Crédit Monoar (Pixabay).

Fuseaux horaires : un outil politique

Savez-vous pour quelle raison la Chine, pourtant traversée par cinq fuseaux horaires, n’est pourvue que d’une seule et même heure ? Ou encore, pourquoi les îles Samoa n’ont jamais connu la journée du 30 décembre 2011 ? Entre justifications politiques, enjeux économiques et aléas historiques, le découpage du temps mondial ne laisse que peu de place au hasard. Décryptage.

C‘est au milieu du XXème siècle qu’une uniformisation de l’heure s’impose. Auparavant, chaque population déterminait l’heure de son territoire par rapport à l’inclinaison des rayons du soleil. Il s’agissait de l’heure solaire, également appelée « l’heure vraie ». Mais l’internationalisation du commerce, le développement des échanges maritimes ou encore la construction accrue de chemins de fer ont obligé à une coordination temporelle de l’ensemble de la planète. Apparaissent alors les fuseaux horaires.

Notre planète est découpée en vingt-quatre surfaces terrestres de 15° de large : les fuseaux horaires. Chacun d’eux est pourvu d’une heure qui lui est propre. L’espace géographique est ainsi divisé en espace-temps. Les fuseaux horaires apparaissent alors comme une grille de lecture du monde. Selon Patrick Poncet, géographe et chercheur à l’école polytechnique fédérale de Lausanne, ces fuseaux auraient dessiné « quatre mondes de poids démographiques comparables : les Amériques, un bloc constitué par l’Europe et l’Afrique, un troisième ensemble constitué par l’Inde et ses voisins et enfin la Chine et l’Extrême Orient ».

Fuseaux horaires et politique : l’exemple chinois

Avec ses 9 597 000 km² de superficie, la Chine s’étend en principe sur cinq fuseaux horaires. En principe seulement, car depuis le milieu du XXème siècle et l’arrivée au pouvoir de Mao Zedong, un fuseau horaire unique a été imposé. Il s’agissait alors d’unifier la nation tout en exerçant un contrôle plus strict du territoire. Ce système perdure aujourd’hui. Cela facilite l’organisation commerciale de la Chine à l’intérieur de ses frontières mais aussi avec ses partenaires étrangers.

Malgré la reconnaissance de l’heure de Pékin comme l’heure officielle du pays, certaines provinces chinoises refusent de se soumettre à cette unicité. C’est par exemple le cas de la région du Xinjiang, occupée par la communauté ouïghour. Soumise à la répression chinoise et animée par des revendications indépendantistes, cette dernière s’aligne donc sur un fuseau horaire différent de celui dicté par la capitale. Un geste éminemment politique.

Retour vers le futur aux îles Samoa

Changer de fuseaux horaires pour favoriser les relations économiques avec ses principaux partenaires ? Difficile à croire. C’est pourtant la décision prise par le gouvernement des îles Samoa en décembre 2011. Désireux de se rapprocher du continent asiatique mais principalement de l’Australie (son principal partenaire économique), les habitants de l’archipel n’ont alors pas connu la journée du 30 décembre 2011. Un bon dans le temps de vingt-quatre heures qui a permis aux îles Samoa de n’être plus séparées que de trois petites heures de Sydney, au lieu des vingt heures de décalage jusqu’alors en vigueur.

Une originalité d’autant plus surprenante si l’on revient plus de cent ans en arrière, lorsque cet archipel du Pacifique avait fait le chemin inverse. Les Samoans avaient alors vécu deux journées du 4 juillet 1894, cette fois-ci pour se rapprocher des États-Unis.

Vers une heure universelle?

Deux scientifiques américains ont proposé d’instaurer une heure universelle. Selon Steve Hanke et Dick Henry, elle permettrait de mettre fin aux fuseaux horaires dictés par les stratégies politiques et économiques. Une harmonisation planétaire de l’heure permettrait par exemple à l’Espagne de ne plus vivre à l’heure allemande, imposée sous le régime nazi. La Russie pourrait se séparer de ses onze fuseaux horaires.

Crédit photo de bannière : Monoar (Pixabay).

Vous aimerez aussi