est donc de faire concorder et non plus s’opposer les objectifs de croissance économique avec la durabilité et la qualité de vie des citoyens. Entre autre, ce système a entraîné l’interdiction de la vente de cigarette et la généralisation de l’apprentissage de la langue national dans toutes les écoles du pays.

Le BNB offre un bon équilibre entre croissance économique et conservation des équilibres sociaux et environnementaux. Le Bhoutan est d’ailleurs un bon exemple de pays ayant réussi à protéger son environnement. Ce principe est par ailleurs inscrit dans sa Constitution. Le BNB repose à la fois sur des indicateurs quantitatifs et qualitatifs et offre donc une bonne alternative à la doxa néolibérale. Le projet semble viable et a même été repris par l’ONU. On peut tout de même se demander dans quelle mesure peut-on donner une valeur au bonheur.

PIB Vert – IWI

L’Inclusive Wealth Index, aussi appelé « PIB vert » est un indicateur qu’a notamment promu l’ONU. Il permet de faire le lien entre la production économique et les dégradations humaines et environnementales.

À titre de comparaison, les PIB respectifs de la Chine, des États-Unis et de l’Afrique du Sud ont cru de 442 %, 37 % et 24 % entre 1990 et 2008. À l’inverse, les IWI de ces trois pays ont respectivement connu une croissance de 45 %, 13 % et -1 %.

La croissance de leur PIB s’accompagne d’une érosion de leur bas de laine, c’est-à-dire leurs ressources naturelles. L’Afrique du Sud a donc d’avantage consommé et détruit de ressources qu’elle n’a produit de richesse économique sur cette période. Le coût environnemental de la croissance chinoise semble également dément.

Encore une fois l’IWI nous permet de relier l’activité économique et ses conséquences sur l’environnement. Il ne dit en revanche rien de la répartition des richesses créées. Les pays industrialisés ont aussi pour la plupart déjà épuisé la majorité des ressources naturelles situées sur leurs territoires. Ceci leur permet d’obtenir des scores plutôt flatteurs, alors que leurs richesses reposent désormais amplement sur l’exploitation des ressources dans les pays en développement.

ANS – Adjusted Net Savings

L’ANS permet de calculer la soutenabilité et donc la durabilité d’une économie. Il additionne les investissements financiers, humains et intellectuels et leur soustrait la dépréciation du capital naturel. L’indice peut prendre une valeur positive ou négative. Si l’ANS d’une économie est négative, alors cela signifie qu’elle n’est pas soutenable. La Banque mondiale et le Programme des Nations unies pour le développement l’intègre dans leurs évaluations économiques nationales depuis 2006.

Comme l’illustre Geoffrey Heal, professeur à la Columbia School of Business, l’ANS permet d’illustrer le haut degré de soutenabilité d’économies qu’on ne soupçonne pas au premier regard. Parmi elles, le Botswana.

À l’inverse, les États-Unis ne font pas office d’exemple. Surtout, une économie comme celle de l’Arabie-Saoudite se révèle absolument catastrophique. Son fonctionnement repose quasi-exclusivement sur la rente pétrolière et gazière et les réserves finiront bien par s’épuiser. Cela devrait affecter brutalement et durablement le niveau de vie des Saoudiens. Le pays, comme le Qatar et d’autres, s’est d’ailleurs lancé dans une relative diversification de son économie.

Ces différents indicateurs nous sont tous plus ou moins familiers. Ils ont leurs propres limites mais offrent de véritables alternatives à l’évaluation de nos économies par le PIB. Surtout, ils révèlent comme celui-ci n’est pas pertinent en offrant des résultats parfois très différents de notre indicateur fétiche.

Face à une écologie souvent présentée comme punitive ou archaïque et une lutte contre les inégalités décriée comme dogmatique et sectaire, la simple transition vers ces nouveaux indicateurs constitue un premier pas souhaitable vers une économie plus durable. La décroissance et l’accroissance constituent d’autres alternatives, pas seulement économiques, mais de société. Et elles ne manquent pas de poser des questions, une fois encore, d’égalité et de durabilité.

Image d’illustration : crédit Gerard Touren Photography.

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